‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 23 sur 160 · VENUS COUCHEE · texte numérisé non relu

VENUS COUCHEE

D'un plus hault vol, d'aile mieux emplunoée Ne la pouuoit rauir ce petit Dieu ; Et ne pouuoit encor' en plus hault lieu,. Ny en plus seur sa flamme estre allumée.

loACHiM Dv Bellay, Inscriptions.

L'été brille ; Phœbus perce de mille traits,

En haine de sa sœur, les vierges des forêts,

Et dans leurs flancs brûlés de flammes vengeresses

11 allume le sang des jeunes chasseresses.

Dans les sillons rougis par les feux de Tété,

Entouré d'un essaim, le bœuf ensanglanté

Marche les pieds brûlants sous de folles morsures.

Tout succombe : au lointain les Nymphes sans ceintures

Avec leurs grands cheveux par le soleil flétris

Epongent leurs bras nus dans les fleuves taris.

Et, fuyant deux à deux le sable des rivages,

Vont cacher leurs ardeurs dans les antres sauvages.

Dans le fond des forêts, sous un ciel morne et bleu, Vénus, les yeux mourants et les lèvres en feu, S'est couchée au milieu des grandes touffes d'herbe Ainsi qu'une panthère indolente et superbe. Dénouant son cothurne et son manteau vermeil. Elle laisse agacer par les traits du soleil

LES CAlflATIDES. 153

Les beaux reins d'un enfant qui dort sur sa poitrine, Et tandis que frémit sa lèvre purpurine. Un ruisseau murmurant sur un lit de graviers, Amoureux de Cjpris, vient lui baiser les pieds.

Sur son beau sein de neige Éros maître du monde Repose, et les anneaux de sa crinière blonde Brillent, et cependant qu'un doux zéphyr ami Caresse la guerrière et son fils endormi, Près d'eux gisent parmi l'herbe verte et la menthe Les traits souillés de sang et la torche fumante.

Février 1841.

Pourquoi, courtisane, Vendre ton amour, La fleur diaphane,

La fleur diaphane Que fleurit le jour Et que la main fane,

La rose d'amour?

— Pourquoi, blond poëte, Ouvrir au passant Ta douleur muette.

Ta douleur muette, Lys éblouissant Uue la foule jette

Et brise en passant?

— Ton cœur qui se pâme Brûle pour chacun :

Tu souilles la flamme?

— Tu souilles la flamme!

Tout a son parfum :

La caresse et l'àme.

Dans tout, dans chacun!

— Mon hymne rapporte Comme un souvenir

La croyance morte.

— La croyance morte Ne peut revenir

Par la même porte,

Gomme, un souvenir ;

Mais quand l'amour cesse, On vient l'allumer A ma folle ivresse.

— Oh va! nulle ivresse Ne peut ranimer L'amour en détresse,

Ni le rallumer!

Février 1841.

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