SAGESSE
Sur ce divan couvert d'amples fourrures, (lomme un guerrier vainqueur des Sarrasins Je me repose, en fermant les serrures, Puisque j'ai fait mes vingt-quatre dizains. Muse au beau front couronné de raisins, 0 Thalia, narguons les élégies!
Oui, je veux fuir (ce sont là mes orgies) Tous les bourgeois, pendant un jour entier; J'allumerai des feux et des bougies, El je lirai les strophes de Gautie-r.
Juillet 1842.
LES cariatidp:s. 191
A MADAME CAROLINE ANGEBERT
Chanter, mais dans le soir sonore Et pour ses amis seulement, Fuir le bruit qui nous déshonore Et le vil applaudissement;
Brûler, mais conserver sa flamme Pour le seul but essentiel, Être cette espérance, une àme Qui chaque jour s'emplit de ciel; -
Avec une pensée insigne Qui vous berce dans ses éclairs, Vivre, blanche comme le cygne Parmi les flots dorés et clairs;
Ne rien chercher que la lumière, S'envoler toujours loin du mal Sur les ailes de la Prière, Jusqu'au glorieux idéal;
Sentir l'Ode au grand vol qui passe En ouvrant ses ailes sans bruit, Mais ne lui parler qu'à voix basse Dans le silence et dans la nuit;
Rappeler sa pensée errante Dans les pourpres de l'horizon; Être cette fleur odorante Qui se cache dans le gazon ;
Telle est votre gloire secrète, Esprit de flammes étoile, Dont l'inspiration discrète Fait tressaillir un luth voilé !
Ah! que la grande poétesse, Devant les vastes flots déserts Maudissant la bonne Déesse, Jette sa plainte dans les airs !
Que la douloureuse Valmore,
En arracliant l'herbe et les fleurs,
Montre à l'insoucieuse aurore
Ses beaux yeux brûlés par les pleurs!
Mais celle qui pourrait comme elles Suivre le grand aigle irrité, Et qui domptant ses maux rebelles Se résigne à l'obscurité,
Celle-là, guérie en ses veines.
Sent le calme victorieux Triompher des angoisses vaines; Et ces êtres mystérieux
Dont l'invincible souffle enchante Ce qui vit et ce qui fleurit.
Disent entre eux lorsqu'elle chante :
Écoutons-la, c'est un esprit.
Avril 1842.