SIESTE
La sombre forêt, où la roche
Est pleine d'éblouissements
Et qui tressaille à mon approche.
Murmure avec des bruits charmants.
Les fauvettes font leur prière; La terre noire après ses deuils Refleurit, et dans la clairière Je vois passer les doux chevreuils.
Voici la caverne des Fées D'où fuyant vers le bleu des cieux, Montent des chansons étouffées Sous les rosiers délicieux..
Je veux dormir là toute une heure Et goûter un calme sommeil, Bercé par le ruisseau qui pleure Et caressé par l'air vermeil.
Et tandis que dans ma pensée Je verrai, ne songeant à rien.
Une riche étoffe tissée Par quelque Rêve aérien,
Peut-être que sous la ramure Une blanche Fée en plein jour Viendra baiser ma chevelure Et ma bouche folle d'amour.
Avril 1842.
sous BOIS
A travers le bois fauve et radieux.
Récitant des vers sans qu'on les en prie, Vont, couverts de pourpre et d'orfèvrerie, Les Comédiens, rois et demi-dieux.
Hérode brandit son glaive odieux; Dans les oripeaux de la broderie/ Gléopâtre brille en jupe fleurie Gomme resplendit un paon couvert d'jeux.
Puis, tout flamboyants sous les cbrjsolithes
Les bruns Adonis et les Hippoljtes
Montrent leurs arcs d'or et leurs peaux de loups.
Pierrot s'est chargé de la dame-jeanne.
Puis après eux tous, d'un air triste et doux Viennent en rêvant le Poëte et 1 Ane.
1^6 janvier 18i2.
0 jeune Florentine à la prunelle noire, Beauté dont je voudrais éterniser la gloire, Vous sur qui notre maître eût jeté plus de'lvs Que devant Galatée ou sur Amaryllis, Vous qui d'un blond sourire éclairez toutes choses Et dont les pieds polis sont pleins de reflets roses Hier TOUS étiez belle, en quittant votre bain, A tenter les pinceaux du bel ange d'Urbin. ' 0 colombe des soirs! moi qui vous trouve telle Que j'ai souvent brûlé de vous rendre immortelle. Si j'étais Raphaël ou Dante Alighieri Je mettrais des clartés sur votre front chéri. Et des enfants riants, fous de joie et d'ivresse Planeraient, éblouis, dans l'air qui vous caresse.
Si Virgile, ô diva! m'instruisait à ses jeux, Mes chants vous guideraient vers l'Olympe neigeux
Et l'on y pourrait voir sous les rayons de lune, Près de la Vénus blonde une autre Vénus brune. Vous fouleriez ces monts que le ciel étoile Regarde, et sur le blanc tapis inviolé Oui brille, vierge encor de toute flétrissure. Les Grâces baiseraient votre belle chaussure!
Mai 183:J.