‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 59 sur 160 · DÉCOR · texte numérisé non relu

DÉCOR

Dans les "rrottes sans fin brillent les Stalactites.

Du cyprès gigantesque aux fleurs les plus petites, Un clair jardin s'accroche au rocher spongieux, L3S de glace, roseaux, lianes, clématites.

Des thyrses pâlissants, bou(juets prestigieux, Naissent, et leur éclat mystique divinise Des villes de féerie au vol prodigieux.

Voici les Alhambras où Grenade éternise

Le trèfle pur; voici les palais aux plafonds

En feu, d'où pendent clairs les lustres de Venise.

Transparents et pensifs, de grands sphinx, des griffons Projettent des regards longs et mélancoliques Sur des Dieux monslrueux aux costumes bouffons.

Dans un tendre cristal aux reflets métalli({ues S'élancent. dessin;int le rhythme essentiel, Vos clochetons à jour, ô sveltes basiliques,

Et sous l'arbre sanglant et providentiel

De la croix, sont éclos, énamourés des mythes.

Les vitraux où revit tout le peuple du ciel.

Stalactites tombant des voûtes, stalagmites Montant du sol, partout les orgueilleux glaçons .'.:'gentent de splendeurs l'horizon sans limites.

Babels de diamants où courent des frissons, Colonnes à des Dieux inconnus dédiées.

Souterrains éblouis, miraculeux buissons,

Tout frémit : cent lueurs baignent, irradiées. Les coupoles qui sont pareilles à des cieux. Pourtant, c'est le destin, voûtes incendiées!

Le voyageur, ravi dans ce lieu précieux

Et sachant qu'une Nymphe auguste est son hôtesse,

Parfois sur vos trésors lève un œil soucieux.

Quel trouble appesanti sur leur délicatesse Pare de la langueur mourante du sommeil Ces merveilles du rêve, et d'où vient leur tristesse?

Hélas! l'ardent soleil de Dieu, le vrai soleil

Ne les éclaire pas de son regard propice

Et faft voler plus haut ses flèches d'or vermeil.

Sous un mont que jamais le lierre ne tapisse. Vit cet enchantement qui tremble au son du cor, Gardé par la caverne et par le précipice.

Mais (chère nymphe, ô Muse inassouvie encor, Que devance le chœur ailé des Métaphores), Pour installer ce rare et flamboyant décor.

Sous ces blancs chapiteaux et ces arceaux sonores Où les métaux ont mis leur charme et leurs poisonSj Il a fallu les pleurs des Soirs et des Aurores.

Car, toi pour qui le roc orna ces floraisons De rose, de safran et d'azur constellées, Tu le sais, Poésie, ange de nos raisons,

Ces caprices divins sont des larmes gelées!

Décembre 1846.

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