LA MUSE
La muse est un oiseau, disait un maître ancien. Auguste Vacquerie,
Près (la ruisseau, sous la feuillée, Menons la Muse émerveillée Chanter avec le doux roseau, Puisque la Muse est un oiseau.
Puisque la Muse est un oiseau, dardons que quelque damoiseau N'apprenne ses chansons nouvelles Pour aller les redire aux belles.
Un méchant aux plus fortes ailes Tend mille pièges infidèles.
Gardons-la bien de son réseau, Puisque la Muse est un oiseau.
Puisque la Muse est un oiseau, Empêchons qu'un fatal ciseau Ne la poursuive et ne s'engage Dans les plumes de son corsage.
Mère, veillez bien sur la cage Où la Musc rêve au bocage.
Veillez en tournant le fuseau, Puisque la Muse est un oiseau.
Avril 1844.
Oh! quand la Mort, que rien ne saurait apaiser, Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser Et jettera sur nous le manteau de ses ailes. Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles! Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés, Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes Se becqueter longtemps d'amoureuses colombes!
Avril 1845.