‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 71 sur 160 · CHANSON D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANSON D'AMOUR

Si je r dis à l'alouette, L'alouette le dira.

La violett' se double, double, La violett' se doublera.

Ronde.

Qui veut avant le point du jour, Vers le bien-aimé de mon àme, Parce que je languis d'amour, Porter le secret de ma flamme ?

0 mon cœur, à quel cœur discret Peux-tu te confier encore? — Si l'alouette a mon secret, Elle ira le dire à l'Aurore.

Le désir de son javelot

A percé mon cœur qui se brise. —

Si je dis mon secret au flot,

Le flot rira dire à la brise.

Un frisson glisse sur mon col, Et glace ma lèvre déclose. — Si je le dis au rossignol, Il ira le dire à la rose.

Qui donc saura le supplier De finir mes peines mortelles? — Si je le dis au blanc ramier.

Il rira dire aux tourterelles.

Je me ploie ainsi qu'un roseau Et ma beauté penche flétrie. — Si je le dis au bleu ruisseau, Il rira dire ù la prairie.

Vous qui voyez mon désespoir, Flots, ailes, brises des montagnes I Si je le dis à mon miroir, Il rira dire à mes compagnes.

Parce que je languis d'amour, Vous qui voyez que je me pâme, — Allez, allez de ce séjour Vers le bien-aimé de mon àme !

Juillet 1844.

Camille, quand la Nuit t'endort sous ses grands voiles; Quand un rêve céleste emplit tes yeux d'étoiles ; Quand tes regards, lassés des fatigues du jour, Se reposent partout sur des routes fleuries Dans le pays charmant des molles rêveries, Camille, que vois-tu dans tes songes d'amour?

Nous vois-tu, revenant par les noires allées.

Tous deux, donner des pleurs aux choses envolées

Que l'oubli dédaigneux couvre de flots dormants.

Ou dans le vieux manoir, au fond des parcs superbes,

Pousser de l'éperon parmi les hautes herbes

Les pas précipités de nos chevaux fumants?

Dans les moires de l'eau dont l'azur étincelle, Nous vois-tu laissant fuir une frêle nacelle Sur le grand lac paisible et frémissant d'accords, Où devant les grands bois et les coteaux de vignes, Glisse amoureusement la blancheur des beaux cygnes, Aux accents mariés des harpes et des cors?

Moi, je vois rayonner tes yeux dans la nuit sombre, Et je songe à ce jour où je sentis dans l'ombre, Pour la première fois, de ton col renversé Tombant à larges flots avec leur splendeur fière. Tes cheveux d'or emplir mes deux mains de lumière. Et ta lèvre de feu baiser mon front glacé.

Août 1844.

Page 1