‹ OEuvresChapitre 111 sur 286 · il faut avoir les talents de son état · texte numérisé non relu

il faut avoir les talents de son état

[Mon cher ami, il faut avoir les talents de son état, ou le quitter \ Parce qu'on est né gentihomme, on fsût la guerre, quoiqu'on n'ait ni santé, ni patience, ni activité, ni amour des détails, qualités essentielles et indispensables dans un tel métier; ou, si Ton est né dans la robe, on s'attache au barreau, sans éloquence, sans sagacité^ sans goût pour l'étude des lois; ainsi des autres professions. Si l'on a du mérite d'ailleurs, on s'étonne de ne pas faire son chemin, on se plaint d'une profession ingrate, et l'on se dégoûte. Un homme de votre âge, qui a des passions^ qui n'aime pas les détails, s'impatiente dans les emplois subalternes par lesquels il est nécessaire de passer, lorsqu'on n'est pas né sous les enseignes de la faveur ; il se déplaît dans ces occupations frivoles ^t laborieuses qui sont inséparables des petits services ; il néglige même de s'instruire de ce qu'il peut y avoir de grand dans sa profession, lorsqu'il se voit sî éloigné de pouvoir mettre en pratique cette théorie, et il préfère à une étude, qui est un peu sèche, des connaissances plus agréables et plus étendues. Par là il met ceux qui disposent des emplois en droit de négliger son avancement,

• « La forme môme de ce morceau, extrait de notre manuscrit de Vauvenargues, indique assez clairement que c'est le douzième Cùtueil à un Jeune homme; cependant Vauvenargues ne l'a pas fait paraître avec les autres, sans doute parce que, après la démission qu'il avait donnée de son grade , il pouvait craindre qu'on ne lui fit à lui-mâme une application trop directe de ces réflexions, si sensées d'ailleurs. J'ajouterai qu'il n'est pas besoin de regarder de bien près à ces Conseils pour s'assurer que Vauvenargues les adresse autant à lui-même qu'à son jeune ami, et qu'il s^exhorte en même temps qu'il l'exhorte. On en peut dire autant des Réflexions sur divers sujets^ qui précèdent, et des Discours sur la Gloire ^ sur les Plaisirs, qui suivent. Vauvenargues luinooème fait entendre dans une de ses Maximes qu'il écrit « pour son instruction ou pour le soulagement de son cœur, et qu'il traite les choses pour lui, » ^ G.

comme il néglige lui-même son devoir; car il faut se rendre justice : les récompenses militaires ne sont dues qu'à ceux qui ont les vertus militaires ; mais parce qu'on ne fait pas cette réflexion, on trouve les ministres et les généraux injustes, et on les accuse de ses propres fautes. Si votre métier est trop dur, choisissez^en un dont vous soyez à même de remplir tous les devoirs.]

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