SUR FÉNELON
. Les répétitions de Fénelon ne me choquent point; il me
« tiques nous émeuvent plus fortement; et cette puiseance qu'ils ont sur notre a &me, la dispose à leur accorder plus de lumières ; nous jugeons toujours « d'un auteur par le caractère de ses sentiments. Si on compare La Bruyère « à Fénelon, la vertu toujours tendre et naturelle du dernier, et t*amour-pro- « pre qui se montre quelquefois dans l'autre, le sentiment nous porte malgré « nous à croire que celui qui fait paraître Tftme la plus grande a Tesprit le « plus éclairé ; et toutefois il serait difficile de justifier cette préférence. Fé- « nelon a plus de facilité et d'abondance ; l'auteur des Caractères, pliia de < précision et de force ; le premier, d'une imagination plus riante et plus « féconde; le second, d*un génie plus véhément; l'un, sachant rendre ti les plus grandes choses familières et sensibles, sans les abaisser ; l'autre, it sachant ennoblir les plus petites sans les déguiser ; celui-là, plus humain; « celui-ci plus austère ; l'un, plus tendre pour la vertu ; l'autre, plus impla- H cable au vice ; l'un «t l'autre moins pénétrants et moins profonds que les u hommes que j'ai nommés, mais inimitables peu^-ôtre dans la clarté et dans « la netteté de leurs idées; enfin originaux, créateurs dans leur genre, et « modèles très-accomplis. » — Sur l'exemplaire d'Aix, Voltaire trouve la première phrase mauvaise; il remarque, en outre, que les genres de La Bruyère et de Fénelon ne peuvent se comparer. C'est pour ces raisons, sans doute, que Vauvenargues supprima ce morceau. — G.
I On voit ici que Vauvenargues a fait droit à la critique de Voltaire. (Voir la note précédente), — G.
s On a vu plus haut que Vauvenargues adresse à peu près le même reproche à Molière. (Voir, à ce s^jet, notre Éloge de Vauvenargues. ^\9tf aussi, plus loin, la Préface à V Essai sur quelques Cametéres.) — G.
semble qu'elles sont bien placées dans un style, noble et touchant comme le sien, mais en même temps familier et populaire. Ces répétitions sont un art de faire reparaître la même vérité soiis de nouveaux tours et sous de nouvelles images, pour l'imprimer plus avant dans Tesprit des hommes. Je ne voudrais retrancher du roman de Télimaque^ car rien autre chose ne m'y déplaît, que les lieux communs de poésie dont il est rempli, et quelques imitations un peu trop faibles des grands ouvrages de l'antiquité; l'art d'imiter, lorsqu'il n'est pas parfait, dégénère toujours en déclama* tien. Il est, je crois, très-rare qu'on soit emphatique par trop de chaleur ; mais c'est un défaut où Ton tombe presque inévitablement lorsqu'on n'est animé que d'une chaleur empruntée. Voilà peut-être ce qui est arrivé quelquefois à l'illustre auteur dont je parle; mais ces imitations passagères ne m'empêchent pas de reconnaître dans ses écrits un caractère véritablement original , une âme tendre, ingénue, éloquente, une imagination abondante et ornée, un esprit facile, enchanteur et plein de grâce, vrai dans ses peintures, varié dans ses tours, harmonieux et riche dans ses expressions, toujours pathétique, le seul écrivain qui ait donné à la modération un caractère élevé, qui ait parlé sans faste de la vertu, et qui Tait embeUie et la fasse aimer par les charmes de la simplicité et de l'éloquence.