‹ OEuvresChapitre 152 sur 286 · cuzouÈNE, ou LA Vertu malheureuse · texte numérisé non relu

cuzouÈNE, ou LA Vertu malheureuse

Clazomène a fait l'expérience de toutes les misères hunoaines. Les maladies Tont assiégé dès son enfance, et Font sevré, dans son printemps, de tous les plaisirs de la jeu-

qae las éditeura précédents donnent 4ant le texte même de la Préface. Vauvenargnes TaTtit supprimé pour le mettre, et le développer dans le Discours sur le Caractère des différents siècles {voir plus haul)^ où, en effet, ces idées 8e retrouvent et lont mieux à leur place. — G.

> Add, : [• J'avertis d'ailleurs que Je ne m'y suis pas proposé de dire des « choses nouvelles, mais celles que J'ai cru vrai<w et utiles. Tout est dit, asm sure La Bruyère, et Von vient trop tard depuis sept mille an» çu'ti y a des « hommes, et qui pensent »ur ce t/ui concerne les mœurs; le plus beau et le « meilleur nous est enlevé..,. Les personnrs d'esprit, ajoute-t^-il , ont en eux « les semences de toutes les vérités et de tous les sentiments; rien ne leur m esi nouveau. Persuadé de cette vérité plus que personne, je ne doute pas « cependant que les hommes les plus éclairés ne soient bien aises qu'on leur « remette quelquefois devant les yeux leurs propres sentiments ou leurs idées. « Nous ne nous lassons pas de voir repréeâiter sur nos théâtres les mêmes « pefsonnages, avec quelques circonstances et quelques couleurs différentes; « pourquoi les amateurs du vrai seraient-Ils faciles qu'on les entretienne de « choses, qu'à la vérité ils connaissent en partie, mais qui sont si intéres-

• santés et si utiles, qu'on ne peut ni les épuiser, ni les rendre assez fami- « Uères? Si Je me suis servi des pensées ou des expressions de quelque au- « teur. Je les lui restitue de bon cœur, et on n'a qu'à les remettre à leur vraie a place. Je serais sensiblement touché de la gloire que J'aurais méritée, mais' « Je ne veux point m'approprier celle d'un autre. Je parle des choses, ou J'eu « écris, selon qu'elles m'affectent ou m'intéressent; la trop grande crainte de « tomber dans la pensée d'autrui nous Jetterait dans une contrainte puérile. « Ce n'est pas ainsi qu'on en use dans la conversation, où l'on suit sa pensée « sans ces égards, et Je crois que Ton ne peut désapprouver la même liberté « dans un auteur qui ne parle point pour parler, mais pour développer et « faire goûter, selon ses forces, les pensées dont il est le plus occupé. Si « donc il arrive à quelqu'un de reconnaître dans cet ouvrage des traits qu'il « ait vus ailleurs, on le prie de penser combien il est difficile, malgré la plus « grande attention, d'échapper à ce reproche, dans le genre où l'on a écrit « Tous les poètes, tous les orateurs, tous les auteurs de romans, toutes les » comédies, toutes les histoires, tous les ouvrages qui traitent des mosurs, ne » sont, eseentiellement, que des recueils de portraits et de caractères; j'ose « dire qu'il n'y a point de matière ni si épuisée, ni qui ait été traitée par de « si grands hommes ; et, lorsqu'on peut voir qu'un auteur n'est pas incapable

• de penser de soi-même ce qu'il a écrit, il y aurait une sorte d'injustice à « lui reprocher quelques répétitions involontaire, qui auraient pu se glisser H dans son ouvrage. > ]

nesse. Né pour des cbagriss plus secrets, il a eu de la hauteur et de Tambition dans la pauvreté; il s'est vu,, dans ses disgrftces, méconnu de ceux qu'il aimait ; l'injure a flétri son courage, et il a été offensé de ceux dont il ne pouvait prendre de vengeance. Ses talents, son travail contitinuel, son application à bien faire, son attachement à ses amis, n'ont pu fléchir la dureté de sa fortune. Sa sagesse même n'a pu le garantir de commettre des fautes irréparables; il a souffert le mal qu'il ne méritait pas, et celui que son imprudence lui a attiré. Quand la fortune a paru se lasser de le poursuivre, quand l'espérance trop lente commençait à flatter sa peine, la mort s'est offerte à sa vue ; elle l'a surpris dans le plus grand désordre de sa fortune^; il a eu la douleur amëre de ne pas laisser assez de bien pour payer ses dettes, et n'a pu sauver sa vertu de cette tache. Si l'on cherche quelque raison d'une destinée si cruelle, on aura, je crois» de la peine à en trouver. Faut-il demander la raison pourquoi des joueurs très-habiles se ruinent au jeu^ pendant que d'autres hommes y font leur fortune? ou pourquoi l'on voit des années qui n'ont ni printemps ni automne, où les fruits de l'année sèchent dans leur fleur? Toutefois^ qu'on ne pense pas que Clazomène eût voulu changer sa misère pour la prospérité des hommes faibles : la fortune peut se jouer de la sagesse des gens courageux ; mais il ne lui appartient pas de faire fléchir leur courage '.

A Far. ; « Un ordre inflexil^le et caché dispose des choses humaines ; le ha- « sard se Joue de la sagesse et des projets des hommes ; mais la prospérité m des &mes faibles ne peut les élever à la hauteur dès sentiments que la ca- « lamité inspire aux Ames fortes, et ceux qui sont nés courageux savent vivre « et mourir sans gloire. > — Nous l'avons dit dans notre tloge^ ce qui doit surtout attirer l'attention sur les Caractères et sur les Dialogues de Vauvenargues, c'est qu'ils sont pleins de Vauvenargues lui-même. Ce morceau n'est pas, à proprement' parler, un caractère, c'est une histoire, l'histoire éloquente d'une vie entière, en quelques lignes. Les maladies^ la hauteur et Vambition dans la pauvreté, l'offense dont on n'a pu prendre de- vengeance (voir les lettres au duc de Biron et au ministre Âmelot), la mort prématurée, tout, jusqu'au désordre de la fortune (voir les lettres à Saint- Vincens) , jusqu'à cette indomptable fierté avec laquelle Vauvenargues défie le sort, coname AJax défiait les dieux , tout cela est trop particulier et trop clair, pour que le doute soit possible.— G.

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