Nous ne pensons pas si bien que nous agissons
613.. [Ceux qui échappent aux misères delà pauvreté iî*échappent pas à celles de l'orgueil.]
61&. [L'orgueil est le consolateur des faibles.]
615. [Nous délibérons quelquefois lorsque nous voulons faire une sottise^ et nous assemblons nos amis, pour les consulter, comme les princes affectent toutes les formalités de la justice, lorsqu'ils sont le plus déterminés à la violer.]
616. [Les beaux-esprits se vengent du dédain des riches sur ceux qui n'ont encore que du mérite.]
617. [L'esprit n'est aujourd'hui à si bas prix, que parce qgi' il y en a beaucoup.]
618. [La plaisanterie des philosophes est si mesurée, qu'on ne la distingue pas de la raison.]
619. [Il échappe quelquefois à un homme ivre des saillies plus agréables que celles des meilleurs plaisants.]
620. [Quelques hommes seraient bien étonnés d'apprendre ce qui leur fait estimer d'autres hommes.]
621. [Le corps ne souffre jamais seul des austérités de Tesprit; l'âme s'endurcit avec le corps.]
622. [On voit de misérables corps victimes languissantes d'un esprit infatigable, qui les tourmente inexorablement jusqu'à la mort. Je me représente alors un grand empire, que Tambition inquiète d'un seul homme agite et ravage, jusqu'à ce que tout soit détruit, et que l'État périsse.]
4m RfiFLEXIONS
a2S • [Le soleil est moins éclatant» lorsqu'il reparati après des joors d'orage, que la vertu qui triomphe d'une longue et envieuse persécution.]
62A* [Les jours sombres et froids de l'automne représentent les approches de la vieillesse ; il n'est rien dans la nature qui ne soit une image de la vie humaine, parce que la vie humaine est elle-même une image de toutes choses, et que tout l'univers est gouverné par les mômes lois.]
625. [L'amour se fait sentir aui enfants^ comme l'ambition, avant qu'ils aient fait aucun choix; les hommes même s'attendrissent par avance, sans objet réel, et cherchent sauvent leur défaite sans la reneonirer\]
626. [Ceux qui médisent toujours, nuisent rarement; ils méditent plus de mal qu'ils n'en peuvent faire.]
627. [Une préface est ordinairement un plaidoyer, où toute l'éloquence de l'auteur ne peut rendre sa cause meilleure, aussi inutile pour faire valoir un bon ouvrage, que pour en justifier un mauvais.]
628. [Le défaut unique, en un sens, de tous les ouvrages, c'est d'être trop longs *.]
620. [Ce qui fait que beaucoup de gens de lettres dissimulent le bien qu'ils pensent les uns des autres, c'est qu'ils peuvent craindre que celui qu'ils loueraient ne les loue pas de même par la suite, et qu'il ne soit cru, sur cette même autorité qu'ils auraient contribué à lui assurer.]
630.. [Boileau était plein de génie,, et n'avait pas, je crois, un grand génie; tel hpmme, au contraire, a écrit, dont on ne saurait dire qu'il eût du génie, et qui, cependant, était un grand génie ; le cardinal de Richelieu, par exemple. ]
« Voir la Maxime 37*. — G.
* Rapprochez de la Maxime 115*.— G.
681. [Rousseau a manqué d'invention dans l'expression , et de grandeur dans la pensée. Ses poèmes manquent par le fond; ils sont travaillés avec art, mais froids.]
632. [Qui a plus écrit que César, et qui a exécuté de plus grandes choses ? ]
633. [On peut rendre l'esprit plus yif et plus souple, de même que le corps; il n'y a pour cela qu'à exercer l'un, comme on exerce l'autre'.]
63A. [Un homme éloquent est celui qui, même sans ie vouloir, fait passer sa créance ou ses passions dans l'esprit ou dans le cœur d'autrui.]^
635. [Si un homme parle faibleiAent, quand il est animé et à son aise, il est impossible qu'il écrive bien.]
636. [Qu'un homme parle longuement d'un grand procès, qu'il cite les lois, qu'il en fasse l'application au cas qui rint^esse, ceux qui l'écoutent croiront qu'il est un bon juge; qu'un autre parle de tranchées, de glacis et de chemins couverts, qu'il crayonne devant des femmes la disposition d'une bataille où il n'était point, on dira qu'il sait son métier, et qu'il y a plaisir à l'entendre. Les hommes se piquent de mépriser la science, et se laissent toujours imposer par ses apparences.]
637. [Que sert à un homme de robe, de savoir comme on prend une place? Pourquoi un financier veut- il apprendre la mécanique des vers? Si les hommes se contentaient des connaissances dont ils ont besoin, et qui entrent dans leur génie, ils auraient, assez de temps pour le^ approfondir; mais la mode est, aujourd'hui, d'avoir une teinture de toutes les sciences. Un homme qui n'a rien à dire sur un autre métier que le sien, n'oserait penser qu'il peut avoir de l'esprit.]
< Voir la Maxime lOft*. — G.
6S8. [J'approuverais fort la science universelle» si les hommes en étaient capables ; mais j*estimeplus un menuisier, qui sait son métier, qu'un bavard, qui pense tout savoir, et qui ne possède rien.]
639. [On n'a jamais chargé l'esprit des hommes d'autant de connaissances inutiles et superficielles qu'on le fait aujourd'hui ; On a mis à la place de Fàncienne érudition une science d'ostentation et de paroles. Qu'avons-nous gagné à cela? Ne vaudrait-il pas mieux être encore pédant comme Huet, et comme Ménage?]
6A0.' [Les gens du monde ont une espèce d'érudition; c'est-à-dire qu'ils savent assez de toutes choses pour en parler de travers. Quelle maniede sortir des bornes de notre esprit et de nos besoins, pourcharger notre mémoire de taut de choses inutiles ! Et par quelle fatalité faut- il, qu'après avoir guéri d'un respect exagéré pour la vraie érudition, nous soyons épris de la fausse?]
6AI. [Le duel avait un bon côté, qui était de mettre un frein à l'insolence des grands '; apssi» je m'étonne qu'ils n'aient pas encore trouvé le moyen de l'abolir entièrement.]
6A2. [Le peuple en vient aux mains pour peu de chose ; mais les magistrats et les prêtres ne poussent jamais leurs querelles jusqu'à cette indécence. La noblesse ne pourraitelle en venir à ce point de politesse? Pourquoi non, puisque déjà deux corps aussi considérables y sont parvenus?]
643. [Si quelqu'un trouve que je me contredis, je réponds : Parce que je me suis trompé une fois, ou plusieurs fois, je ne prétends point me tromper toujours.]
6A&. [Quand je vois un homme engoué de la raison, je parie aussitôt qu'il n'est pas raisonnable.]
« Voir la note de la page 160. — G.
ET MAX.JMES. 4^3
645. [i'si bofine opinion'd'un jeune homme, quand je vois qu'il a Tesprit juste, et que, néanmoins, la raison ne le mattrise point; je me dis : Voici une âme forte et audacieuse ; ses passions la tromperont souvent, mais, du moins, elle ne sera trompée que par ses passions, et non par celles d'autrui.]
6A6. [Ce qu'il y a de plus embarrassant, quand on n'est pas né riche, c'est d'être né fier '.]
647. [On s'étonne toujours qu'un homme supérieur ait des ridicules^» ou qu'il soit sujet à de grandes erreurs; et moi je serais très.-surpris qu'une imagination forte et hardie ne fit pas commettre de très-grandes fautes.]
648. [Je mets une fort grande différence entre faire des sottises et faire des folies; un homme médiocre peut ne pas faire de folies, mais il ne saurait éviter de faire beaucoup de sottises.]
649. [Le plus sot de tous les hommes est celui qui fait des folies par air.]
650. [Nous méprisons les fables de notre pays, et nous apprenons aux enfants les fables de l'antiquité.]
651. [Nous dédaignons les fables de notre pays^ et beaucoup de gens les ignorent; mais j'espère. qu'elles feront un jour partie de l'éducation des enfants. Il est juste qu'elles aillent à nos neveux, et il faut bitni que cela arrive, puisque nous apprenons aujourd'hui» avec tant de soin, les fables de l'antiquité.]
652. [L'objet de la prose est de dire des choses ; mais les sQts s'imaginent que la rime est l'unique objet de la poésie, et, dès que leurs vers ont le nombre ordinaire de syllabes^ ils pensent que ce qu'ils ont fait avec tant de peine mérite qu'on se donne celle de le lire.]
< Rapprochez de la Maxime 562'- — G.
65}. [Pourquoi un jeune homme nous plal(-il plus qu'un vieillard? 11 n'y a presque point d'homme qui puisse se dire pourquoi H ûme ou il estime un autre homme, et pourquoi lui-même s'adore.}
65&. [Un philosophe est un p^wnnage froid ou un personnage menteur; il ne doit donc figurer qu'un moment dans un poème, qui doit être un tableau vrai et passionné de la nature '.]
655. [La plupart des grands hommes ont pa&<)é la meilleure partie de leur vie avec d'autres hommes qui ne les comprenaient point, ne les aimaient point, et ne les estimaient que médiocrement.]
656. [N'est-ce pas une chose singulière qu'on ne puisse pas même primer dans l'art du chant avec impunité et sans contestation?]
667. [II y a des gens qui, se croyant au plus haut d^ré de l'esprit, assurent qu'ils aiment les bagatelles et les riens, que les folies d'Arlequin les réjouissent, qu'ils aiment les farces, l' opéra-comique, et les pantomimes : pour moi, cela ne m'étonne en aucune manière, et je crois ces gens-là sur leur parole.]
658. [Quand je suis entré dans le monde, j'étais étoni)é de la rapidité avec laquelle on glissait sur une infinité de choses assez importantes, et je disais en moi-même : Ces gens-ci, qui ont beaucoup d'esprit, jugent qu'il y a beau* coup de réflexions qu'il n'est pas besoin d'exprimer, parce qu'ils voient tout d'abord le bout des choses, et ils ont raison. Je me suis détrompé depuis, et j'ai vu qu'en bonne compagnie, on pouvait s'étendre et s'appesantir, autant qu'ailleurs, sur tous les sujets, pourvu qu'on sût les choisir*]
^ Sans s'en apercevoir, Vauveqargaes fait du tort à la Henriadt et au\ Tragédie* de Voltaire ; Je doute que celui-ci ett fort goûlé cette Maxime. — G.
« Le principal intérêt de ces Maximes inédites, notamment de celle-ci, de la suivante et des 001% 662* et 663', c*est que l^iiutcur ^ est lui-même partie
ET MAXIMES. 4e5
659. [J'avais un laquais, qui était fort jeune; j'étais en voyage ; il rce dit que je venais de souper avec un homme de beaucoup d'esprit. Je lui demandai à quoi il connaissait qu'un bomme avait de l'esprit : — « C'est quand il dit toujours la vérité. — Voulez-vous dire que c'est quand il ne trompe personne ? — Non, Monsieur, mais quand il ne se trompe pas lui-même. » Je pensai aussitôt que ce jeune homme' pouvait bien avoir lui-même plus d'esprit que Voiture et que Benserade ; il est bien sûr, au moins, qu'un bel-esjnit n'aurait pas rencontré aussi juste.]
6Ô0. [Presque toutes les choses où les hommes ont attaché de la honte, sont très-innocentes : on rougit de n'être pas riche, de n'être pas noble, d'être bossu ou boiteux, et d'une infinité d'autres choses dont je ne veux pas parler. Ce mépris, par lequel on comble les disgrâces des malheureux, est la plus forte preuve de l'extravagance et de la barbarie de nos opinions.]
661. [Je ne puis mépriser un homme, à moins que je n'aie le malheur de le haïr pour quelque mal qu'il m'a fait ; je ne comprends pas le dédain paisible que Ton nourrit de sang-froid pour d'autres hommes.]
662. [Lorsque j'ai été à Plombières, et que j'ai vu des personnes de tout sexe, de tout âge, et de toute condition,
intervenante. Mieux que toutes celles qu'il a publiées, elles nous montrent le procédé de Vauvenargues : au thé&tre, on voyage, aux eaux, partout, il observait tout, et tous, jusqu'à son laquais. l\ Jetait d'abord sur le papier ses observations, telles qu'il venait de les recueillir; puis, lorsqu'il s'agissait de les faire entrer dans son livre, il en ôtait la forme personnelle, afin de leur donner une couleur plus générale. Le lecteur n'aura qu'à comparer la 386* Pensée avec ses trois variantes, dont la dernière, seule, a été publiée, pour se rendre un compte exact du procédé dont nous parlons, et peut-être regrettera-t-il avec nous de n'avoir pas pour toutes les Maximes, comme pour celles dont nous parlons, l'expression première de la pensée de Vauvenargues. — G. 1 Ce mot est à noter; il marque le respect de Vauvenargues pour l'intelligence; ici le laqtiais a disparu, l'égalité est rétablie. Ajoutons que Vaavenar> gués méritait plus que personne d'avoir à son service un homme d'autant de sens. N'est-ce pas aussi le cas de rappeler que, vers le même temps, il y svait ciuelque part un autre laquais, qui s'appelait J.-J. Rousseau? — G.
se baigner humblement dans la même eau , j'ai compris tout d'un coup ce qu'on m'avait dit si souvent» et ce que je ne voulais pas craire, que les faiblesses ou les malheurs des hommes lés rapprochent, et les rendent souvent plus sociables. Des malades sont plus humains et moins dédaigneux que d'autres hommes.]
663. [Je remarquai encore dans ces bains que les nudités ne me touchaient point; c'est parce que j'étais malade. Depuis lors, quand je vois un homme qui n'est point frappé de la pure nature, en quelque sujet que ce soit, je dis que son goût est malade.]
66A. [C'est quelquefois peine perdue, que de traiter les grands sujets et les vérités générales. Que de volumes sur l'immortalité de l'âme, sur Tessence des corps et des esprits, sur le mouvement, sur l'espace, etc. ! Les grands sujets imposent à l'imagination des hommes, et l'on s'attire le respect du monde, en l'entretenant de matières qui passent la portée de son esprit; mais il y a peu de ces discours qui soient vraiment utiles. Il vaut mieux s'attacher à des choses Vraies, instructives, et profitables, qu'à ces grandes spéculations, dont on ne peut rien conclure de raisonnable et de décisif. Les hommes ont besoin de savoir beaucoup de très-petites choses, et il faut les en instruire avant tout.]
665. [Il ne faut point que ce soit la finesse qui domine dans un ouvrage. Un livre est un monument public; or, tout monument doit être grand et solide. La finesse doit se produire avec tant de simplicité qu'on la sente, en quelque manière, sans la remarquer. Il n'y a, selon moi, que les choses qu'on ne peut dire uniment, qu'il est permis de dire avec finesse.]
666. [11 y a des gens d'un esprit naturel, facile, abondant, impétueux, qui rejettent absolument le style court, serré, et qui oblige à réfléchir; ils voudraient toujours
courir dans leurs lectures» et n'être jamais ^urrètés; ils ressemblent à ceux qui se fatiguent en se promenant trop lentement.]
667. [Lorsqu'on n'entend pas ce qu'on lit, il ne faut pas s'obstiner à le comprendre; il faut^ au contraire > quitter son livre; on n'aura qu'à le reprendre un autre jour ou à une autre beure, et on l'entendra sans effort. La pénétration, ainsi que l'invention, ou tout autre talent bumain, n'est pas une vertu de tous les moments; on n'est pas toujours disposé à entrer dans l'esprit d' autrui '.]
668. [Il suffit qu'un auteur soit toujours sérieux, et bumblement soumis à tous les préjugés, pour qu'on lui croie l'esprit beaucoup plus juste qu'à tous les poètes: je suis persuadé q\Le beaucoup de gens croient Rollin plus grand pbilosophe que Voltaire.]
669; [Les sophistes n'estiment pasFénelon, parce qu'ils ne le trouvent pas assez pbilosophe; et moi j'aime mieux, un auteur qui me donne un beau sentiment, qu'un recueil de pensées subtiles.]
670. [On voit des auteurs qui ont dit de grandes choses;, mais on voit aussi qu'ils les ont cherchées; elles n'étaient pas dans leur esprit; ils les y ont appelées et ncrustées; aussi, malgré les grandes choses qu'ils ont dites, on ne peut se défendre de les trouver encore petits.]
671. [On appelait Bayard le chevalier sans peur ; c'estsur ce modèle que son t faits la plupart des héros de notre théâtre. Autres sont les héros d'Homère : Hector a, d'ordinaire, du courage, mais il a peur quelquefois.]
672. [La fierté est sans doute une passion fort théâtrale, mais il faut qu'elle soit provoquée : un fat est insolent, sans
1 Voir la Maxime 282'. — G.
qu'on l'y pousse; mais une âme forte ne manifeste point sa hauteur, qu'elle n'y soit contrainte '.j
073. [Les fautes de détail sont fautes de jugement : par exemple, lorsque, dans un poème dramatique, les personnages disent ce qu'ils devrûent taire, lorsqu'ils ne soutiennent point leur caractère, ou l'avilissent par des discours bas, ou longs, ou inutiles, toutes ces fautes sont contre le jugement. Qu'un auteur fasse un plan judicieux, mais qu'il pèche dans le détail, il ne va pas moins contre la justesse, que celui qui réussit dans le détail, mais qui s'est trompé dans le plan.]
674. [Quand les détails sont faibles dans une tragédie, l'attention des spectateurs se relâche nécessairement, et leur esprit se refroidit si fort, que, s'il vient ensuite une grande beauté, elle ne les trouve plus préparés, et manque son impression. Si l'on arrivait au théâtre pour le 5* acte d'une tragédie, serait-on aussi touché de la catastrophe, que si l'on eût écouté attentivement toute la pièce, et que si l'on fût entré dans les intérêts des per3onnages?]
676. [S'il pouvait y avoir une république sage, ce devrait être, ce semble, la république des lettres, puisqu'elle n'est composée que de gens d'esprit; mais qui dit une république, dit peut être un état mat gouverné; ce qui fait aussi, je crois, qu'on y rencontre des vertus d'un caractère plus haut; car les hommes ne font jam^ds de si grandes choses, que lorsqu'ils peuvent faire impunément bien des sottises.]
676. [L'ambition est habileté, le courage est sagesse, les passions sont esprit, l'esprit est science, ou c'est tout le contraire; car il n'y a rien qui ne puisse être bon ou mauvais, utile ou nuisible, selon l'occasion et les circonstances.]
I La môme peiibée se retrouve dans les Héfiejcions sur Corneille. — Voir page 246. — G.
677. [L'amour est plus violent que Tamour-propre, puisqu'on peut ainaer une femme malgré ses mépris.]
678. [Je plains un vieillard amoureux ; les passions de la jeunesse font un affreux ravage dans un corps usé et flétri.]
679. [Une faut point apprendre àdanser en cheveux gris, ni entrer trop tard dans le monde. ]
680. [Une femme laide, qui a quelque esprit, est souvent méchante par le chagrin qu'elle a de n'être pas belle, quand elle voit que la beauté tient lieu de tout.]
681. [Les femmes ont, pour l'ordinaire, plus dé vanité que de tempérament, et plus de tempérament que de vertu.]
682. [C'est être bien dupe d'aimer le monde, quand on n'aime ni les femmes, ni le jeu.]
683. [Qui est aussi léger qu'un Français? Qui va, comme lui, à Venise, pour voir des gondoles?]
68A. [Il est si naturel aux hommes de tirer à soi et de s'approprier tout, qu'ils s'approprient jusqu'à la volonté de leurs amis, et se font de leurs complaisances même un titre pour les dominer avec tyrannie '.]
685. [Qui fait tant de mauvais, de ridicules et d'insipides plaisants? Est-ce sottise, ou malice? ou l'un et l'autre à la fois*?]
686. [ La même différence qui est entre la franchise et la grossièreté, se trouve entre l'adresse et le mensonge : l'on n'est grossier, ou menteur, que par quelque défaut d'esprit; le mensonge n'est que la grossièreté des hommes faux; c'est la lie de la fausseté ^]
< Rapprochez de la Maxime 179*. — G.
« Voir la Maxime 2(W'. — G.
» Voir la Maxime 277*. — G.
687. [L'imperfection est le principe nécessaire de toat vice; mais la perfection est une, et incommunicable.]
688. [Que ceux qui ne peuvent atteindre à la véritable gloire, s'en fassent une fausse, rien ne me semble plus pardonnable ; mais un homme qui a des lumières, et qui se dissipe et s'éteint dans des occupations frivoles, me paraît ressembler à ces gens opulents qui se ruinent en colifichets. Il est le plus insensé de tous les hommes, s'il espère de réussir encore, dans son déclin, par les qualités qui lui ont réussi dans ses beaux jours : les qualités les plus aimables dans les jeunes gens deviennent un opprobre dans la vieillesse.]
689. [La vieillesse ne peut couvrir sa nudité que par la véritable gloire; la gloire, seule, tient lieu des talents qu'une longue vie a usés '.]