Il est permis de regretter la vie, quand on la re
f Rapprochez cette Maxime et la suÎTante des 375'-377«. — G. * Rapprochez de la AS» Réflexion, page 104. — G.
grette pour eUe-méme, et non par timidité devant la mort.] 700. [Oh ! qu'il est difficile de se résoudre à mourir'! j
701. Les premiers écrivains travaillaient sans modèles, et n'empnmtalent rien que d'eux-mêmes, ce qui fait qu'ils sont inégaux, et mêlés de mille endroits faibles, avec un génie tout divin. Ceux qui ont réussi après eux ont puisé dans leurs inventions, et par là sont plus soute* nus*; nul ne trouve tout dans son propre fonds.
702. Qui saura penser de soi-même, et former de nobles idées, qu'il prenne, s'il peut, hardiment, la manière et le tour des maîtres : toutes les richesses de l'expression appartiennent de droit à ceux qui savent les mettre à leur place.
703. Il ne faut pas craindre non plus de redire une vérité ancienne ', lorsqu'on peut la rendre plus sensible par un meilleur tour, ou la joindre à une autre vérité qui l'éclaircisse, et former un corps de raisons. C'est le propre des inventeurs de saisir le rafiport des choses, et de savoir les rassembler; et les découvertes anciennes sont moins à leurs premiers auteurs qu'à ceux qui les rendent utiles.
70lu On fait un ridicule à un homme du monde du talent et du goût d*écrire *. Je demande aux gens raisonnables : Que font ceux qui n'écrivent pas ^ 7
705. Cest un mauvais parti pour une femme que d'être coquette: il est rare que celles de ce caractère allument de grandes passions; et ce n'est pas à cause qu'elles sont légères, comme on le croit communé-
t Dans la seconde édition de son livre, Vauvenargues, conseillé par Voltaire, avait supprimé les Maximes qui suivent (voir TAvertissement, page 373) ; cependant, les divers éditeurs les ont rétablies, de leu^ chef, sans même en avertir le lecteur. Comme elles étaient acquises à la publicité, nous en avons déjà donné un grand nombre, à titre de variantes aux Maximes remaniées par Tauteur, et nous donnons ici les autres, mais en caractères plus petits, afin de les distinguer de celles qu'il maintenait définitivement. Nous y joignons les notes inédites de Voltaire, qui ont motivé la plupart des suppressions faites par Vauvenargues. Qu'il n'y ait rien à regretter dans ces suppressions, et que les critiques de Voltaire soient toutes également heureuses, c'est co dont le lecteur pourra juger. — G.
* Add. : [• Nous qui ne savons pas les langues knortes, nous puisons parmi « ces derniers ; on dit là^essus que rien n'est plus facile ; mais c'est une
erreur très-injuste. >]
' Rapprochez de la Maxime 308*. — G.
♦ [Oui, mais imprimer? — V.l
^ Dans les éditions précédentes, cette Maxime est suivie d'une pensée répétée, mot pour mot, du 28* chap. de l'/ntroduc/ton à la Connaissance de l*Espnt humain, et que, pour cette raison , nous avons supprimée. — G.
ment, mais parce que personne ne veut être dupe. La vertu nous fait mépriser la fausseté, et Tamour-propre nous la fait haïr.
706. Est-ce force dans les hommes d'avoir des passions, ou insuffisance et faiblesse? Est-ce grandeur d'être exempt de passions, ou médiocrité de génie 7 Ou tout est-il mêlé de faiblesse et de force, de grandeur et de petitesse ' 7
707. Qui est [le] plus nécessaire au maintien d'une société d'hommes faibles, et que leur faiblesse a um's, la douceur, ou l'austérité? Il faut employer l'une et l'autre : que la loi soit sévère, et les hommes indulgents.
708. La sévérité dans les lois est humanité pour les peuples; dans les hommes,'elIe est la marque d'un génie étroit et cruel : il n'y a que la nécessité qui puisse la rendre innocente*.
709. S'il n'y avait de domination légitime que celle qui s'exerce avec justice, nous ne devrions rien aux mauvais rois.
710. Comptez rareinent sur l'estime et sur la confiance d'un homme qui entre dans tous vos intérêts, s'il ne vous parle aussi des siens.
711. C'est la conviction manifeste de notre incapacité que le hasard dispose si universellement et si absolument de tout II n'y a rien de plus rare dans le monde que les grands talents et queie mérite des emplois : la fortune est plus partiale qu'elle n'est injuste '.
712. Le mystère dont on enveloppe ses desseins marque quelquefois plus de faiblesse que l'indiscrétion, et souvent nous fait plus de tort *.
713. Ceux qui font des métiers infâmes, comme les voleurs, les femmes perdues, se font gloire de leurs crimes, et regardent les honnêtes
i Ici, Vauvenargaes ne conclut pas; mais, partout ailleurs, il déclare que le manque do passions n'est que faiblesse, et médiocrité de génie, — G.
> Rapprochez cette Maxime et la précédente des 302«-395r. — G.
3 [Obscur, et peu lié. --V.] — Cette pensée est obscure; Tauteur veut dire, je crois, que c*est la conviction que nota avons de notre incapacité, qui nous fait abandonner tant de choses au hasard. H n'y a rien de plus rare dans le monde, dit-il ensuite, que les grands talents et que le mérite des emplois . le mérite des emplois est une ellipse forcée. L'auteur ajoute ; la fortune est plus partiale qu*elle n'est injuste, c'est^-dire qu'entre des concurrents sans moyens, elle n'est pas injuste en refusant un emploi à tel qui ne le mérite pas, niais partiale, en l'accordant & tel autre, qui ne le mérite pas davantage. — S. — Suard explique très-bien la dernière phrase ; miûs il n'a pas compris la première ; conviction est employé par Vauvenargues dans le sens de preuve, et, en substituant ce dernier mot à l'autre, la phrase devient très-claire. — G.
* Rapprochez de la Maxime 104('. — G.
gens comme des dupes : la plupart des hommes, dans le fond du cœur, méprisent la vertii, peu la gloire *•
7i/i. La Fontaine était persuadé *, comme il le dit, que Papoldgae était un art divin : jamais peut-être de véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables.
715. Une mauvaise préface allonge considérablement un mauvais livre ; mais ce qui est bien pensé est bien pensé, et ce qui est bien écrit est bien écrit'.
716. Ge sont les ouvrages médiocres qu'il faut abr^r : je n*ai jamais vu de préface ennuyeuse devant un bon livre.
717. Toute hauteur affectée est puérile; si elle se fonde sur des titres supposés, elle est ridicule; et si ces titres sont frivoles, elle est basse ^ : le caractère de la vraie hauteur est d'être toujours à sa place ^.
71& Nous n'attendons pas d'un malade qu^il ait l'enjouement de la santé et la force du corps; s'il conserve même sa raison jusqu'à la fin, nous nous en étonnons; et s'il fait paraître quelque fermeté, nous disons qu'il y a de l'affectation dans cette mort : tant cela est rare et difficile. Cependant, s'il arrive qu'un autre homme démente, en mourant, ou la fermeté, ou les principes qu'il a professés pendant sa vie; si, dans l'état du monde le plus faible, il donne quelque marque de faiblesse.... ô aveugle malice de l'esprit humain! il n'y a point de contradictions si manifestes que l'envie n'assemble pour nuire *.
' [Cela est-il bien vrai? — V.] — Var. : [ « Il n'est donc pas décidé qu'ils • soieDt plus sensibles au gain qu*à Thonneur, tel qu'ils l'imaginent. >]
s On ne voit pas queUe est la liaison des deux parties de cette M aiime, ce qui la rend trës^bscure. En disant que jamais de yéritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables, reat41 dire que c'est un art d'instinct, d^inspirationf Mais cela pomratt se dire de beaucoup d'autres genres de talents poétiques. Faut^il le prendre dans un sens défavorable? On a peine à le concevoir d'après les éloges qu'il donne à La Fontaine dans ses Réflexions sur les poètes. On voit plus vivement encore, dans ses Lettres à Voltaire, Fadmiration que lui inspirait le talent de La Fontaine, qu'il a même défendu contre Voltaire. — S. — La liaison des deux parties de cette pensée est immédiate. Vauvenargues faisait grand eas du génie de La Fontaine (voir la 1** Réflexion critique^ page 333), mais il n'estimait que médiocrement la fable, de même que le roman^ Vallé^orie et, en général, tous les genres de fiction. — (Voir des Romans, page 70 ; Sur le merveilleux, page 102, et un passage sur les Allégories de Rousseau, page 260.) Du reste. Voltaire qui, côtes, n'était pas prévenu en faveur de La Fontaine, trouvait cette réflexion fiMiiraùe (exemplaire d'Aix), et c'est lui qui l'a fait retrancber à Vauvenargues.^ G.
» [Mauvais. — V.]
* [Non.— V.l
» Voyei la Maxime 672*. — G.
* Rapprochez de la Maxime 141*. —G.
719. On n'est pas appelé à la conduite des grandes affaires, ni aux sciences, ni aux beaux-arts, ni à la vertu, quand on n'aime pas ces choses pour elles-mêmes, indépendamment de la considération qu'elles attirent; on les cultiverait donc inutilement dans ces dispositions : ni Tesprit, ni la vanité, ne peuvent donner le génie '•
720. Les femmes ne peuvent comprendre qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard '. '
721. U n'est pas libre à un homme qui vit dans le monde de n'être pas galante
722. Quels que soient ordinairement les avantages de la jeunesse, un jeune homme n'est pas bien venulkuprès des femmes, jusqu'à ce qu'elles en aient fait un fat *.
723. Il est plaisant qu'on ait fait une loi de la pudeur aux femmes, qui n'estiment dans les hommes que l'effronterie.
72/i. On ne loue une femme ni un auteur médiocre comme eux-mêmes se louent
725. Une femme qui croit se bien mettre ne soupçonne pas, dit un auteur, que son ajustement deviendra un jour aussi ridicule que la coiffure de Catherine de Médicis : toutes les modes dont nous sommes prévenus vieilliront peut-être avant nous, et même le bon ton ".