DE LA PASSION DU JEU
Quoique j'aie dit que l'avarice natt d'une défiance ridicule des événements de la fortune, et qu'il semble que l'amour du jeu vienne, au contraire, d'une ridicule confiance aux mêmes événements, je ne laisse pas de croire qu'il y a des joueurs avares et qui ne sont confiants qu'au jeu ; encore ont^ils, comme on dit, un jeu timide et serré.
Des commencements souvent heureux remplissent l'esprit des joueurs de l'idée d'un gain très-rapide, qui parait toujours sous leurs mains: cela détermine. Par combien de motifs, d'ailleurs, n'est-on pas porté à jouer? par cupidité, par amour du faste, par goût des plaisirs, etc. Il suffit donc d'aimer quelqu'une de ces choses pour fidmer le jeu; c'est une ressource pour les acquérir, hasardeuse à la vérité, mais propre à toute sorte d'hommes, pauvres, riches, faibles, malades, jeunes et vieux, ignorants et savants, sots et habiles, etc.; aussi n'y a-t-il point de passion plus commune que ce)le-ci.