l'activité est dans l'ordre de la nature
On ne peut condamner l'activité sans accuser l'ordre de la nature. 11 est faux que ce soit notre inquiétude qui nous dérobe au présent; le présent nous échappe de lui-même, et s'anéantit malgré nous. Toutes nos pensées sont mortelles, nous ne les saurions retenir; et si notre âme n'était secourue par cette activité infatigable qui répare les écoulements perpétuels de notre esprit, nous ne durerions qu'un instant; telles sont les lois de notre être. Une force secrète et inévitable emporte avec rapidité nos sentiments; il n'est pas en notre puissance de lui résister, et de nous reposer sur nos pensées ; il faut marcher malgré nous, et suivre le mouvement universel de la nature. Nous ne pouvons retenir le présent que par une action qui sort du présent. 11 est telle-
1 Pour ce morceau et le suivant, oaômo obsenration que dans la note de la 31' Réflexion. — G.
s La subordination de la raison au sentiment est un des traits principaux de ta philosophie de Vauvenargucs ; il y reviendra souvent dans ses Maximes. — G.
ment impossible à i*homme de subsister sans action, que, s'il veut s'empêcher d'agir, ce ne peut être que par un acte encore plus laborieux que celui auquel il s'oppose ; mais cette activité qui détruit le présent, le rappelle, le i*epro* duit, et charme les maux de la vie.
36;— [contre le mépris des choses humaines.]
[Le mépris des choses humaines détourne les hommes de la vertu, en leur ôtant ou l'espérance ou l'estime de la gloire; il décourage les jeunes gens, il afflige et dégoûte les vieillards, et, ne corrigeant aucun vice, il amollit toutes les vertus. Ali contraire, l'estime des biens humains et des avan* tages proportionnés à notre nature excite les hommes à bien faire, dans tous les états et dans tous les âges; fait les grands capitaines, les bons citoyens, les magistrats éclairés, les ministres laborieux, les grands écrivains, les braves, les habiles et les vertueux ; elle apporte au monde le goût du travail, la fermeté dans le malheur, la modération dans la prospérité. 11 a été un temps où l'ambition était un devoir et une vertu ; on pouvait alors parler sûrement aux hommes de la gloire, parce qu'elle les touchait tous également. Les moindres citoyens avaient droit aux honneurs de leur patrie, et pouvaient aspirer sans présomption à s'en rendre dignes ; mais le courage des hommes est devenu plus timide et n'ose s'avouer. Et cependant l'amour de la gloire est encore l'âme invisible de tous ceux qui sont caps^bles de quelque vertu ; la gloire a les vœux secrets de tous les cœurs, jusque-là que ceux qui affectent le plus de la mépriser, sont plus soupçonnés que les autres d'y prétendre, et que, la négligeant dans les grandes choses, ils idolâtrent son nom et son apparence dans les petites. Us démentent leurs propres discours, ou parles secrets efforts qu'ils font pour l'obtenir, ou par leur jalousie contre ceux qui l'obtiennent'.]
< Rapprochée des deux Di9cour$ iur la Gloire, et du Ditcours sur U CaraC' tère de» différenlt nècles. — G.