sur la tolérance
[Est-ce une nécessité aux législateurs d'être sévères? C'est une question débattue, ancienne, et ti*ës-contestable, puisque de puissantes nations ont fleuri sous des lois trèsdouces ; mais on n'a jamais mis en doute que la tolérance ne fût un devoir pour les particuliers. C'est elle qui rend la venu aimable , qui ramène les âmes obstinées, qui apaise les ressentiments et les colères, qui, dans les villes et dans les familles, maintient l'union et la paix, et fait le plus grand charme de la vie civile. Se pardonnerait-on les uns aux autres, je ne dis pas des mœurs différentes, mais même des maximes opposées, si on ne savait tolérer ce qui nous blesse? Et qui peut s'arroger le droit de soumettre les autres hommes à son tribunal ? Qui peut être assez impudent pour croire qu'il n'a pas besoin de l'indulgence qu'il refuse aux autres? J'ose dire qu'on souffre moins des vices des méchants que de l'austérité farouche et orgueilleuse des réformateurs, et j'ai remarqué qu'il n'y avait guère de sévérité qui n'eût sa source dans l'ignorance de la nature, dans un amour-propre excessif, dans une jalousie dissimulée, enfin, dans la petitesse du cœur.]