DIOC. LAERCE, IX, 68. G
(3) Cic, Tiiscul., 11, 13. J. V. L.
(5) Cicéron dit, ibid.. c. 25, de hoc ipso, nihil esse boniim, nlsi quod honestum esset. La question de la douleur pouvait faire partie de cette thèse du stoïcisme. J V. L.
Qui uisi sunt vert, ralio quoqne falsa sit omnis*. -^
Ferons nous accroire à nostre peau que les coups d'estriviere la chastouillent? et à nostre goust que l'aloé soit du vin de Graves? Le pourceau de Pyrrho est icy de nostre escot : il est bien sans effroy à la mort ; mais si on le bat, il crie et se tormente. Forcerons nous la générale loy de la nature, qui se veoid en tout ce qui est vivant soubs le ciel de trembler soubs la douleur ? les arbres mesmes semblent gémir aux offenses. La mort ne se sent que par le discours, d'autant que c'est le mouvement d'un instant :
Aut fuit, aut veniet ; nihil est prœsenlis in illa ; Morsque minus pœnœ, quam mora mortis, habel • :
mille bestes, mille hommes sont plustost morts que menacés. Aussy, ce que nous disons craindre principalement en la mort, c'est la douleur, son avant-coureuse coustumiere. Toutesfois. s'il en fault croire un sainct père : Malam mortem non facit, nisi quod sequitur mortem^: et je dirois encores plus vraysemblablement, que ny ce qui va devant, ny ce qui vieni après n'est des appartenances de la mort.
Nous nous excusons faulsement : et je treuve par expérience que c'est plustost l'impatience de l'imagination de la mort qui nous rend impatients de la douleur, et que nous la sentons doublement griefve de ce qu'elle nous menace de mourir ; mais la raison accusant nostre lascheté de craindre chose si soubdaine, si inévitable, si insensible, nous prenons cest aultre prétexte plus excusable. Tous les maux qui n'ont aultre dangier que du mal, nous les disons sans dangier : ceiuy des dents ou de la goutte, pour grief qu'il soit, d'autant qu'il n'est pas homicide, qui le met en compte de maladie?
Or bien présupposons le, qu'en la mort nous regardons principalement la douleur ; comme aussi la pauvreté n'a rien à craindre que cela, qu'elle nous jecte entre ses bras par la soif, la
(1) Et si les sens ne sont vrais, toute raison est fausse. Lucr., rv, 486.
(2) Ou elle a été ou elle sera ; il n'y a rien de présent en elle. La mort est moins cruelle que l'attente de la mort. — Le premier de ces deux vers latins est pris d'une satire qu'Esticnnc de La Boclie, ami de Montaigne, lui avait adressée, et dont nous avons cité quelque chose dans les notes sur le chapitre XXVll de ce livre. Le second vers est d'Ovide, Epttre <tAriadne ù Thésée, v. 82. C.
(3) La mort n'est un mal que par ce qui vient aprè» elle. .UccsT., de Civit. Dei, 1, 11.