‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 164 sur 402 · LIVRE ir, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE ir, CHAP. IX

où ceulx d'une ville qu'il assiegeoit pouvoicnt faire des sorties sur luy, disant que ceulx qui assailloient dchvoient penser à entreprendre, non pas à craindre : et craignoit, avecques raison, que ceste provision endormist leur vigilance à se garder. Il dict aussi à un jeune homme qui luy faisoit montre de son beau bouclier : « Il est vrayement beau, mon fils î mais un soldat romain doibt avoir plus de fiance en sa main dextre qu'en la gauche. »

Or, il n'est que la coustume qui nous rende insupportable la charge de nos armes :

L'usbergo in dosso haveano, e l' ehno in testa. Duo di questi guerrier, dei quali io canto Xé noue o dt, dopo ch' eniraro in questa Slanzn, gl' haveano mai messi da canto; Che facile a portât corne la veita Era lor, perché in u$o V havean tatito •.

L'empereur Caracalla alloit par païs à pied, armé de toutes pièces, conduisant son armée-. Les piétons romains porioient non seulement le morion', l'espce et l'escu (car, quant aux armes, dict Cicero, ils estoient si accoustumés à les avoir sur le dos qu'elles ne les empeschoient non plus que leurs membres : Anna enim membra militis esse dictinl*); mais quand et quand encores ce qu'il leur falloit de vivris pour quinze jours, et certaine quantité de paulx» pour faire leurs remparts, jusques à soixante livres de poids. Et les soldats de Alarius6, ainsi chargés, marchants en battaille, estoient duicts à faire cinq lieues en cinq heures, et six, s'il y avoit haste. Leur discipline militaire estoit beaucoup plus rude que la nostre ; aussi produisoit elle de bien aultres effects. Le jeune Scipion^, reformant son armée en Espaigne, ordonna à ses soldats de ne manger que debout, et rien de cuict. Ce traict

(I) Deux des guerriers que je chante ici avaient la cuirasse sur le dos et le casque en tête : depuis qu'ils étaient dans ce cbâteau, Us n'avaient quitté ni jour ni nuit cette double armure, qu'ils portaient aussi aisément que leurs babils, tant ils y étaient accoutumés. Ariosto, cant. XII, stanz. 30.

12) Voyez XiPHiLiN, Fie de Caracalla. G.

p) Le morion est une sorte de casque semblable à celui qu'on appelait salade; mais Tun est à l'usage des soldats de pied, Fauire des chevau-légers. E. J.

(4) Ils disent que les armes du soldat sont ses membres. Cic. , Tusc Qucest. , II, 16.— De là, en latin, l'analogie d'orma, armes, avec annus, épaule, et armUla, bracelet. E. J.

51 Pieux, ou palissades; au sinsulier, pal, du latin palus.

(6) Plct. , Varius, c. 4 C

(7) PLCT., Apophihegmet, article du second Scipion. C.

est merveilleux à ce propos, qu'il feut reproché à un soldat lacedemonien qu'estant à l'expédition d'une guerre on l'avoit veu soubs le couvert d'une maison : ils estoient si durcis à la peine que c'estoit honte d'estre veu soubs un aultre toict que celui du ciel, quelque temps qu'il feist. Nous ne mènerions gueres loing nos gents, à ce prix là !

Audemourant, Marcellinus*, homme nourry aux guerres romaines, remarque curieusement la façon que les Parlhes avoient de s'armer, et la remarque d'autant qu'elle estoit esloingnée de la romaine. - Ils avoient, dict il, des armes tissues en manière de petites plumes, qui n'empeschoient pas le mouvement de leur corps; et si estoient si fortes que nos dards rejaillissoient venants à les heurter. » (Ce sont les escailles de quoy nos ancestres avoient fort accoustumé de se servir.) Et en un aultre lieu 2 : «Ils avoient, dict il, leurs chevaulx forts et roides, couverts de gros cuir ; et eulx estoient armés, de cap à pied, de grosses lames de fer, rengées de tel artifice qu'à l'endroict des joinctures des membres elles prestoient au mouvement. On eust dict que c'estoient des hommes de fer ; car ils avoient des accoustrements de teste si proprement assis, et représentants au naturel la forme et parties du visage, qu'il n'y avoit moyen de les assener que par de petits trous ronds qui respondoient à leurs yeux, leur donnant un peu de lumière, et par des fentes qui estoient à l'endroict des naseaux, par où ils prenoient assez malayséement haleine. »

Flexilis inductis unimatur lamina membris, Horribilis visu ; credas simulacra moveri Ferrea, cognatoque virot spirare métallo. Par vestiius equis : ferrata fronie minantur, Ferratosque moveni, securi vulneris, armos^.

Voylà une description qui relire bien fort a l'équipage d'un homme d'armes françois, à tout .ses bardes. Plutarque dict que Demetrius feit faire, pour luy et pour Alcimus, le premier homme de guerre qui feust près de luy, à chas-

(J) AMIIIEN MARCELLDi-, XXIV, 7. c

(2) Uv. XXV.c. l.C.

(31 Leur cuirasse flexible semble recevoir là vie du corps qu'elle enferme ; les yeux étonnés voient marcher des statues de fer : on dirait que le métal est incori)oré avec le guerrier qui le porte. I>es coursiers ont aussi leur armure : le fer couvtc leur front supert)e; et leurs flancs, sous uu rempart de fer, bravent les traits impuissants. CtAro. , contre Rtifin, II, 358.

ESSA.IS DE MONTAIGNE

cun un hamois complet du poids de six vingt livres, là où les communs harnois n'en poisoient que soixante '.

Page 1