‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 280 sur 402 · HAP. XXXVI · texte numérisé non relu

HAP. XXXVI

Quan Venu* anie alio* aêtnmm dillgit iynet, Exiulll os sacrum cœlo, lenebruique resolvU ' ;

l'excellence de son sçavoir el capacité, la durée et grandeur de sa gloire, pure, nette, exemple de tache et d'envie, et qa'encores longtemps après sa mort, ce feut une religieuse croyance d'estimer que ses médailles portassent bonheur

I à ceulx qui les avoienl sur euls * ; el que plus de

j roisetdeprincesontescripisesgesies qo'aultres historiens n'ont escrijH les gestes d'aultre roy ou prince que ce soit ; et qu'emorcs à présent les Mahumetans, qui mesprisent toutes aul.res

i histoires, receoivent et honorent la sienne seule, par spécial privilège. Il confessera, tout

l cela mis ensemble, que j'ay.eu raison de le préférer àCœsar mesme, qui seul m'a peu mettre en doubte du chois; et il ne se peult nier qu'il n'y avt plus du sien en ses exploicts, plus de la fortune en ceulx d'Alexandre. Ils ont eu plusieurs choses eguales: et tosar, à l'adveniure, aulcunes plus grandes : ce feurent deux feux ou deux torrents à ravager le monde par divers endroicts ;

Et velitt hnmlS!ti divèrsli pà^Ubtis ignés

Jrenieni i» silram, el virgiilin xonituiia lamni

Aul Hbi derttrstt rapido de mumibus nliia

Dam aoiiiiiim spiniiosi umues, et in ceqtiora eumiut,

Quiique sUinn populuius iler^ :

mais quand l'aipbition de Caesar auroit de soy plus de modération, elle a tant de malheur, ayant rencontré ce vilain subject de la ruyne de son païs et de l'empiremeni universel du monde, que, toutes pièces ravnassées et mises en la balance, je ne puis que je ne pencl^e du costé ; d'Alexandre.

Le tiers, et le plus excellent, à mon gré, c'est Epaminondas. De gloire, il n'en a pas à l)eaacoup près tant que d'aultres (aiMsi n'est-ce pa»

(1) iloins rayonnaet se noaire aa evieste lambris Des astres du malin le plus cher à CyprLs Lors<jue, pur et brillniil, il sort du sein de ronde. Remonte Tcrs les cicux et rend Ife jOui au niotide,

TiRn., Enéide, Tlll, 589, tr. de DeRlle.

(2) Dicwitnr juvari in otimi actu suo , qui Alejcandrxan ex prtsntm vel aura gesHtanl, vH àrgenio. Trep. Poll., Trljinia ttfrmin., c. 14 J. T. L.

(3) Cuinme aux deut bords d'ut! bots, par les teflts enhardie, La II imnie r(inl>ras,'iiii Tonne un double incendie; Ou tels que deux lorreni», impétueux rivaux. De Jeux monts opposes préci(Hiem Iturs eaox, El parmi les dëbri'^ se frayent iin passage, Suiveul clincun k- lit qiae s'est creusé leur ragé. ViRG., BneutCt XII, 5SI , tr. de DtlîUe.

ESSAIS DE MONTAIGNE

uno pièce do la substance de la chose) : de re- SDluliou et de vailhincc non |)as de celle qui esl aiguisée par aiiihiiion, mais de celle que la sapience el la raison peuvent planter en une ame bien réglée, il en avoit tout ce qui s'en peuli imaginer; de preuves de ceste sienne vertu, il en a faici autant, à mon advis, qu'Alexandre mesme, et que Cœsar ; car encores que sesexploicts de guerre nesoyeni ny si fréquents ny si enflés, ils ne laissent pas pourtant, à les bien considérer el toutes leurs circonstances, d'estrc aussi poisants et roides, et portants autant de tesmoignage de hardiesse et de sulfisance militaire. Les Grecs luy ont faict cest honneur, sanscontredict, de le nommer le prenùer homme d'entre eulx*; mais estre le premier de la Grèce, c'est facilement estre le prime ^ du monde. Quant à son sçavoir et suffisance, ce jugement ancien nous en est resté, « que jamais homme ne sceut tant, et ne parla si peu que luy 3; » car il esloit pythagoriijue de secte; et ce qu'il parla, nul ne parla jamais mieulx : excellent orateur et très persuasif. Mais quant à ses mœurs et conscience, il a de bien loing surpasse touls ceulx (|ui se sont jamais meslés de manier affaires; car en ceste partie, qui doibt estre principalement considérée qui seule marque véritablement qufls nous sommes, et laquelle je conirepoise seule à toutes les aultres ensemble, il ne cède à aulcnn philosophe, non pas a Socrates mesmes : en cestuy-cy l'innocence est une qualité propre, maistresse, constante, uniforme, incorruptible, au parangon de la((uelle elle paroist ; en Alexandre, subalterne, incertaine, bigarrée, molle et fortuite.

L'ancienneté jugea qu'à espelucher par le menu atouts les auhres grands capitaines, il se treuveen chascun quelque spéciale qualité qui le rend illustre; en cesluy-cy seul, c'est upe vertu et suffisance pleine partout et pareille, qui, en touts les offices de la vie humaine, ne laisse rien a désirer de soy, soit en occupation publicque ou privée, ou paisible, ou guerrière,

(1) DioD. DE Sicile, XV, 88 ; Pauçan.J Vin, 11, Pic. C'est aussi le jiigcicrnt doCic, de Orator., 111, 34 : Epaminoiidam, hand scio an summum virum unum omnis Grœciœ. Tusculan., I, 2 : Epaniinniidtis priuceps, meojudicio, Grœiiœ. Copciidaiil il dit i aiîltMii-s, Academ., 11. l, en parlant de Théini^ocle : Qnem facile Grœciœ primipem poiiimus. Mais ce sont là des formes de sl>le qu'il ne faut pas prendre à la lettre. J. V. L. j

(2) Pranier. [

(3) PLiiT., de l'Esprit familier de Sacrale, c. 25. c. 1

soit à vivre, soit à mourir grandement et glorieusement : je ne cognois nulle nv forme, ny fortune d'homme que je regarde avecques tant d'honneur et d'amour.

Il est bien vray que son obstination à la pauvreté, je la treuve aulcunement scrupuleuse, comme elle est peincte par ses meilleurs amis; et ceste seule action, haulte pourtant et très digne d'admiration, je la sens on peu aigrette, pour, par souhait mesme, en la forme qu'elle estoit en luy, m'en désirer l'imitation.

Le seul Scipion Emilien. qui luy donneroit une fin aussi fiere et magnifique, et la cognoissance des sciences autant profonde et universelle, se pourroit mettre à Pencontre à l'aultre plat de la balance. Oh! quel desplaisir le temps m'a faict d'oster denosyeulx, à poincl nommé, des premières, la couple de vies justement la plus noble qui feust en Plutarque, de ces deux personnages, par le commun consentement du monde, l'un le premier des Grecs, l'aultre des Romains! Quelle matière! quel œuvrier!

Pour un homme non sainct, mais que nous | disons galant homme, de mœurs ci\ iles el com- I munes, d'une haulteur modérée, la plus riche vie, que je sçache, à estre vescue entre les vivants, comme on dit, et estoffée de plus de riches parties et désirables, c'est, tout considéré, celle d'Alcibiades, à mon gré.

Mais quant à EpaminondaS, pour exemple d'une excessifve bonté, je veulx adjouler icy aulcunes de ses opinions. Le plus doulx contentement qu'il eut en toute sa vie, il tesmoigna que c'estoit le plaisir qu'il avoit donné à son père et à sa mère de sa victoire de Leucires* ; il couche de beaucoup, préférant leur plaisir au sien si juste et si plein d'une tant glorieuse action. Il ne pensoit pas a qu'il feust loisible, pour recouvrer mesmes la liberté de son pais, de tuer unhomme sans cognoiss^ce de cause-; » vovlà pourquoy il feut si froid à l'enlreprinse dePelopidas, son compagnon, pour la délivrance de ïhebes. Il tenoit aussi « qu'en une battaille il falloit fuir le rencontre d'un amy qui feust au party contraire et l'espargner^. » Et son humanité à l'endroict des ennemis mesmes l'avant

(l; Plut., dans la Vie de Corinlan, c. 2; et dans le traité où il enlreprcn(J de prouver : Qu'on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d'Êpicure, c. 13. C.

(2) Plut. , de l'Esprit familier de Sacrale, c. 4. G.

(5) ID., ibid., C. 17. C.

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