ACTE I, SCÈNE III
Vu, découvert à nu le cœur d'un favori, Quand, pendant un long jour, à tout il a souri ! mon Dieu ! —Qu'est-ce donc que le bras qui nouspousse, Quand notre vie aurait pu passer libre et douce, Marcher dans cet enfer, où les démons riants Nous suivent pas à pas de leurs yeux flamboyants; Monter aux flancs roidis d'une montagne aride, Sans que rien en chemin nous soutienne ou nous guide; Ne s'arrêter jamais qu'afin de ramasser Un cordon qu'on ne peut prendre sans se baisser; Sentir trembler sous soi, de sa fortune esclave, Un sol mouvant, pétri de cendres et de lave; Monter, monter encor, toujours, — et n'oser pas Se retourner jamais pour regarder en bas, De peur qu'épouvanté des hauteurs où nous sommes, Nous ne retombions nous briser parmi les hommes.
PAULA
Ah ! j'ignorais qu'il fût des supplices si grands : Oui, lu l'avais bien dit —c'est affreux! je comprends.,. Eh bien ! puisque c'est moi qui suis la plus heureuse, Laisse-moi soutenir ta marche aventureuse.
Pour te foire oublier les affronts essuyés, 11 te faut à ton tour à feuler à tes pieds Quelqu'un. — Ah ! garde-moi, je serai ta servante ; Tout ce qu'une amour pure ou délirante invente De bonheurs, oui, pour toi je les inventerai; Quand tu me maudiras, moi je te bénirai ; raturai des mots d'amour qui te guériront l'âme. Garde-moi, je consens qu'une autre soit ta femme; Je promets de l'aimer, d'obéir à sa loi.
{Se jetant à son cou.) Mais, par le Dieu vivant, garde-moi, — garde-moi !...
■OlfALDESCHI.
Non, la reine t'a vue et peut te voir encore,
Apprendre d'un seul mot ce qu'il faut qu'elle ignore.
Dans un sombre regard j'ai vu Sentinelli
Fixer sur toi ses yeux de tigre : — j'ai pâli . . .
Pour que tu restes, — non, — trop de terreur m'assiège.
Si la reine voulait te voir, — que lui dirais-je !
PAU la.
Oh ! n'est-ce que cela? Partout où tu voudras, Ne puis-je me cacher, moi ? Yeux-tu ? Tu diras Tout ce que ton esprit inventera , — qu' importe ! . . . .
Dis que je suis partie en Italie,— ou morte,
Si c'est mieux. —N'as-tu pas, dis-moi, dans ta maison
Quelque coin, quelque tour, quelque étroite prison ?
Sans issue au dehors,— obscure,— sans fenêtre,
Où jamais un rayon du soleil ne pénètre,
J'y resterai toujours, on ne pourra savoir
Où je suis,— si je vis,— nul ne pourra m'y voir
Que toi; tu me diras dans ma sombre demeure,
Quand lu seras sorti, si tu veux que je pleure,
Ou non,— toi seul viendras me donner l'eau, le pain,
Et quand tu m'oubliras, j'aurai soif, j'aurai faim!...
MOÏIALDESCM.
Paula...
PAULA
Monaldeschi, vois mes pleurs sur mes joues, Mes tourments oubliés, ceux auxquels tu me voues ; Avant ces pleurs déjà tant de pleurs sont passés, Que je ne suis plus belle aujourd'hui! je le sais. Tu m'en veux, — et pourtant c'est ton amour fatale Qui m'a rendu l'œil sombre et m'a fait le front pâle.
{Se traînant sur ses genoux.) Mon corps faible en tes bras tant de fois soulevé, A tes pieds se meurtrit, rampant sur le pavé; Veux-tu mon sang?— mes jours?— Prends mon sang,—
[prends mon âme, Ouvre avec ton poignard ma poitrine de femme, Que j'y sente mon cœur entre tes mains broyé, Et je souffrirai moins que je souffre. — Oh ! pitié !!
■on albbscju , attendri.
Paula!...
PAULA
Pitié! mon Dieu!
honaldischi, la relevant.
Dis-moi.— Voyons. Écoute.
Si tu pouvais rester, je le voudrais, sans doute.
paula, se jetant dans ses bras.
(Ois entend la cloche du temple où prie Christine.)
MOHALDBSCHI.
Qu'entends-je ! — A la reine, voilà...
Dieu, qui parle de moi !
{La repoussant.)
Vous partirez, Paula.
(// sort.)