‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 189 sur 999 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les précédents j AGNÈS.

agnes, Rapprochant du roi.

Adieu, sire.

Où vas-tu donc, Agnès?

AGNÈS

Je pars.

LE ROI

Toi!...

i AGNÈS.

Mon seigneur, Un bohémien jadis me prédit cet honneur... Et j'en ai quelque temps conservé l'espérance... Que je posséderais l'amour du roi de France ; De mon cœur préveuu n'écoutant que la loi, J'avais cru jusqu'ici que vous étiez le roi : Mais du litre et du rang Bedford vous dépossède ; Et puisque sans combat voire altesse les cède, Bedford est le seul roi de France, et me voilà Prête à joindre Bedford.

LE ROI

Ah ! c'est comme cela !...

Viens ici, comte : as- tu quelque cheval de guerre Qu'un roi puisse monter?

LE COMTE

J'ai celui de mon père.

LE ROI

Ordonne qu'à l'instant on me l'amène ici.

le comte, à son ècuyer.

Obéissez au roi, sire écuyer.

LE ROI

Merci.

As-tu dans ce château quelque armure à ma taille, Qu'un roi puisse porter le jour d'une bataille? le comte, lui montrant les panoplies.

Voyez, sire.

LE ROI

Cest bien ! la plus forte est pour moi.

le comte.

Détachei celte armure, et couvrez-en le roi ».

• LE ROI

De votre mission maintenant je désire Savoir le résultat : racontez-la-moi.

Sire, J'ai vu Jean Six.

le roi.

Eh bien?... J'écoute.

LE COMTE

Il m'a promis De rompre un traité fait avec vos ennemis, De signer avec vous, pour la paix ou la guerre, Un acte d'alliance, et d'euvoyer son frère Au camp français avec mille lances : voilà Ce qu'il offre.

le roi.

C'est bien. — Que veut-il pour cela?

LE COMTE

Pour Richemond son frère il demande l'épée De connétable, au bras de Boukent échappée A Crèvent.

Est-ce tout ?

LE COMTE

Oui, sire.

De la main, Comte, il la recevra. — Tu partiras demain,

1 Depuis ce vers jusqu'aux mots : Dunois, mes éperons, les gens du comte arment le roi.

CHARLES VII

Et tu lui porteras ma parole royale *

Que, de ma part au moins, l'alliance est loyale. Qu'il se rende à Poitiers : là, nous nous rejoindrons.

LE COMTE

Sire, je partirai.

Dunois, mes éperons.

(Dunois attache les éperons du roi. ) Une épée, à présent.

(Le comte lui en donne une : le roi l'examine. ) Comte, il faut une épée, Pour une main de roi, plus fortement trempée Que ne Test celle-ci; celle-ci se romprait... Voyez...

(Il la brise.)

Aux premiers coups que mon bras frapperait.

( Le comte lui en donne une autre. ) C'est bien.

( A un écuyer qui porte une lance. ) Le Sarrazin sera mon porte-lance :

Donnez-la-lui... Mon casque.

(On le lui donne : il le met sur sa tête. )

Et maintenant, silence !

— Payais cru jusqu'ici par des traités secrets Obtenir de Bedford une honorable paix :

Ce moyen tous parait trop lent et trop vulgaire; La guerre, dites-vous...

tous, se précipitant sur les armes.

Oui, la guerre! la guerre!...

Eh bien! secondez-moi par un dernier effort, Et vous l'aurez, enfants ; mais une guerre à mort!... J'ai tiré mon épée après la France entière; Mon épée au fourreau rentrera la dernière...

Vous me voulez pour chef? Eh bien ! voici mes lois : La France de Philippe-Auguste et de Valois N'est point mienne : il me faut celle dont Cbarlemagne A tracé la limite au sein de l'Allemagne , Quand le géant touchait, en maître souverain, D'une main l'Océan et de l'autre le Rhin.

Or , que ma volonté , messeigneurs , soit la vôtre, Car c'est ma France, à moi : je n'en connais point d'autre.

JEAN D'0ILÉAH8.

Sire, nous écoulons vos ordres à genoux.

le ROI.

Qu'un seul cri désormais soit proféré par nous ! Nous verrons qui plus haut dans le combat le pousse : « Montjoie et Saint Denis ! Charles à la rescousse ! »

Montjoie et Saint-Denis ! Charles à la rescousse!

le aoi.

Et maintenant , Agnès , dites quel est le roi... Allons, mes fauconniers, en chasse!.. Suivez-moi!

( II sort. — Tous le suivent. ) le comte, à Dunois. Ne l'abandonnez pas , et modérez la flamme De ce premier transport.

( A Agnès. )

Honneur à vous, madame !

AGlffcS.

Comte , honneur à Dieu seul qui m'ouvrit ce chemin ,

A Dieu , qui tient le cœur des princes dans sa main.

( Ils sortent ensemble. ) baltbazar , un instant seul.

Allons , pour aujourd'hui notre chasse varie : L'Anglais est un gibier de haute vénerie ; Mais comme à ses chasseurs quelque coup peut échoir, Coquette , nous allons retourner au perchoir. ( // va pour sortir.)

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