ACTE V, SCÈNE IL
Demain !... Et d'ici là que ferai-je?... Oh ! (u veux,
La nuit, qu'à pleines mains j'arrache mes cheveux,
Que je brise mon front à toutes les murailles ;
Que je devienne folle!... Oh!... demain!... Mais tu rail-
Et si ce jour était le dernier de nos jours, [les!...
Si celte nuit d'enfer allait durer toujours !...
Dieu le peut ordonner si c'est sa fantaisie...
Demain !... Et si je suis morte de jalousie !...
Tu* n'es donc pas jaloux, toi, tu ne l'es donc pas?...
TAQOOB.
Oh !...
BftREltGÈRB.
Si je te disais : « C'est là que, dans seê bras, Le comte mille fois de l'amour le plus tendre BTa donné l'assurance... » Ah! tu pourrais m'entendre Sans te tordre les mains, blasphémer, et sentir A ma voix tes cheveux se dresser et blanchir !... Ah! tu n'es pas jaloux!... Écoute alors...
YAQOCB.
Madame!...
BtREltGtRE.
Écoule : je l'aimais à renier mon âme, S'il l'avait exigé... Juge de mes transports Quand, après une absence, H revenait!... Alors, C'étaient des cris, des pleurs, des extases, des rires, Dont la nuit jusqu'au jour prolongeait les délires... Mais tune comprends pas, toi : tu n'es pas jaloux!...
TAQOOB, tirant son poignard.
Par pitié ! tuez -moi, madame... ou taisez-vous !
BÉRENGEHI.
Oh! c'était une joie à faire envie aux anges; C'étaient des mots d'amour les éternels échanges... Tout ce qu'invente enfin l'âme et la passion!
YAQOCB.
El moi, pendant ce temps.!. Oh ! malédiction !
BftRBIfGfeRB.
(Tétait là, là!... Vois-tu? dans cette chambre même!...
YAQOCB.
Allah!... Tu le veux donc ?...
BERE1IGRRE.
Je te dis que je l'aime, Que malgré mon affront, un mot d'amour de lui Me pourrait à ses pieds ramener aujourd'hui... Ainsi, tant qu'il vivra, songes-y, je t'échappe... Car je l'aime, entends- tu ?...
YAQOCB.
Quand fauUîl que je frappe ?
BBREHGÈRE.
Lui vivant, il me reste un espoir de retour ; Lui mort, je t'aimerai de tout cet autre amour... N'est-ce pas? maintenant tu seus qu'il faut qu'il meure, Et qu'il meure à l'instant?... Si j'attendais une heure, Sais-je ce que mon cœur dans une heure voudrait?... Peut-être te dirais-je ; « Arrête!... »
YAQOCB.
Je suis prêt...
Ordonne!
bereugere.
# Il faut, vois-tu ? qu'en cette chambre il tombe,
Qu'en marchant vers ce lit son pied heurte sa tombe... Car il va revenu; en cette chambre là, Conduisant sa nouvelle épouse.
YAQOCB, tressaillant.
Le voilà....
( On voit s'avancer le oomte conduisant sa nouvelle épouse. — Deux pages les précèdent avec des flambeaux. — Autour d'eux, vassaux et valets, tous criant :) Vive notre comtesse 1
• BBRBJtGtRE.
Enfer!...
TOCS.
Vive le comte!
BRRRIIGRRR.
Crois-tu que la vengeance égalera la honte ?... Hésiterais- tu?...
YAQOUB.
Non.
BÉREUGÈRB.
Hâte-loi!... hâte-toi!
Pour entrer avant lui tu n'as qu'un instant... voi!... Mais va donc! Oh! malheur!.. Qu'est-ce donc qui t'arrête? Que faut-il que je fasse à mon tour?... je suis prête...; Dis... me veux-tu tromper, Yaqoub, jusqu'à la fin? Il ne sera plus temps... damnation!...
( Elle le pousse. — // entre dans la chambre. )
Enfin !...
(Elle se jette derrière le prie-Dieu. — Le comte passe dans la salle. — Les pages le précèdent, entrent dans la chambre, déposent deux flambeaux, et sortent. — Pendant ce temps, les vassaux crient : ) Vive le comte !
v le comte, jetant une poignée d'or.
A vous !
TOCS.
Vive notre comtesse !
LR COMTE.
Ma belle mariée, allons, faites largesse,
El toutes ces voix-là priront le ciel pour vous.
(La jeune mariée jette sa bourse.)
TOCS.
Vive le comte !
LE COMTE
Bien, enfants. — Retirez-vous.
(Ils sortent tous par la porte du fond. — Le comte et son épouse entrent dans la chambre. — A mesure que les torches s'éloignent, le théâtre retombe dans l'obscurité, et Bèrengère se 1ère lentement.)
BÉREftGiitE, seule.
Priez... Il vous l'a dit... ce sera pour son âme; Car l'ange de la mort est là qui la réclame... Et si quelqu'un de vous par hasard a souci De la mienne, pour elle alors qu'il prie aussi!...
(Tressaillant.) W ai-je pas entendu?... Non, rien... Si son courage Faillissait? Il se peut que cela soit... rage!... J'aurais dû me servir pour lui de ce poison,
(Elle retire le flacon de sa poitrine.) El réserver pour moi le poignard... Trahison!... Qu'attend il donc?... Eh bien!...
le comte, frappé dans la coulisse.
Ah!...
CHARLES VII
BÉ1IH0ÊRI.
Le voilà qui tombe!...
(Elle avale le poison.) Savoisy... retiens-moi ma place dans ta tombe! la jeuhe comtesse, dans la chambre.
Au secours!... Au secours!...
yaqoub, entrant à reculons, le poignard à la main. Fuyons!... il Tient!
li comte, se traînant et soulevant la tapisserie.
C'est toi, Yaqoub, qui m'as tué !...
BÉtEf gUe, appuyant ses deux mains sur les épaules d' Yaqoub, qui la cache aux yeux du comte, et le faisant tomber à genoux, afin d'être vue par celui-ci.
Ce n'est pas lui... c'est moi.
LE COMTE
Bérengère!...
la jeune comtesse, traversant la cour.
Au secours!...
le comte, mourant.
Ah!... ah!...
YAQOUB.
Maintenant, femme, Fais-moi tout oublier, car c'est vraiment infâme !... Viens donc !... Tu m'as promis de venir : je t'attends... D'être à moi pour toujours...
béreïtgère, les yeux sur le comte.
Encor quelques instants...
Et je t'appartiendrai tout entière.
YAQOUB.
Oh! regarde:
Ils accourent aux cris qu'elle a poussés. .. Prends garde ! Nous ne pourrons plus fuir; il ne sera plus temps... Us viennent, Bérengère!...
BBEEltGÈRE.
Attends encore... attends...
YAQOUB.
Oh! viens, viens! Toute attente à cette heure est mortelle! La cour est pleine... vois... Mais viens donc!...
( Bérengère tombe sur les genoux. )
Quefait-e&e?...
Bérengère, est-ce ainsi que tu gardes ta fti ?... Bérengère, entends- ta!... viens...
BtEEUGftEE, expirant.
Me voilà . . . prends-moi ! . . .
( Elle tombe la bouche sur celle du comte. ) yaqoub, la prenant par les cheveux et soulevant sa tète.
Oh ! malédiction ! Sa figure est livide !...
Son cœur...
(Il y met la main. )
11 ne bat plus !... Sa main... ( Prenant le flacon qui s'y trouve. )
Le flacon vide!...
la jeune comtesse, accourant, entourée de toute la
maison.
Au secours!... Oh ! venez, venez!... C'est par ici!...
AlfDftB.
Eh quoi ! le comte mort... et la comtesse aussi !...
YAQOUB.
Morts!
AKDIB.
Notre maître !...
tous, $ f inclinant vers lui.
Oh!...
YAQOUB ».
Vous qui, nés sur cette terre, Portez comme des chiens la chaîne héréditaire, Demeurez en hurlant près du sépulcre ouvert : Pour Yaqoub...
( Tirant leparchemin du comte, et le montrant.) Il est libre !... et retourne au désert.
LE MARI
DE LA YEUYE.
LE MARI