DELAUNAY, PAOLO
DELAUNAY
C'est vous, Paolo?...
La signora Teresa envoie demander à monsieur le baron à quelle heure elle pourra venir.
DELAUNAY
Tout de suite.— (// sonne : entre un domestique.) Mettez les chevaux à la voiture. — (Le domestique sort.) Vous retournerez la chercher, Paolo, et la ramènerez ici.
PAOLO
Je le ferai»
DELAUNAY
Sa toilette était achevée?
PAOLO
Oui, monsieur.
DELAUNAY
Et elle était belle?
paolo, s'éloignant.
Comme la madone d'Ischia!...
DELAUNAY
Restez, Paolo : la voiture n'est pas encore prête. — J'ahne à parler de Teresa avec vous , qui avez quitté l'Italie pour 4a suivre. — Vous seul et moi, en France, connaissons le trésor que je possède... N'est-ce pas, Paolo, que je suis un homme heureux?...
paolo, p rofondém ent.
Et si elle regrettait Naples, son ciel bleu, son golfe couleur de son ciel, vous m'aideriez à la consoler en lui parlant de tout cela... n'est-ce pas, Paolo?
paolo, amèrement.
Moi?...
DELAUNAY
Sur une terre étrangère, vous êtes pour elle plus qu'un serviteur : vous êtes un compatriote !
PAOLO
Monsieur le baron, quand j'abandonnai, mit le rivage de Pouxzole, la barque que mon père m'avait léguée avec la liberté, pour entrer, H y a trois ans , au service de la signora Teresa dd Monte... je savais que pour elle , à compter de ce jour, je prenais, au-dessous de son chien favori, une place, celle de valet... Pour elle seulement je suis donc un valet et pas autre chose : elle ordonne, et j'obéis... pour les autres, je suis Paolo.
DELAUNAY
Ai-je jamais oublié ces conventions qui, au premier abord, m'avaient paru étranges... mais que j'ai comprises lorsque Teresa m'a dit qtf e, dans un tremblement de terre, vous aviez, à l'aide de votre barque, probablement sauvé sa vie et celle de sa mère... dites, Paolo, les ai-je jamais oubliées?... Celui à qui je dois la vie de ma Teresa a-t-il à me reprocher un mot dur, un geste offensant?'
PAOLO
Non, monsieur le baron; et je vous en suis reconnaissant.
Et s'il eût voulu être à nos yeux autre chose qu'un valet?...
PAOLO
Je ne l'ai pas voulu, monsieur.
DELAUNAY
Quand vous me connaîtrez mieux, Paolo, j'espère que. vous n'établirez entre votre maltresse et moi
aucune. différence Jusque-là, je veillerai k ce
qu'elle seule ici vous donne des ordres. — On vient... Silence! car on ignore encore tout ici.