‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 258 sur 999 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

parti, parce que vous n'avez plus rien à craindre, tous oubliez que vous me laissez ici... moi, craignant tout !

ARTHUR

Mais que faire?...

TERESA. a 4

Rester ici, épouser Amélie.

ARTHUR

Ne m'avez-vous pas compris, Teresa? ne vous ai-je pas dit que je vous aimais?... Epouser Amélie!... épouser cette enfant avec un autre amour dans le cœur!.... et quel amour !«.. Lui jurer en face de son père et de Dieu que je l'aimerai, et mentir à Dieu et à son père !... Oh ! ce serait affreux,

ce serait infâme! Mais vous n'avez donc pas

Tidée de ce que c'est qu'aimer?

TBRBSA.

Arthur!...

ARTHUR

Laissez-moi donc vous dire ce que je souffre, vous épouvanter de ce qui peut arriver!.... Mais, Teresa, vous ne savez donc pas que jamais je ne vous ai autant aimée que je vous aime en ce moment?.... Oh ! si vous éprouviez, une heure seulement, ce qui s'est passé dans mon cœur depuis trois jours!... Teresa, pas de repos, pas de sommeil ; un sang qui brûle. - c'est à en devenir fou!... c'est à en mourir!

TERRSA.

Mais écoutez-moi. ..

Vous ne voulez pas que je parte, et vous voulez que j'épouse Amélie !... Et si je vous obéis, savezvous ce que ce sera que l'enfer d'une vie qui se passe près de sa femme qu'on n'aime pas, près de la femme d'un autre qu'on aime !... Et quand cette femme est celle d'un vieillard qu'on appelle son père... quand, nous rencontrant à chaque pas dans cette maison qui nous renfermera tous, ce ne sera qu'à force de contrainte et de dissimulation que nous parviendrons à lui cacher, sa fille ses larmes, tous vos regrets, moi mon désespoir... Oh ! mais, songez-y donc ! y aura-t-il pour nous tous un instant de repos , de bonheur , de tranquillité dans ce monde?

TERESA

Ah ! vous voyez tout cela ainsi, parce que vous le ▼oyez dans un moment d'exaltation ; parce que j'arrive à peine, parce que vous m'avez revue tout à

coup et sans m'attendre Moi-même, je ne suis

calme que parce que j'étais prévenue , quelque temps d'avance, que j'allais vous revoir, que vous

seriez l'époux d'Amélie! Ainsi sera de vous,

Arthur, lorsque des jours, des mois, une année se seront passés près l'un de l'autre!.... Ah! croyez-

moi, vous reconnaîtrez que la fièvre qui vous brûle en ce moment n'est point durable... Vous deviendrez mon ami et je deviendrai votre amie... Arrivés à ce point... . dites tout ce que vous envisagez en ce moment avec terreur ne sera-l-il pas

délices? Cette habitation sous le même toit,

cette facilité de nous voir à toutes les heures de la journée, d'enfermer dans le cercle de notre famille toutes nos affections, toutes nos joies, d'être pour nous un monde isolé au milieu du monde... dites... si ce n'est pas le bonheur, où le chercherat-on!... Et lorsqu'il est là, qu'il y touche, à ce bonheur si rare , si difficile à trouver , l'homme qui le dédaigne, qui le repousse.... oh! dites, Arthur! dites.... cet homme n'est-il pas un insensé?

ARTHUR

Eh ! quelles que soient mes craintes, croyez-vous que, si je n'écoutais que la voix de mon cœur, je n'aimerais pas mieux me jeter tête baissée dans ces malheurs que je crains, et marcher en aveugle dans l'avenir?... Mais l'avenir, même cet avenir affreux que je peignais tout à l'heure, il aurait des reflets du ciel, des moments à faire envie aux anges ; car enfin je vous verrais, Teresa !. ... A cette heure, à celte heure même où je souffre, où je vous prie, où je pleure... Teresa, je suis plus heureux... que je ne l'ai jamais été depuis deux ans... Au fond de ses chagrins les plus amers, l'amour cache une joie.. ..

— Partir!... vous avoir revue et vous quitter!

Vous avoir revue plus belle, me sentir plus aimant, et partir!... Ai-je dit que je voulais partir?... Non, quand je suis venu ici, je savais bien que je n'en aurais pas la force... Je n'ai que celle de vous aimer, Teresa... Je m'abandonne en aveugle à votre désir... Je penserai avec votre pensée, j'agirai avec votre volonté... Me voilà, mon Dieu!... Puis-je quelque

chose pour vous? ordonnez, ordonnez tout.

excepté mon départ.

teresa, lui prenant la main.

Arthur, que je vous suis reconnaissante!...

faolo, de la porte.*

Mademoiselle Laure.

( Teresa et Arthur n'éloignent par un mouvement spontané.)

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