DU. AIMAT
Silence, monsieur!... Mais, qu'à cet homme, qui n'a encore rien fait pour son pays, qui garde encore dans ses veines tout son sang d'enfant, on donne le même titre qu'à celui dont les cheveux ont blanchi dans les fatigues des bivacs, la même récompense qu'à l'homme dont le sang a coulé sur vingt champs de bataille.... Oh! mais c'est une amère dérision de tout ce qui est noble et grand, c'est à n'oser plus saluer dans la rue celui qui porte le même ruban et le même titre que soi (
LI GÉNÉRAI
Mon ami... mon ami!
DRLAUÏfAY.
Que si Ton veut absolument chamarrer ces jeunes poitrines, que s'il faut des titres à ajouter au nom de baptême de pareils enfants, eh bien! qu'on les envoie auprès du saint -père : il les nommera chevaliers servants, et les décorera de l'Éperon d'or.
m 8oibin, à Arthur,
Mon ami, la colère de votre père vient de ce que vous avez la croix, et que lui...
Oh l vous avex raison.
DE SORBIH.
Dites-lui que nous ferons ce que nous pourrons. . . Arthur, s'approchant.
Mon père, je conçois qu'il vous soit pénible , à vous vieux militaire de l'empire, de voir à un jeune homme, qui avoue n'avoir rien fait pour l'avoir, une croix que vous avez tant de fois mérité de porter... Mais croyez que le ministre ne se refusera pas à nos sollicitations...
■RLAUIfAT.
^ Merci ! Vous me protégerez, n'est-ce pas ?
Fat!...
ARTHUR
Oh!... monsieur...
DILAUlfAY.
Il vous faudrait quatre ans de votre vie, rien que pour aller, de champ de bataille en champ de bataille, reconnaître où le sang de votre protégé a coulé... Oh! non, non, merci!... Votre temps est trop précieux, et ce serait une tâche trop longue.
DR SORBIIf .
Mais, monsieur, cette croix donnée à Arthur est aussi une récompense du sang versé : son père est tombé dans la Vendée , combattant pour la cause royale.
DRLAUHAT.
Contre laquelle je combattais à cette époque... Je conçois qu'on fasse entre nous deux quelque différence : son père se battait pour un homme , moi pour la France !
ARTHUR
Ah! monsieur j'ai pu supporter les injures
qui n'étaient adressées qu'à moi, mais celles adressées à mon père...
DELAUNAY
Tout homme qui porte les armes contre son pays est un traître... et son ûls est un fils de traître !
ARTHUR
Monsieur, quand le sang coule bravement pour un principe, quel que soit ce principe, la blessure dont il coule peut se montrer à tous , car elle est honorable.
DELAUlfAY.
Arthur, vous aviez dit que vous ne laisseriez pas insulter votre père... et je l'ai insulté, et je l'insulte encore... J'ai foulé aux pieds sa mémoire.
ARTHUR
Oh! mon Dieu! mon Dieu!
RXLAUHAT.
Je vous ai déjà dit que vous étiez un fat; je me suis trompé : vous êtes un lâche! — {Déchirant son gant avec ses dents.) Et si ce n'est point assez... — ( Lui jetant les morceaux de son gant à ta figure.) Tenez!
ARTHUR
Puisque vous m'y forcez, monsieur...
delaunay, lui prenant ta main.
Allons donc ! — (En ce moment Amélie parait , et voit son père et Arthur se donner la main. — Delaunay, à demi-voix à Arthur.) Demain , à six heures, au bois de Boulogne... Général, vous serez mon témoin.
LE GENERAL
Mais Delaunay!...
■biauhat, lui prenant la main.
C'est un duel irrémissible, un duel à mort , entendez-vous?... — (forant Amélie.) Ma fille!... il faut que cette enfant ignore tout , messieurs. — Rentrez au salon, je vous prie. — (Ils rentrent au salon. — Amélie reste au fond.) Oh ! je serai donc vengé!...
(Il tombe sur un fauteuil.)