‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 457 sur 999 · BOUDAI · texte numérisé non relu

BOUDAI

LANDRY

C'est moi»

BURIDAN

Qui, toi? Je n'y vois pas.

LANDRY

A-t-on besoin de voir ses amis pour les recon naître?

BURIDAN

C'est la voix de Landry !

LANDRY. t

A la bonne heure.

BURIDAN

Peux-tu me sauver?

LANDRY

Impossible.

BURIDAN

Que diable alors viens-tu faire ici?

LANDRY

J'y suis guichetier depuis hier.

BURIDAN

11 parait que lu cumules : guichetier au Chàtelet,

assassin à la tour de Neslel Marguerite de

Bourgogne doit te donner bien de l'occupation dans ces deux emplois !

LANDRY

Mais oui, assez.

BURIDAN

Et tu ne peux rien pour moi, pas même me faire venir un confesseur, celui que je te désignerai?

LANDRY

Non ; mais je puis écouter votre confession , la répéter mot pour mot à un prêtre ; et s'il y a une pénitence à faire, foi de soldat! je la ferai pour vous.

BURIDAN

Imbécile ! Peux-tu me donner de quoi écrire?

LANDRY

Impossible.

BURIDAN

Peux-tu fouiller dan* ma poche et y prendre une bourse pleine d'or?

LANDRY

Oui, capitaine.

BURIDAN

Prends donc, dans cette poche... celle-ci.

LANDRY

Après ?

BURIDAN

Combien touches-tu de livres par an?

LANDRY

Six livres.

Compte ce qu'il y a dans cette bourse pendant que je vais réfléchir.— (Pause d'un inttant.) As-tu compté?

LANDRY

Avex-vous réfléchi? '

BURIDAN

Oui ; combien y en a-t-il?

LANDRY

Trois marcs d'or.

BURIDAN

Cent soixante-cinq livres tournois. Écoute. Il te faudra passer ici, dans une prison, vingt-huit ans de ta vie pour gagner cette somme. Jure-moi, sur ton salut éternel , de faire ce que je vais te prescrire, et cette somme est à toi : c'est tout ce que je possède. Si j'avais plus, je te donnerais plus.

LANDRY

Et vous?

BURIDAN

Si l'on me pend, ce qui est probable , le bourreau se chargera des frais d'enterrement, et je n'ai pas besoin de cette somme ; si je me sauve, ce qui est possible , tu auras quatre fois cette somme , et moi mille.

LANDRY

Qu'y a-t-il à faire, capitaine?

BURIDAN

Une chose bien simple. Tu peux sortir du Chàtelet, et une fois sorti, n'y plus rentrer.

LANDRY

Je ne demande pas mieux.

BURIDAN

Tu iras te loger chez Pierre de Bourges, le tavernier, par devers les Innocents : c'est là où je logeais. Tu demanderas la chambre du capitaine, on te donnera la mienne.

LANDRY

Jusqu'à présent, cela ne me parait pas bien difficile.

BURIDAN

Ecoute : une fois entré dans cette chambre, tu t'y renfermeras : tu compteras les dalles qui la pavent, à partir du coin où se trouve un crucifix. — (Landry *e signe.) Écoute-moi donc. Sur la septième, tu verras une croix; tu la soulèveras avec ton poignard, et sous une couche de sable tu

3tf?

LA TOUR DE NESLK

trouveras une petite boite de fer dont la clef est dans cette bourse ; ta pourras rouvrir pour Rassurer que ce sont des papiers et non pas de l'or. Pui$, si demain, à l'heure de la rentrée du roi dans Paris, tu ne m'as pas revu sain et sauf; si je ne l'ai pas dit , rends-moi cette botte et cette clef, tu les remettras toutes deux à Louis X, roi de France, et si je suis mort , tu m'auras vengé. Voilà tout : mon âme sera tranquille , et c'est à toi que je le devrai.

LAJUKY.

Et je ne courrai pas d'autre risque?

BOIUAH.

Pas d'autre.

LASlftY.

Vous pouvez compter sur moi.

BCRIBAIf.

Sur ton salut éternel, tu promets de faire ce que je t'ai dit ?

LAHBtT.

Sur la part que j'espère dans le paradis, je le jure !

BVUDAH.

Maintenant, adieu, Landry .Sois honnête homme, si tu peux.

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