SCÈNE V
Les mêmes; LORRAIN.
lorrain, lui faisant passer une oie sous le ne*. Qu'est-ce que tu dis de ça, le vieux?
PREMIER SOLDAT
Je dis que si c'était dans notre bouillie, ça lui donnerait une fameuse couleur.
lorrain, mettant l'oie dans la marmite.
Eh bien ! gare les éclaboussures ! et une place au feu, place de soldat; rien que ça, parce qu'on ne sait pas lire. La largeur de la main entre les deux genoux.— Voilà.
premier soldat.
Ah ça! mais d'où viens -tu, toi? tu n'es pas de l'escouade.
LORRAIN
J'arrive de l'Andalousie ; et je vous en souhaite des Andalouses... — (Il envoie un baiser.) Je ne vous dis que ça.— Quant aux hommes en Espagne, voyez- vous, c'est des drôles de particuliers : des
manteaux qui marchent et mue épée qui relève; — voilà tout.
PREMIER SOLDAT
Ah ça ! qu'est-ce que ça mange? Ça maoge-t-tl?
LORRAIN
Ça mange de l'ail au chocolat... ou du chocolat à l'ail, je ne sais pas au juste. Ça se dk noble comme la cuisse à Abraham ; ça n'a pas le sou dans sa poche : c'est sec comme de l'amadou, noir comme une taupe,— et ça (urne comme un tuUiaude poêle; —voilà l'Espagnol.
PREMIER SOLDAT
C'est un joli peuple tout de même.
LORRAIN
Et le peuple russien , qu'est-ce que ça est? car il faut faire connaissance avec ses nouveaux amis...
PREMIER SOLDAT
Mais la cavalerie, ce qu'on appelle vulgairesnent Cosaques, c'est des chevaux avec des cordes, des lances avec des clous et des figures avec des barbes. Quant à ce que ça mange, on ne peut pas le dire, attendu que, comme on ne trouve rieu dans le pays, y n'y a pas d'échantillon... '
LORRAIN
Et le pays par lui-même est-il agricole?
PREMIER SOLDAT
Agréable?
LORRAIN
Oui, agréable ou agricole, comme tu voudras...
PREMIER SOLDAT
Du tout. Par exemple, du brouillard à couper au couteau !
LORRAIN
Du brouillard, voilà une grande affaire ! J'ai été dans des peillys où les cavaliers ne se servent pas d'autre chose pour cirer leurs bottes.— C'est à cause du pèle.
PREMIER SOLDAT
Qu'est-ce qu'y dit, hein ?
DEUXIÈME SOLDAT
Je ne sais pas. Il dit le pôle. u
LORRAIN
Pour en revenir aux Espagnols...
UN SOLDAT
Ah! bah, tes Espagnols! Un joli peuple!— Pas gai du tout.
LORRAIN
Pas gai? — Il chante toute la journée.
UN SOLDAT
Quoi?
Les vêpres.
Merci.
UN SOLDAT
LORRAIN
Tenex; moi, je vas vous donner une idée du chant national. C'est l'histoire d'un vieux chrétien,—