‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 59 sur 999 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Mail... root!... il s'agit bien de moi... Mais qa V t-il enfin ?... Qu'avex-vous fait?

OIJT1I1.

Les termes scientifiques tops effraieront peut* être?

ADÈLE

Oh! non, non, pourvu que je sache!... Vous comprenez; il m'a sauvé la vie... c'est tout simple...

olivier, avec quelque étonnement.

Oui, sans doute, madame... Eh bien, le timon, en l'atteignant, a causé une forte contusion au côté droit de la poitrine» La violence du coup a amené l'évanouissement : j'ai opéré à l'instant une saignée abondante... et maintenant du repos et de la tranquillité feront le reste... Mais il ne pouvait rester dans le vestibule, entouré de domestiques, de curieux; j'ai donné en votre nom Tordre qu'on le transportât ici.

ADÈLE

Ici !... Était-il donc trop faible pour être conduit chez lui?...

OLIVIER

Il n'y aurait eu à cela aucun inconvénient, à moins que l'appareil ne se dérangeât; mais j'ai pensé qu'une reconnaissance, que vous paraissez si bien sentir, avait besoin de lui être exprimée...

ADÈLE

Oui, certes. — (Bat.) Et s'il allait parler, si mon nom prononcé par lui*.. — (Haut. ) Oui, oui, sans doute, vous avezhienJait... MaiS il faut qu'il soit seul, n'est-ce pas... Tout à fait seul quand il ouvrira les yeux? Vous-même passerez dans une autre chambre, car k vue d'un étranger...

. ^Uvizx. .

lais cependant.?. ^ #

ADÈLE

Jh ! vous avez dit que la moindre émotion lui serak funeste... vous l'avez dit, ou du moins je le croîs, n'est-ce pas ?

olivier, la regardant.

Oui, madame... je l'ai dit... c'est nécessaire... mais cette précaution n'est pas pour moi... pour moi médecin.

ADÈLE

Le voilà... Écoutez, je vous prie... dites qu'il a besoin d'être seul... que c'est vous qui ordonnez que personne ne reste près de lui. — ( Clara entre avec des domestiquée portant Antony. ) Déposez-le sur ce sofa... Clara, M.Olivier dit qu'il faut laisser le malade seul... que nous devons sortir tous... Vous voyez, docteur, que je. donne l'exemple... Clara, tu tieudras compagnie à M. Olivier ; moi je

vais donner quelques ordres... Clara. — {Adèle sort.)

olivier, à Clara.

Pardon, je m'assurais... Le pouls recommence à battre ;... me voici. — ( Ils sortent. )

( Antony reste seul un instant, puis une petite porte se rouvre, et Adèle entre avec précaution.)

ADÈLE

Il est seul enfin. .. Antony... Voilà donc comme je devais le revoir... pâle, mourant... La dernière foisque je le vis... il était aussi près de moi... plein d'existence, calculant pour tous deux un même avenir... Quinze jours d'absence, disait-il, et une réunion éternelle... et en partant il pressait ma main sur son cœur... Vois comme il bat, disait-il; eh bien! c'est de joie, c'est d'espérance. Il part, et trois ans, minute par minute, jour par jour, s'écoulent lentement séparés... 11 est là près de moi... comme il y était alors... c'est bien lui... c'est bien moi... rien n'est changé en apparence, seulement son cœur bat à peine, et notre amour est un crime, Antony!...

( Elle laisse tomber sa tête entre ses mains : Antony rouvre les yeux, voit une femme, la regarde fixement, et rassemble ses idées. )

ANTONY

Adèle!...

adèle, laissant tomber ses mains.

Ah!

ANTONY

Adèle.

(// fait un mouvement pour se lever.)

ADÈLE

Oh ! restez, restez... vous êtes blessé, et le moindre mouvement, la moindre tentative...

ANTONY

Ah ! oui, je le sens : en revenant à moi, en vous retrouvant près de moi, j'ai cru vous avoir quittée hier, et vous revoir aujourd'hui. Qu'ai-je donc fait des trois ans qui se sont passés? trois ans, et pas un souvenir !

ADÈLE

Oh ! ne parles pas.

ANTONY

Je me rappelle maintenant, je vous ai revue pâle, effrayée... J'ai entendu vos cris, une voiture, des chevaux... je me suis jeté au-devant... Puis tout a disparu dans un nuage de sang, et j'ai espéré être tué...

ADÈLE

Vous n'êtes que peu dangereusement blessé, monsieur, et bientôt, j'espère...

ANTONY

Monsieur... Oh! malheur à moi, car ma mémoire revient... monsieur... eh bien, moi aussi, je dirai madame ; je désapprendrai le nom d'Adèle pour

ANTONÎ.

celui de d'Jlervey... madame d'Hervé y, et que le malheur d'une vie tout entière soit dans ces deux mots...

ADÈLI.

Vous avez besoin de soins, Antony , et je vais appeler.

ARTORY.

Antony, c'est mon nom à moi... toujours le même... Mille souvenirs de bonheur sont dans ce nom... Mais madame d'Hervey!...

ADÈLB.

Antony...

ARTORY.

Oh ! redis mon nom ainsi, encore... et j'oublierai tout... Oh ! ne t'éloigne pas, mon Dieu !... reviens, reviens, que je te revoie... Je ne vous tutoierai plus, je vous appellerai madame... Venez, venez, je vous supplie ; oui, c'est bien vous, toujours belle... calme... comme si pour vous seule la vie n'avait pas de souvenirs amers... Vous êtes donc heureuse, madame!...

ADÈLE

Oui, heureuse...

antofty.

Moi aussi, Adèle, je suis heureux!...

ADÈLB.

Vous!...

ARTORY.

Pourquoi pas?..., douter, voilà le malheur ; mais lorsqu'on n'a plus rien à espérer ou à craindre de la vie, que notre jugement est prononcé ici-bas comme celui d'un damné... le cœur cesse de saigner... il s'engourdit dans sa douleur... et le désespoir a aussi son calme, qui, vu par les gens heureux, ressemble au bonheur... El puis, malheur... bonheur... désespoir, ne sont-ce pas de vains mots, un assemblage de lettres qui représente une idée dans notre imagination, et pas ailleurs... que le temps détruit et recompose pour en former d'autres... Qui donc, en me regardant, en me voyant vous sourire comme je vous souris en ce moment, oserait dire : Antony n'est pas heureux!...

ADÈLB.

Laissez-moi...

artory, poursuivant son idée.

Car, voilà les hommes... que j'aille au milieu d'eux, qu'écrasé de douleurs je tombe sur une place publique, que je découvre à leurs yeux béants et avides la blessure de ma poitrine et les cicatrices de mon bras, ils diront : Oh ! le malheureux, il souffre : car là, pour leurs yeux vulgaires, tout sera visible, sang et blessure... et ils s'approcheront... et par

pitié pour une souffrance qui, demain, peut être la leur, ils me secourront... mais que, trahi dans mes espérances les plus divines... blasphémant Dieu, l'âme déchirée et le cœur saignant, j'aille me rouler au milieu de leur foule, en leur disant : Oh ! mes amis, pitié pour moi, pitié ! je souffre bien... je suis bien malheureux!... ils diront: C'est un fou, un insensé ; et ils passeront en riant...

adèlb, essayant de dégager sa main.

Permettez...

ARTORY.

Et c'est pour cela que Dieu a voulu que l'homme ne pût pas cacher le sang de son corps sous ses vêtements, mais a permis qu'il cachât les blessures de son âme sous un sourire. — (Lui écartant les mains.) Regarde-moi en face, Adèle... Nous sommes heureux, n'est-ce pas?...

ADÈLB.

Oh ! calmez-vous ; agité comme vous l'êtes, comment vous transporter chez vous?...

AHTORY.

Chez moi me transporter!... vous allez donc.... Ah! oui, je comprends...

ADÈLB.

Vous ne pouvez rester ici dès lorsque votre état n'offre plus aucune inquiétude; tous mes amis, qui vous connaissent, savent que vous m'avez aimée... et pour moi-même...

ARTORY.

Oh ! dites pour le monde... madame! ... U faudrait donc que je fusse jurant pour que je restasse ici... ce serait dans les convulsions de l'agonie seulement que ma main pourrait serrer la votre. Ah ! mon Dieu! Adèle! Adèle!

ADÈLB, .

Oh! non; si le moindre danger existat^i le médecin n'avait pas répondu de vous, oui,* risquerais ma réputation, qui n'est plus à moi, pour vo%s garder.... j'aurais une excuse aux yeux de- ce monde... mais...

artory, déchirant l'appareil de sa blessure et de sa saignée.

Une excuse, ne faut-il que cela?

ADÈLB.

Dieu ! oh ! le malheureux, il a déchiré l'appareil... Du sang ! mon Dieu ! du sarig ! (Elle sonne.) Au secours!.... Ce sang ne s'arrêtera-tril pas!... il pâlit... ses yeux se ferment...

artory, retombant presque évanoui sur le sofa.

Et maintenant je resterai, n'est-ce pas?...

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