‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 609 sur 999 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Les mêmes; moine HËNftL

(Madame Angélique s'aêsied de l'autre cèté d'une petite table à laquelle est Angèle; Alfred au milieu d'elles , plus près d' Angèle. Toutes deux prennent leur ouvrage et travaillent* )

MADAME ANGELIQUE

Comment, monsieur d'Alvinw, votre saJUr osait couoher seule ici ?

ANGÈLE

alfred , à madame Angélique.

Sans la moindre crainte. ( A Angèle. ) — Votre main , Angèle.

MADAME ANGÉLIQUE

Dans ces grands appartements?

axfied , il madame Angélique.

Quel danger voulez-vous qu'il y ait? (A Angèle.) — Oh! de grâce!...

MADAME ANGÉLIQUE

Il me semble toujours, au moindre vent qui agite ces rideaux, qu'il y a quelqu'un caché derrière. alfeed , bat y à Angèle.

Oh! Angèle, Angèle! (Haut, à madame Angélique.) — Je ferai avec vous, si vous le voulez, une visite domiciliaire. (Bas, à Angèle toute pensive, qui lui abandonne sa main.) — Merci, merci.

MADAME ANGÉLIQUE

Nous l'avons faite avec monsieur Henri. ... et cette nuit je n'ai pas peur... mais c'est une précaution qu'il faut toujours prendre. Tenez , une dame de mes amies , — tu sais , Angèle , madame deCaumont, me racontait souvent une aventure arrivée à sa mère. — Tu ne travailles pas , Angèle. angèle, tressaillant.

Si, ma tante.

ALFEED.

Mademoiselle vous écoute.

MADAME ANGÉLIQUE

C'est une aventure horrible qui me fait frémir toutes les fois que j'y songe.

angèle, à Alfred qui pose sa tète nur son épaule.

Monsieur Alfred... -ah!

ALFRED

Laissez vos cheveux... vos beaux cheveux toucher mon visage...

madame augéliqce , approchant la lampe du bord de la table, et se baissant pour chercher.

Pardon , ma laine est tombée.

ALFRED

L'aile d'un ange qui m'effleurerait en passant, ne me ferait pas plus délicieusement tressaillir. (A madame Angélique.) — Voulez -vous permettre, madame?

MADAME ANGELIQUE

( Pendant ce récit, Alfred s'approche d' Angèle, lui saisit la main à plusieurs reprises ; une scène muette s'établit entre eux. ) Merci ; je l'ai. La mère de madame de Caumont voyageait donc toute seule, avec un petit épagneul qu'elle aimait beaucoup. En traversant la forêt de Compiègne, elle fut surprise par un orage qui devint si violent, que les chevaux s'effrayèrent, et que le postillon fut emporté par eux. Heureusement ils accrochèrent, sur le revers de la route, une borne minière; une roue se brisa, mais la voiture fut ar-

I rétée. C'était auprès d'une maison isolée où l'on ; apercevait une lumière. Le postillon frappa à la , porte et demanda l'hospitalité, qu'on lui refusa d'abord ; mais lorsqu'il eut dit que c'était pour une dame seule , la porte s'ouvrit , et un homme qui avait l'air d'un braconnier parut sur le seuil. Quand madame de Caumont le vit, elle eût donné la moitié de sa fortune pour pouvoir continuer sa route; mais c'était impossible. Elle affecta de la tranquillité, cacha son petit chien sous son manteau et pria son hôte de la conduire à sa chambre. Quatit au postillon, il déclara qu'il passerait la nuit près de ses chevaux. Cette chambre était effrayante d'humidité et de délabrement ; les murs étaient nus et noirs, et de mauvais rideaux d'étoffe rouge pendaient devant les fenêtres. Au fond était une espèce de grabat. Quand l'homme se fut retiré, la frayeur de madame de Caumont devint telle, qu'elle n'osa pas même visiter la chambre ; elle alla droit au lit, s'y jeta tout habillée, plaça sur une chaise la lumière qui n'éclairait que bien faiblement, et posa son petit chien près d'elle. Le pauvre animal tremblait de tous ses membres, et grognait continuellement; elle avait beau lui parler avec la voix la plus douce qu'elle pouvait faire, il continuait de gémir. Tout à coup ses yeux se tournèrent vers un coté de la chambre, et ne quittèrent plus cette direction : ses poils se hérissèrent ; aux gémissements sourds qu'il avait fait entendre succédèrent des aboiements. Madame de Caumont vit bien qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire : elle chercha à percer l'obscurité, et enfin, au-dessous du lambeau de rideau qui tremblait devant la fenêtre, elle aperçut... — Monsieur Alfred, levez un peu cette lampe, s'il vous platt. — Elle aperçut les deux jambes d'un homme. (Alfred tourne le bouton de la lampe du côté opposé; elle s'éteint.) — Ah !

ALFRED

Pardon. — Que je suis maladroit !

Appelez, sonnez.

ALFEED.

Oui, oui. (Prenant Angèle dans ses bras.) — Angèle, chère Ame! (Angèle veut parler.) — Prenez garde !

ANGÈLE

Alfred! Alfred! grâce.

MADAME ANGÉLIQUE

Monsieur Alfred, ayez la bonté d'appeler.

ALFRED

Oh ! un mot, un mot d'amour !

(Il l'embrasse; Angèle jette un cri.)

ANGÈLE

Ah!...

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