‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 642 sur 999 · ALFRED, ERNESTINE · texte numérisé non relu

ALFRED, ERNESTINE

ALFEED.

Ah ! ma protectrice inconnue. (Se retournant. — Ernestine de Rieux !

EENESTINE.

Non, monsieur, madame de Varcy.

ALFEED.

Ah ! voilà qui est d'une exactitude scrupuleuse, madame... • Je vous avais donné rendez-vous dans le monde au bout de combien ? de.... huit mois, je crois... en robe de bal, des perles au cou, des fleurs sur la tête. Vous avez devancé l'époque.... et cependant, madame, rien ne manque à l'exactitude de la toilette dans laquelle je comptais vous rencontrer.

EENESTINE.

Oui, vous êtes un prophète d'infamie; oui, et tout ce que vous m'avez prédit est arrivé.

ALFEED.

Madame... ceci m'a l'air d'une confidence; et je vous ai promis de ne pas vous demander par quels moyens...

EENESTINE.

Mais je me suis promis de vous le dire, moi. En vous quittant je suis revenue à Paris , résolue à m'enfermer... à ne voir personne.... Ah! je lisais mal au fond de mon cœur.... Je voulais bien m'éloigner du monde ; mais je ne voulais pas que le monde s'éloignât de moi. J'espérais qu'il viendrait me chercher... il m'abandonna... sans m 'oublier... Mon absence servit de texte à ses conversations, de

but à ses calomnies on allait jusqu'à supposer

des choses que ma présence seule pouvait démentir Je n'osais rentrer dans la société. Cependant... isolée... comme je l'étais... sans appui

j'en trouvai un... un soutien puissant!.... je compris que le monde est ainsi fait, que lorsqu'on ne marche pas sur les préjugés, ils marchent sur vous; qu'il faut les fouler aux pieds si l'on ne veut pas qu'ils vous écrasent.... On avait méprisé la pauvre femme, humiliée et repentante... je me couronnai de ma honte.... et l'on m'adora comme une reine.

ANGÈLE

Ainsi vous êtes l'amie du ministre...

erhestihe.

Oh ! monsieur, point de vaine pudeur de mots... dites sa maîtresse.

ALFRED

Il n'en est que plus méritoire à vous , dans cette

haute position, de vous cappeler encore vos anciens

amis.

erhestihe, amèrement.

Comment voulez- vous que je vous oublie?

ALFRED

Oh! mais je m'entends.... vous les rappeler.... pour leur être utile... voilà ce que je veux dire; car si je suis bien informé, c'est à votre protection, madame, que je dois ma nomination.

eehestihe.

Oui , monsieur, et j'ai voulu vous en remettre moi-même le brevet.

(Elle le lui présente.) ALFiED, rouvrant.

Vous êtes trop bonne... (Lisait*. ) — Mais il y a une erreur, madame... mon départ est fixé à trois jours.

BlHISTUfl.

Ce n'est point une erreur.

ALFRED

Mais je ne puis partir en ce moment.

ERHESTIHE.

Eh bien, vous ne partirez pas.

ALFRED

Mais alors...

EEHESTIHE.

La place de ministre plénipotentiaire étant vacante, et ne pouvant rester inoccupée à cause de son importance... à votre refus, une autre personne y sera envoyée.

ALFRED*

Ah! ah!... je commence à comprendre.... et je vois maintenant de quelle manière vous vous souvenez de vos anciens amis. Vous avez su mon prochain mariage, et...

ERHESTIHE.

Je ne sais rien, monsieur.

ALFRED

Savez-vons, madame, que nous jouons un jeu qui pourra bien devenir une guerre?

EEHESTIHE.

Quelque nom que vous lui donniez, monsieur, et à quelque conséquence qu'il entraîne, je suis prête à faire votre partie.

Eh bien, je jouerai cartes sur table ; vous savez que je suis franc. J'aime la comtesse de Gaston...

ERHESTIHE.

Tiens !... Je croyais que c'était sa fille.

ALFRED

Vous êtes puissante; mais elle n'est pas sans crédit... je lui dois beaucoup.

ERHESTIHE.

De l'amour, du dévouement I... Je ne vorjs reconnais plus, monsieur, et vos principes. ••

M'ont conduit à mon but.

ERHESTIHE.

Vous n'y touches pas encore.

ALFRED

Peu de chose m'en sépare du moins.

EEHESTIHE.

Vous estimez bien peu ma volonté, ce me semble.

Saves-vous que vous me rendriez fat?

ERHESTIHE.

Oh ! vous auriez tort de le devenir.

ALFRED

Votre dépit ressemble tant à un reste d'amour.

ERHESTIHE.

Dites à un commencement de haine...

Contre moi?...

ERHESTTHB.

Oh ! oh ! non, je ne-vous hais pas.

ALFRED

Madame...

ERHESTIHE.

Je marque un point... vous vous tachez...

ALFRED

Madame... c'est assez plaisanter.

EEHESTIHE.

Aussi je cesse... Partirez- vous, monsieur?

ALFRED

Je ne partirai pas.

EEHESTIHE.

Vous avez trois jours pour vous décider.

Alfred, lui remettant le brevet.

Voici ma réponse.

EEHESTIHE.

Très-bien... Voulez-vous m'oflfrir la main pour entrer au bal?

ALFRED

Voici madame de Gaston qui va vous y introduire.

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