ACTE Y, SCENE
LA COMTESSE
Rien n'était convenu, monsieur .... ou j'ai tout oublié. ..
Madame...
LA COMTESSE
Mais je sais qu'il était convenu avec ma fille, monsieur, que vous me demanderiez la main de ma fille... vous me l'avez demandée, et je vous Taccorde.
ALFRED
Mais je ne puis...
la comtesse , $e levant.
Ah! vous ne pouvez... parce que nous sommes deux femmes, n'est-ce pas? parce que nous n'avons ni père, ni mari qui nous défendent... Vous ne pouvez.. •• lorsque vous avez déshonoré une enfant.... si jeune qu'elle ignorait ce que c'était que le déshonneur... vous ne pouvez, dites-vous...
ALFRED
Mais, madame, depuis ce temps un autre
amour... que je crus partagé...
Je ne vous comprends pas , monsieur.
alfred , $e relevant.
Alors je vois qu'il faut être clair et précis... je vais l'être.... Je ne puis épouser Angèle...
LA COMTESSE
Ah!...
ALFRED
Mes projets d'avenir...
LA COMTESSE
Malheureux... malheureux que vous êtes!
ALFRED
Madame !
LA COMTESSE
Vos projets d'avenir !... et qui les a réalisés jusqu'à présent?... Oh ! oh ! tout cela c'est ma faute... mais vous voulez done que j'aie des remords toute ma vie? que ces remords me conduisent au tombeau , dans le désespoir et dans les larmes ; car c'est moi , oui, monsieur, c'est moi, moi qui suis la seule cause du malheur de mon enfant... c'est moi qui , en quelque sorte , me suis jetée entre
ettt et vous Oh ! notre première conversation
m'est bien présente , allez. Vous veniez pour me la (kmander, monsieur, lorsque, comme une folie, comme une insensée, je vous ai développé mes projets à moi Oh! qui pouvait se douter aussi!...
J'aurais dû deviner tout cela... ou plutéi j'aurais dû, comme c'est le devoir d'une mère, veiller sur ma fille, ne pas la perdre un instant de vue, m'oublier pour elle... et je n'ai rien fait de tout cela... aussi ma fille est perdue , aussi je suis perdue...
ALFRED
Perdue...
Oui, monsieur... si vous résistez à mes larmes... et je n'ai que mes larmes, monsieur... car je ne
puis vous forcer, moi je ne puis que me traîner
à vos pieds, en baiser la poussière, vous crier avec les sanglots et les gémissements d'un coeur brisé : Rendez l'honneur à ma fille, épousez ma fille... Puis, si vous me repoussiez, monsieur, et ce serait affreux... la prendre dans mes bras... l'emporter hors du monde... dans quelque coin, dans quelque retraite... où nous puissions cacher nos larmes.. . Ah! oui, voilà tout ce que je puis... Oh ! je le sais , monsieur, je le sais , et voilà ce qui fait mon désespoir..
ALFRED
Oh ! madame.. . mais vous vous exagérez...
LA COMTESSE
Notre malheur, monsieur !... oh ! non... celui de ma fille, peut-être... .-car c'est la moins coupable de nous deux... et par conséquent la moins malheureuse. Mais moi!... oh! voir sa fille à seize ans... retranchée de la société, comme si le linceul des morts avait passé sur elle*., maudissant le jour où elle est née, et peut-être la mère qui l'a mise au jour. . • pleurant, pleurant, et se dire : C'est moi, c'est sa mère... Oh ! je m'exagère mon malheur!... oh! monsieur, monsieur , dites , en est-il, en connaissez-vous un plus grand?...
Oui, je sais que la fatalité nous pousse.
LA COMTESSE
Et votre enfant, monsieur... Pauvre enfant ! qui n'a point demandé à naître, et qui est né... dans la honte, pour vivre dans la honte. •• que vous condamnez à une vie sans avenir, qui fera rougir sa mère, et qui rougira d'elle... Oh! cet enfant.. . au nom de cet enfant!.... Dieu, monsieur, a voulu que l'homme le plus implacable eût des entrailles de père... Vous vous laisserez toucher... Mon Dieu! j'avais des choses si puissantes à vous dire , avant
de vous voir et , maintenant que je vous vois ,
je n'ai que des larmes... Oh ! prenez pitié de nous, monsieur... prenez pitié de nous, et le Seigneur vous bénira... Oh! je le vois... oh! vous vous attendrissez !••• Mon Dieu ! mon Dieu!... donnez-moi de ces mots, de ces accents du cœur qui persuadent, qui entraînent!... Mon Dieu! je vous le demande à genoux !
ALFRED
Eh bien! madame, voyons...
LA COMTESSE
Oui, oui. Voyons, que voulez-vous, que désirezvous ?... Moi, je me retirerai dans un couvent. •• je vous abandonnerai le peu que j'ai... vous payerec ma dot, et voilà tout.
ANGÈLE
ALFBBB.
Oh!...
LA COMTEêSI.
Oui : à un homme, je le sais, il faut de la fortune, et vous ferex bien d'accepter ce que je vous offre, monsieur. Mais, à moi, il ne me faut rien... plus rien...
ALFBED.
Eh bien, meurent mes projets d'avenir et d'ambition, madame, montez dans ma voiture; allez chez votre notaire... amenez-le ici; et... si vous voulez bien me faire l'honneur de m'accorder la main de mademoiselle Angèle...
LA COMTI88I.
Vous dites, monsieur?... Ah!...
ALFBBD.
Je dis, ma mère, que je suis prêt à devenir son époux.
LA COftTBSSB.
Ah!... vous n'êtes pas un homme, vous êtes un ange ! laissez-moi vous baiser les mains, vous embrasser les genoux. Oh ! mon Dieu, mon Dieu!.... mon enfant, ma pauvre enfant!... tu n'auras donc rien à reprocher à ta mère !... Oh ! monsieur, monsieur... oh! que je vous remercie!...
ALFBBD.
Eh bien ! madame, ne perdez pas un instant ; allez...
LA COMTESSE
Oui... oui... Adieu...
( Alfred la suit des yeux jusqu'à ce qu'elle $oit montée en voiture. — On entend lu voiture partir. ) alfbbd, revenant vivement en scène et sonnant. Dominique ! Dominique !
bomihiqui, paraissant.
Monsieur?
ALFBBB.
Un cabriolet de place... le premier venu.... et à la poste aux chevaux.
DOMINIQUE
Nous partons ?
ALFBED.
A l'instant... à la minute. •• cours. (Dominique
sort.) — Voyons, ai-je tout ce qu'il faut de
l'or... des billets... mon passe-port Ahf mon
brevet !