‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 701 sur 999 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CATHERINE, ETHELWOOD.

«TiKLWooD ouvre la porte du fbnd , la referme, marche droit au tombeau, et, le voyant vide, il appelle:

Catherine !

Catherine , se soulevant sur un bras. .

On m'appelle , je crois?

BTHBLWOOD.

Catherine !

Catherine,* levant d'un bond.

Me voilà!...

ITHILWOOD, se précipitant vers elle.

Ah!...

CATHERINE

Ethelwood... je suis sauvée !... Ethelwood, mon ami, que m'est-il donc arrivé?

ETHILWOOD.

Laisse-moi t'embrasser d'abord...

CATHERINE

Pouvons-nous sortir d'ici?

ETHELWOOD.

Oui , oui , laisse-moi te presser dans mes bras , sur mon cœur, m'assurer que tu vis , que tu vis pour moi, pour moi seul. ..

CATHERINE

Oui, pour toi, pour toi seul... Mais sortons, sortons...j'ai besoin d'air!...

ITHILWOOD.

Catherine, quelques minutes encore... je t'en supplie au nom de notre amour... qui vient d'échapper à peine à un horrible danger...

Catherine, se pressant contre lui.

Oui, c'est bien. Mais, dis-moi, ne me quitte pas!... comment se fait-il... que je me trouve ici... au milieu de ces tombeaux... seule enfermée, couchée sur l'un d'eux?... comment se fait-il que te voilà? toi... accouru. .. arrivé comme mon bon ange, pour me rendre à la lumière, et pour me sauver la vie ?...

parle, voyons... comment tout cela se fait-il?... ethelwood.

Oui, je vais tout te dire, car le moment est venu pour moi de n'avoir plus de secrets pour mon ange bienaimé.

CATHERINE

Je vais savoir qui tu es ?

ETHELWOOD.

Oui , et je puis te l'avouer avec fierté , car peu de noms remontent aussi haut dans l'histoire de la vieille Angleterre, que celui des ducs de Dierham.

CATHERINE

Tu es duc?

Oui, ma Catherine, duc de Dierham, marquis de Derby, pair d* Angleterre, membre de la chambre haute.

cathebihx, le serrant dans ses bras.

Oh ! mais tu occupes une des premières places de l'ÉUt?

BTHBLWOOD.

Le roi seul est au-dessus des pairs d'Angleterre, encore ne leur donne-t-il des ordres qu'en les appelant ses cousins.

CATHERINE

Et moi... moi je partagerai tout cela : honneurs, position, fortune...

ETHELWOOD.

En te donnant mon cœur, ne t'ai-je pas donné tout cela, et maintenant que je t'ai donné tout cela, ne suis-je pas prêt à te donner ma vie ?

CATHERINE

Ainsi tu m'emmèneras à la cour?

, BTHBLWOOD.

Ecoute.

CATHERINE

Dis, voyons.

BTHBLWOOD.

Tu as entendu parler du roi Henri, de ses amours ensanglantées ou dissolues.

ETHELWOOD.

Eh bien! dès que je l'aimai, un soupçon me mordit le cœur, je songeai à Henri; je tremblai de t'emmener à la cour ; car rien ne lui est sacré, sa bouche royale n'a qu'à souffler sur l'honneur d'une femme pour le ternir. Je te cachai donc qui j'étais, tant je tremblais qu'une indiscrétion échappée à toi-même, ne vint détruire mon bonheur qui repose tout entier sur* toi* Un an s'écoula ainsi, un an de félicité, pendant lequel je te voyais toutes les nuits, tandis que le jour, forcé par ma position d'être près dtwoi, je donnai à tout ce qui m'entourait le change sur mes sentiments secrets en feignant de porter l'ambition de mes désirs jusqu'à la princesse Marguerite!...

CATHERINE HOWARD

càTUtrat.

La sœur du roi?

• ETWLWOOB.

Oh! oui, mail c'était toi qui aie tenais tout le cœur et toute la pensée, c'était toi dont le souvenir ne me quittait pas un instant...

CATEllIHB.

Oui, je sais bien tout cela, mon ami, mais tu ne me dis pas pourquoi?...

ITlItWOOB.

Eh bien ! tout ce que j'avais craint est arrivé ; il y a quatre jours, le roi t'a rue !...

CATHIlIlft.

Le roi m'a vue!... moi.

ETHELWOOD.

Oui.

CâTHEtlIfl.

Et?...

ETHELWOOD.

Et il t'aime.

CATUEIltK.

Moi!...

ETHELWOOD.

Ou croît t'aimer du moins , et te désire... Alors tu comprends. •• de ce moment nous étions perdus tous deux si je ne trouvais un moyen.. • Un alchimiste habile me fournit, à prix d'or, une liqueur narcotique dont la vertu assoupissante possède un effet rapide et profond... Avant-hier je versai cette liqueur dans ton verre, et lorsque hier les envoyés du roi vinrent te chercher pour te conduire près de la princesse Marguerite , qui avait daigné l'accorder une place parmi ses dames d'honneur... ils trouvèrent Kennedy pleurant sur ma belle Catherine, que tout le monde crut morte et qui n'était qu'endormie.

CATHEEIHE.

Tout le monde... et le roi aussi ?

ETHELWOOD.

Oh ! c'était son erreur à lui surtout qui noua était essentielle.

CATHEEIKE.

Et il n'a eu aucun doute?...

ETHELWOOD.

Aucun, car ce qui aurait dû nous perdre nous sauva.

c&THm%.

Comment?

hthelwood.

Tandis que j'étais près de ce tombeau, attendant ton premier souffle , ton premier soupir, ton premier regard... te roi, défiant sans doute, apparat è cette porte.

CATHEEIHE.

Le roi !

ETHELWOOD.

Descendit ces degrés, vint vers ce tombeau oé je l'attendais un poignard à la main ; car, je te te jure> Catherine, son premier soupçon eût été sa mort.

CATlEtlWl.

Vous eussiez tué le roi, milord?...

Plutôt que de te perdre : oh ! je n'aurais pas hésité, je te le jure !... mais tout nous seconda : vainement sa main passa cette bague à ton doigt... cathehihe, regardant, et à part.

Un anneau de fiançailles ! ...

ETHELWOOD.

Ta main resta glacée dans la sienne. Vainement sa voix t'appela, rien ne se réveilla en toi pour répondre à cet appel funeste !... Vainement ses lèvres adultères déposèrent un baiser sur ton front , ton front resta pâle comme il est resté pur. Ainsi maintenant nul doute, nul soupçon pour lui. Ta es bien la proie de la mort et de la tombe. Merci à mon digne alchimiste, merci !

CATHEEEIE.

Et tu n'as pas songé que ce breuvage pouvait être mortel ? et si, au lieu d'un narcotique, cet homme t'eût donné un poison?...

■nsxwosa.

J'avais prévu ce cas.

c&maniË.

Et?...

ETHH.WOOD.

Et je ne t'avais versé que la moitié du flacon.

CATHEEIKE.

Oh ! n'importe, c'est affreux, vivre, vivre, et que tout le monde me croie morte !

ethelw&od.

Mais ne m'as-tu pas dit vingt fois dans ces heures d'amour si douces et si rapides, ne m'as-tu pas dit, mon ange bien-aimé, que tu voudrais un monde qui n'appartint qu'à nous deux, pour que rien ne pût nous distraire ou nous séparer?... Eh -bien, ce monde il est à toi... A coté du monde des vivants qui se ferme, il s'en est ouvert un autre devant tei, un monde d'amour. Oublie donc celui que tu quittes, comme il t'a déjà oubliée... Dès que je le pourrai, j'abandonne l'Angleterre... je t'emmène en France : là, puisque tu aimes, et t'est tout simple, car tu es jeune et belle; là, dis-je, puisque tu aimes les plaisirs et la fbHe joie des fêtes royales , nous Crouveronsune cour pros magnifique et moins triste surtout que ceHe de Henri. Ma fortune et mon titre, qui seront les* tiens , t'y assurent une place brillante... Voyons , oh ! dis-moi donc que j'ai bien fait, et que tout cela te rend heureuse ?

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