‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 725 sur 999 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

devant lui.) Ne me faites pas mourir! Grâce! grâce T

mini.

Mais ta es folle, Catherine, relève-toi ; et avant de me demander grâce, dis-moi ce qu'il faut que jeté pardonne?

CATHERINE

Oh! vous le savez bien, puisque c'est vous qui avez donné /ordre... — (Regardant autour d'elle.) Mais non, c'était un rêve.... Oh!... oh! quel rêve affreux, et vous étiez là, sire !

HENRI

Oui.

CATHERINE

Qu'ai-je dit? Oh ! il ne faut pas croire à ce qu'on dit en rêve, Henri, vous le savez, les rêves sont les enfants du sommeil et de la nuit, les frères de la folie... et l'on dit parfois en rêvant des choses bien étranges.

henri, soucieux.

Rassure-toi, Catherine, tu n'as rien dit... quelques mots sans suite, et voilà tout.

Catherine, respirant.

Ah ! qu'aurais-je pu dire, d'ailleurs ? quelques folies que je n'oserais répéter, et voilà tout. De ces choses que le cœur pense et garde pour lui, n'osant les confier à la voix... Voyez-vous, monseigneur, c'est qu'il parait % si bizarre à une pauvre enfant comme moi, élevée dans la solitude, de se trouver tout à coup dans un palais, au milieu de la magnificence d'une cour, de commandera tout un monde de courtisans qui s'empresse de lui obéir. Aimée d'un roi, — (Lui jetant les bras au cou. ) et de quel roi, de Henri de Lancastre, du lion de l'Angleterre, soumis, apprivoisé par moi...

Vos deux bras me font une chaîne si douce, ma belle Catherine , que je n'aurai jamais le courage de la briser. Il va falloir cependant que, pour quelques instants, je la dénoue. On m'attend au conseil.

CATHERINE

Une minute encore. Le conseil attendra le bon plaisir de Votre Grâce. Oh ! j'ai une rivale dont je suis horriblement jalouse, Henri , car elle est plus présente à votre pensée que moi-même, car eHe me vole les heures qui devraient m'appartenir, c'est l'Angleterre.

HENRI

Enfant!

CATHERINE

Je vous aime tant, moi, Çenri, qu'il me serait impossible de vous oublier une minute. Cependant je suis reine comme vous êtes roi. Je devrais ny occuper de l'Angleterre aussi, moi, des intérêts de

ma couronne, de mon royaume, de mes sujets; Je suis une bien mauvaise reine, n'est-ce pas, Henri, d'avoir à m'occuper de tant de choses, et de ne m 'occuper que de vous?

HENRI

J'ignore si vous êtes une bonne ou une mauvaise reine, Catherine ; mais ce que je sais, c'est que vous êtes la plus dangereuse enchanteresse qui ait jamais perdu l'âme d'un roi. Voyons, ma place ne devraitelle pas être en Ecosse, à l'heure qu'il est, et vous semble-t-il bien digne de celui que vous appelez le lion de l'Angleterre, de laisser Dacre et Musgrave battre cet insolent Olivier Sainclair. Oh ! vous avez des yeux qui fascinent! quand ils demandent, il faut accorder; quand ils ordonnent, il faut obéir. Laissez-moi les fermer avec mes lèvres , afin que je puisse vous quitter. — (// l'embrasse sur les reux.) Adieu, ma belle reine, le conseil tout entier, c'est-à-dire la pairie d'Angleterre, attend que ce soit votre caprice que je m'en aille* Renvoyez-moi donc?

, Catherine, se levant.

Non ; mais emmenez-moi avec vous?

HENRI

Folle!

CATHERINE

Ne suis-je pas reine? et, en ma qualité de reine,

n'ai-jepas droit de présidence? Franchement,

croyez-vous que je n'aurais pas autant de raison que milord de Sussex?

HENRI. ï

Oh ! si fait, et vous en auriez à vous deux à peu près la moitié de ce que mon fou en possède à lui tout seul. Au revoir, Catherine, et, si j'ai un instant de liberté, je m'échapperai du conseil pour venir vous demander si vous pensez à moi.

CATHERINE

Oh! oui, faites cela.

( Henri sort. )

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