ACTE IV, SCÈNE III
Oui.
Et ces paroles?
CATHERINE
ETHELWOOO.
(Chantant.)
D'un mot ta peux être reine; Dis ce mot ; car je suis roi, Et ma suite, souveraine, S'inclinera devant toi.
Une couronne royale Peut, crois-moi, d'une vassale Séduire l'ail ébloui.
— Oui.
(Il jette violemment la guitare.)
CATHERINE
Tais- toi, tais-toi!
BTHELWOOD.
C'est l'écho d'une autre époque de ta vie; peuxtu l'empêcher de répéter tes paroles? D'ailleurs, le roi a entendu la réponse ; la vassale porte une couronne.
CATHERINE
Oh ! oui, pour son malheur !
bthblwood, se levant et allant s'asseoir sur un tabouret aux pieds de Catherine.
Lorsque je te demandai de me dire la suite des amours du roi Robert et de la belle Elfride, tu me répondis'que tu ne la savais pas. Veux-tu que je te la dise, moi ?
CATHERINE
A quoi bon?
BTHELWOOD.
Âh ! c'est que cette aventure a peut-être avec la nôtre assez de ressemblance pour que tu y prennes quelque intérêt.
( // pose sa toque sur le sofa. )
CATHERINE
Dites et faites ce que vous voudrez, vous êtes le maître.
BTHELWOOD.
La belle Elfride répondit donc oui , et devint reine.
CATHERINE
La malheureuse !
BTHELWOOD.
Mais elle avait oublié une chose ; c'était d'avouer à son royal époux ses amours avec le franc-archer Richard, et il y avait dans ce temps une loi, chose bizarre, pareille à celle qu'a fait rendre Henri d'An* gleterre , et qui condamnait à mort toute jeune fille qui, après une pareille liaison, épouserait le roi sans l'en prévenir.
CATHERINE
A mort !
ETHBLWOOR.
11 est vrai que ce secret n'était connu que de Richard... et que Richard était son complice.
CATHERINE
Et cette loi condamnait le complice à la même mort que la coupable, n'est-ce pas ?
BTHELWOOD.
Oui ; mais qu'est-ce que la mort pour un homme qui a été jaloux; surtout lorsque celte mort le venge de la femme qui lui a fait souffrir toutes les tortures de l'enfer?
CATHERINE
Mon Dieu !
BTHELWOOD.
Richard était franc-archer du roi ; en cette qualité , il pouvait habiter le palais , entrer dans ses appartements les plus reculés , et même, par une porte dont il s'était procuré la elef , pénétrer jusqu'auprès de la reine. Richard ne craignait pas la mort, car il avait été jaloux, et Richard voulait se venger.
Catherine , se renversant sur le sofa.
BTHELWOOD.
Quatre jours après son mariage, la reine le rencontra à la chasse, et son cheval croisa le sien* Le surlendemain, la reine le retrouva sur la Tamise, et sa barque heurta la sienne. Le lendemain, elle le heurta presque dans un corridor, et son manteau toucha sa robe. Ces trois fois, elle le reconnut, car elle pâlit. Sans doute que, rentrée dans son palais, elle chercha par quels moyens elle pourrait se débarrasser de cet homme.
Catherine , vivement.
Oh ! vous ne le croyez pas.
BTHELWOOD.
Non, c'est vrai... peut-être que s'il eût été enfermé dans quelque caveau , dont elle seule eût eu la clef... peut-être qu'elle l'y eût laissé mourir de faim et de soif; mais le faire frapper du poignard ou del'épée...
CATHERINE
Oh ! jamais , jamais ! . . .
BTHELWOOD.
D'ailleurs^ il portait à tout hasard, sous ses vêtements , une cotte de mailles pareille à celle-ci. — ( Ethelwood ouvre son pourpoint et montre une cotte de mailles.) Car s'il ne craignait pas la mort^Richard, il craignait de ne pas se venger. Le lendemain du jour où il avait rencontré sa royale maîtresse dans un corridor, il pénétra jusque dans sa chambre i coucher. Le roi était sorti; elle était seule. Il s'assit à ses pieds, comme je suis aux vôtres; alors il lui prit les mains avec lesquelles elle voulait cacher son visage, et, la forçant de le regarder en faee , il lai
CATHERINE HOWARD
dit : Catherine !... non , je me trompe ; Elfride
Elfride! jamais femme fut-elle aimée par un
homme comme je tous aimais ? dites.
CATHERINE
Jamais.
ETHELWOOD.
Jamais homme fit-il pour une femme plus que je ne fis pour vous? dites!
CATHERINE
Jamais , jamais !
ETHELWOOD.
Et jamais homme en fut -il récompensé aussi atrocement que je le fus? dites ! — (Se levant. ) Oh! mais dites... dites donc !...
Grâce, grâce!...
ethelwood , avec désespoir.
C'est qu'il lui eût tout pardonné, à cette femme.. . son oubli , son ingratitude , sa mort même ! tout ! excepté de la voir passer dans les bras d'un autre; livrer aux caresses et aux baisers d'un autre, ces mains et ces lèvres qui étaient à lui... Ah! voilà ce qu'il était impossible qu'il lui pardonnât, voilà ce qu'il ne lui pardonnera jamais , voilà ce qui causa leur mort à tous deux.
CATHERINE. *
Leur mort!...
(On entend les trompettes gui annoncent que le roi rentre.)
ETHELWOOD.
Oui, leur mort; car tandis que la reine et son amant étaient enfermés le roi revint du conseil. Catherine, se levant.
Milord , milord , ces trompettes annoncent que le roi rentre ; oh ! fuyez, fuyez !
ethelwood, immobile.
Et, comme il ne voulut pas fuir...
CATHERINE
Mais c'est infernal...
ETHELWOOD.
Que le roi vint à la porte — {On entend les pas de Henri.) de la chambre de la reine, qu'il la trouva fermée...
henri, du dehors.
C'est moi, Catherine, ouvrez.
Catherine, suppliante.
Milord, milord!»..
ETHELWOOD, kOUSSOUt la VOIS.
Et qu'il entendit deux voix qui parlaient ensemble....
HENRI
Catherine, vous n'êtes pas seule, ouvrez !
BTiixwoo», repoussant Catherine gui tombe.
Ah ! Henri, Henri ! à ton tour d'être jaloux...
Catherine, a genoux.
Voyons, tuez-moi tout de suite.
HENRI
A moi, messieurs ; enfoncez cette porte, donnez-moi cette masse.
CATiERiNB, montrant la porte qui cède* Voyez, voyez!...
ETHELWOOD.
Oui, il est temps que je te quitte. Au revoir, Catherine.
{Il sort.)
CATHERINE
Où me cacher, où fuir! Oh! mon Dieu, mon Dieu ! je n'espère qu'en vous, prenez pitié de moi. {La porte cède, Henri parait.)