‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 754 sur 999 · LE MAUVAIS ANGE, LE BON ANGE · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS ANGE, LE BON ANGE

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toi qw le Seigneur a commis a me farde,

Baisse un instant le» yeux, archange, et me regarde!...

Depuis que mon orgueil, contre Dieu, vainement

Entreprit de lutter et que, pour châtiment,

Me suivant au plus bas de ma chute profonde,

Tu posas sur mon sein ton pied lourd comme un monde,

Tant de jours ont pour mot renouvelé leur cours,

Tant de nuits ont passé, plus longues que les jours :

Et les heures des nuits et des jours avec elles

Ont mené lentement tant de douleurs mortelles,

Que je crois que du Dieu que j'avais offensé

Le courroux, A la fin, se doit étretassé,

Puisqu'il souffre aujourd'hui que ma bouche de pierre

Se ranime à la plainte et s'ouvre à la prière!...

Donc je te prie, au nom miséricordieux

Du Seigneur, je te prie, archange radieux,

Je te prie, an doux nom de la vierge Marie,

Au saint nom de Jésus, archange, je te prie

De soulever ton pied de mon sein condamné,

Car c'est trop de douleurs, meate bout un damné!...

LE BOlf ÀHGK.

C'est une volonté plus forte que la nôtre

Qui, dans les jours passés, nous lia rua à l'autre,

Et nous en subirons les ordres absolus

Jusqu'à ce que pour nous les jours soient révolus.

Or, je ne sais quel temps doit durer ton martyre,

Mais voilà ce que Dieu me permet de te dire :

Sur ce marbre, celui dont la main t'enchaîna

Est le comte don Juan, seigneur de Marana,

Tige des Marana, dont l'illustre famille

Fut, depuis trois cents ans, l'honneur de la GastiUe.

Or, lorsque son esprit eut quitté ce bas lieu,

Saint Pierre le reçut et le mena vers Dieu

Qui, lui tendant les bras, lui dit : « Comme un archange,

» Vous avez, 6 don Juan, vaincu le mauvais ange ;

» Vous pouvez de son sort disposer aujourd'hui,

» Dites ce qu'il vous plall qu'il advienne de lui.»

A cette grande voix, le pieux solitaire

Tpmba les deux genoux et le visage en terre,

Puis, ayant adoré l'Éternel, répondit :

« Seigneur, Seigneur, Seigneur, faites que le maudit

» Ne puisse plus tenter, de sa parole immonde,

» Ni mon fils, ni les fils qu'il doit laisser au monde.

» Car je sais trop, Seigneur, lorsqu'il vous vient tenter,

* Combien le eosur de l'heasatt est mibie à résister ;

DON JUAN DE MARANA

• Et je voudrais sauver à ma race future

• Les étemels combats de l'humaine nature, » Jusqu'à ce que, parmi ces fils d'avance élus, » Il en naisse un, enfin, d'esprits si dissolus,

• Que sans être poussé par Satan vers l'abîme,

» De son libre penchant, il commette un grand crime. » Or (ajouta don Juan), Seigneur, pour que cela » S'accomplisse, ordonnez que l'ange que voilà

• (Et c'est moi qu'il montrait) descende sur la terre

• Avec la mission d'accomplir ce mystère. »

Dieu dit : « Il sera fait comme vous le voulez. •

Et, se tournant vers moi, Dieu dit encore : « Allez. » Alors je descendis de la voûte éternelle, Et depuis ce moment, céleste sentinelle, J'ai sur toi, nuit et jour, veillé silencieux, Immobile, debout, et sans fermer les yeux.

Ainsi, pour que ma main abandonne son glaive, Pour que mon pied vengeur de ton sein se soulève, Il faut, qu'obéissant au décret éternel, Un des fils de don Juan devienne criminel.

Maudit! sois donc encor patient au supplice, Jusqu'à ce que l'arrêt prononcé s'accomplisse.

le mauvais awce, riant.

Ah ! merci : maintenant, lâche esclave de Dieu, Fais jaillir les éclairs de ton glaive de feu, Charge d'un nouveau poids ma poitrine épuisée, Jusqu'à ce que ton pied sente qu'elle est brisée. Poursuis ta mission, bourreau de Jébova!

£t tant que le Seigneur te dira d'aller, va ! La vengeance pour lui n'aura plus de longs charmes, Et mon œil a saigné ses plus sauglantes larmes. Ah ! ce fut un don Juan, seigneur de Marana, Dont la main sur ce marbre, as-tu dit, m'enchaîna : Eh bien ! il a céans un fils qui, je l'espère, Est né pour délier ce que lia son père ; Ou je me trompe tort, ou bien, par lui, la loi S'accomplira.

Ll BON sjiai.

Silence!

LB MAUVAIS A1IGS.

A moi, don Juan!... à moi!...

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