SCÈNE VII
TÉRÉSINA, DON JOSÈS, PAQUITA, au fond.
Ttaisin a, appuxéê au bras de don Josès.
Oh! Josès, Josès, vous voilà donc! Dieu soit béni, car je suis heureuse, ohJ tout à fait heureuse de votre retour!
wi josfts*
Vous faites un amant bée» joyem d'un fils bien triste, Térésina ! Oui, je suis revenu en toute hâte ; je ne sais quel pressentiment me poussait vers Villa-Mayor. A peine eus-je scellé la porte du tombeau sur le corps de mon noble père , qu'une voix surhumaine murmura votre nom à mon oreille avec des sons d'une tristesse étrange ; je crus que le bon ange de notre famille venait m'avertir que vous couriez quelque danger... j'accourus.
TÉ1ÉSIHÀ.
Merci, veus ne vous êtes pas trompé, don Josès, la voix vous disait vrai, et votre retour m*a sauvée! doti josfcs, souriant.
Et quel péril si grand poursuivait donc ma belle Térésina? les antiques châtelaines de Villa-Mayor étaient-etfes jalouses de voir leur palais habité par une aussi jeune et aussi belle héritière ?
TtottSITTA.
Nm, mon ami, elfes m'eussent ptaket preiégée, je crois, en faveur 4e mon anteut pow vous. Ce ne
sent point les morts, ce sont les vivants qui sont à craindre.
BON JOSftS.
Comment cela?
TilBSfltA.
Hier, un voyageur est venu demander ftiespita- Msé à la porte de ton château.
non J0918.
On la lui a accordée, je l'espère?
TAJttSniA.
Oui, nais il a désiré me remercier.
Domoets,
A sa place j'eusse eu le même désir, surtout ri gavais seulement vu l'ombre de la châtelaine... Tu as reçu sa visite ?...
TÈllSlUA.
Non, je l'ai refusée ; alors il m'a envoyé un écri» plein de bijoux, adressé à la fiancée de don Josès.
Don JOSÈS.
Cest d'un seigneur magnifique et d'un hèle reconnaissant : et ces bijoux?
TSBBttlfA.
Les voici. J'avais donné l'ordre â Paquita de les lui reporter ce matin ; mais je suis femme, don Josès, vous me pardonnerez, n'est-ce pas? et faible devant une paretHe séduction... Voyez comme ces diamants sont beaux ! Avant de les lui renvoyer, j'ai voulu essayer comment une telle parure m'irait.... Eh bien ï oh ! il faut que ces bijoux soient enchantés, ear à peine ont-ils été sur mon front, sur mou cou, autour de ma taille, qu'un nuage a passé sur mes yeux, que toutes mes idées ont été perdues, qu'une voix est venue bruire è mon oreille, me parlant de titres, de richesses, de triomphes. Quand je suis revenue de ce délire, cet homme, cet étranger, ce démon tentateur, était le , à mes genoux , â mes pieds.... J'ai résisté , don Josès, mais il y avait un accent infernal, une magie enivrante, un entraînement fascinateur dans tout ee qu'il disait J'ai
résisté, mais si je l'avais vu une seconde fois.... — ( Se jetant è son cou. ) Mais vous voilà, don Josès ! . . . vous voilà, et je suis forte, car vous ne m'exposerez plus par votre absence, n'est-ce pas?
dov josès, les yeux fixes.
Il n'y a qu'un homme dans tontes les Espagnes à qui Satan ait accordé ce pouvoir, Térésina... Gomment appelez-vous cet étranger?
TÉB1SHVA.
Don Juan.
DON JOSÈS.
C'est lui!... Voilà donc pourquoi il a quitté le lit mortuaire de mon père ! voilà pourquoi îk m'a laissé descendre seul le noble et bon vieillard dan* la tombe ! voilà pourquoi il n'a pas même demandé quel était l'assassin de celte courtisane dont il allait
DON JUAN DE MARANA
chercher l'amour , et dout il n'a trouvé que le cadavre... don Juan ! don Juan ! -
TÉIÊHHA.
Tu le connais donc?
don josès.
Oui, je le connais! pour mon malheur dans ce monde et peut-être dans l'autre... Tu avais raison de craindre, Térésina I pauvre fleur, tu avais deviné l'orage...
TtltSIUA.
Eh bien ! je suis ta fiancée, n'est-ce pas? Je devrais à cette heure être ta femme, si la lettre qui te rappelait au Ht de mort de ton père n'était venue nous séparer presque au pied de l'autel ; sans cette lettre ,
je t'appartiendrais maintenant Eh bien! don
Josès, appelle le chapelain, qu'à l'instant même il nous unisse. .. Une fois ta femme, oh ! je serai forte, sois tranquille.
son josès.
Térésina, vous êtes un ange..... Paquita, vous avez entendu ce qu'a dit votre maîtresse : allez avertir le prêtre que nous nous rendons à la chapelle... Dans une demi-heure nous y serons...
PAQUITA
J'y nais, monseigneur.
{Elle sort.) don josès, continuant.
Et tu auras tout ce que tu rêvais, ma Térésina $ tu auras des bijoux, des châteaux, des armoiries ; car moi aussi, je suis riche; moi aussi, j'ai des domaines ; moi aussi, je suis noble ! Savais»je, moi, que toutes ces vanités humaines pouvaient ajouter à ton bonheur? Gela est... eh bien! ma belle Térésina, allez mettre votre voile blanc, et nous le troquerons contre un manteau de cour; allez parer votre front virginal d'une branche d'oranger, et nous l'échangerons contre une couronne de comtesse. Allez, mon ange, allez...
TE RÉSINA
Vous êtes mille fois bon , monseigneur ! Oh ! je ne reverrai plus cet homme, n'est-ce pas?
DON JOSÈS.
Soyez tranquille !
(Elle sort.)