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LE BON ANGE, LA VIERGE

Ll BON ANGE.

Vierge, à qui le calice a la liqueur amère

Fut si souvent offert, Mère, que Ton nomma la douloureuse mère,

Tant vous avez souffert !

Vous, dont les yeux divins, sur la terre des

Ont versé plus de pleurs Que vos pieds n'ont depuis, dans le ciel où nous sommes,

Fait éclore de fleurs.

Vase d'élection, étoile matinale,

Miroir de pureté, Vous qui priez pour nous, d'une voix virginale,

La suprême bonté;

A mon tour, aujourd'hui, bienheureuse Marie,

Je tombe à vos genoux.

Daignez donc m'écouter, car c'est vous que je prie,

Vous qui priez pour nous.

LA VIBB6B.

Parlez, car mes regards, parmi ces blondes tètes

Dont Dieu s'environna, .

Vous cherchèrent souvent. Je vous connais : vous êtes

L'ange de Marana.

Parlez, et dites-nous quelles craintes étranges

Vous causent tant d'émoi?

Ange, que j'ai toujours chérie entre les anges,

Que voulez- vou* de moi?

Pour calmer au plus tôt votre douleur amère, Dites, que pouvons-nous ?

Parlez, mon fils n'a pas de refus pour sa mère, Ni sa mère pour vous.

» LE BOH AHOB.

Vierge ! vous savez quel céleste mystère

M'enchaînait au bas lieu, Et pourquoi je restai si longtemps sur la terre,

Loin de vous et de Dieu.

Je veillais sur don Juan ; mais l'esprit de l'abîme Plus que moi fut puissant,

Et don Juan, à sa voix, fit un pas vers le crime Par uu chemin de sang.

Alors, je remontai vers la céleste voûte,

Pleurant sur le maudit, Et criant au Seigneur : 11 changera de route!

Le Seigneur répondit :

« Sois encore une fois son ange tutélaire,

» Et, jusqu'à ton retour, » Je laisserai dormir le fer de ma colère

» Aux mains de mon amour. »

J'allai donc, lui portant la parole céleste

Comme un divin trésor; Mais voilà que don Juan, dans la route funeste,

A fait un pas encor.

Et je n'ose apporter ces nouvelles du monde Au divin tribunal;

INTERMÈDE

Car, malgré moi, J'éprouve une pitié profonde Pour cet enfant du mal.

Or, le Seigneur ayant dit, en son indulgence,

Que, jusqu'à mon retour, H laisserait dormir le fer de la vengeance

Aux mains de son amour,

Je voudrais demeurer loin de sa face austère ;

Car, pendant mon exil, Peut-être dans la voie étroite et salutaire

Don Juan rentrera-t-il?

liais, comme vous savez qu'aux Toutes éternelles,

Malgré moi, tend mon vol, Soufflex sur mon étoile et détachez mes ailes,

Pour m'enchalner au sol.

En un être mortel changez mon divin être,

Et je vous bénirai ; Car Dieu ne me verra devant lui reparaître

Qu'à l'heure où je mourrai.

LA VRRGI.

O pauvre ange immortel ! qui, comme un don réclame

La faveur de mourir !

O pauvre cœur divin ! qui veut un corps de femme

Afin de mieux souffrir I

Comment videras-tu, de ta bouche rosée,

Le calice de fiel, Abeille qui vécus jusqu'ici de rosée,

De parfums et de miel?

Comment monteras tu, par le sentier d'épines,

Au jardin des douleurs?

Pied d'ange qui jamais, dans les routes divines,

N'a feulé que des fleurs !

Mon fils a, tu le sais, fait le même voyage; , Celait un cœur puissant,

Et pourtant il mouilla mes mains et mon visage D'une sueur de sang.

Le monde assemblera son tribunal sévère ;

On ne meurt qu'une fois; Mais la mort peut t'attendre au sommet d'un calvaire?

LI BOIf AltGI.

J'y porterai ma croix.

. LA VUAGI.

Mais alors qu'il faudra que la loi s'accomplisse,

Si, brisés par leurs coups, Tes pieds ne peuvent plus te porter au supplice?

LI BON AHOI.

J'irai sur mes genoux.

LA YIIBGI.

C'est bien, voici vienir une âme que la terre

Rend à l'éternité.

{On voit passer, sous la forme d'une flamme, une

âme qui monte au ciel.) Allez et ranimez, sur son lit solitaire,

Le corps qu'elle a quitté.

Ce corps était celui d'une enfant chaste et belle,

Qui s'endormit priant, Et qui, croyant rêver que sa mère l'appelle,

Est morte en souriant.

Nulle ne sait encore, au couvent du Rosaire,

Que sœur Marthe a vécu.

Allez, et vous aurez l'avenir de misère

Qu'elle-même aurait eu.

Allez, vous n'êtes plus rien qu'une pauvre femme, Sans aucun souvenir du céleste séjour, Ayant pour tout soutien et tout trésor dans l'âme : L'espérance, la foi, la prière et l'amour.

{Les ailes de l'ange tombent toutes seules, et l'ange redescend lentement vers la terre.)

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