‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 832 sur 999 · DON JUAN, LES FANTOMES · texte numérisé non relu

DON JUAN, LES FANTOMES

BON JUAN

Sur mon honneur ! je n'ai jamais vu valets de chambre plus silencieux passer à un gentilhomme de plus magnifiques habits ! Il parait que le seigneur de céans est juste de ma taille. — Ah ! ah i ... mais il veut que la fête soit entière : bal masqué, buffet splendide, lumières éblouissantes. Vraiment, si notre valeureux Gonzalve n'avait chassé les Maures de notre belle terre d'Espagne, je croirais que le calife &bd-Alrahman me fait les honneurs de son harem . — ( A une femme qui se trouve près de lui.) Voyons , ma gracieuse odalisque , voulez-vous de moi pour votre sultan ?

LE MASQUE

Certes ; où en trouverais-je un plus galant, plus loyal et surtout plus fidèle ?

DOU JUAN

Fidèle!,., allons, je vois que tu me connais, beau masque; car mes amours durent aussi longtemps que k vie.

LE MASQUE

De celles qui meurent pour toi, n'est-ce pas?

DO* JUAN

Oh ! tu te trompes, car alors leur mémoire leur survit et se grave éternellement dans mon cœur.

LE MASQUE

Oui, au point que si par un prodige tu les re-

voyais au bout de huit jours, tu ne reconnaîtrais plus leur visage!

DON JUAN

Je ne sais si je t'ai jamais aimé, beau masque; mais, si cela est, fais-en répreuve, et tu verras.

LE MASQUE

Tu réponds de me reconnaître?

DON JUAN

Quand je ne t'aurais vu qu'une minute.

LE MASQUE

Tu>leveux?

DON JUAN

Je t'en prie.

carolina, se démasquant.

Eh bien ! regarde !

DON JUAN

Carolina!

CAROLINA. '

Allons , ta mémoire est plus fidèle que je ne croyais. C'est bien. — (Elle glisse sur une planche mobile qui l'entraîne dans un des corridors. ) Au revoir, don Juan, au revoir !

DON JUAN

Carolina ! — (// veut la suivre, mais la grille du corridor se referme.) Ça, suis-je bien éveillé, ou tout ce qui m'arrive depuis trois jours n'est-il qu'un songe?

un SBooHD masque, le prenant sous le bras.

Non, mon beau geutilbomme, c'est une réalité.

DOlf JUAlt.

Illusion ou réalité, je ne me plains que d'une chose, c'est qu'elle m'échappe!

LE MASQUE. v

Toujours le même, don Juan?

DON JUAN

Toujours homme de sensations avant tout : il m'en faut, quelles qu'elles soient, je ne puis vivre sans elles, et quand le plaisir me manquera, je crois que je chercherai la douleur.

LE MASQUE

Et tu la trouveras, sois tranquille !

DON JUAN

Ce ne sera pas sur tes traces, je l'espère?

LE MASQUE

Peut-être!

DON JUAN

Eh bien ! soitl si tu es assex belle pour qu'il y ait compensation.

LE MASQUE

On m'a dit souvent que j'étais la perle de Séville, et Séville est le diamant de l'Andalousie.

DON JUAN

Fais-m'en juge, et si tu es telle que tu dis, je te suivrai.

DON JUAN DE MARANA

Ll MA4QUE.

Partout?

■ON JUAN

Jusqu'en enfer!

Ll MASQUE.

C'est parole donnée?

DON JUAN

Sur l'honneur!

yittoru, étant son masque.

Eh bien ! juge !

Mil JUAN.

Viltoria !

vittoeia, s'enfonçant en terre.

A bientôt, don Juan, à bientôt!

don jvan , voulant la suivre. Des flammes sortent déterre.

C'est bien ! attends-moi ; tu as pris le bon chemin pour me revoir, Vittoria ! et je suis plus sur de ne pas manquer à ma parole que si tu étais montée au ciel!

(Deux masques s'approchent de don Juan par derrière et lui prennent les deux bras.) li masque, à gauche de don Juan.

• Don Juan, je t'aime!

LE MASQUE DE 1E0ITE

Don Juan, je te déteste !

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