ACTE I, SCÈNE V
LE PRINCE
Où veut-il en venir?
LB QOMTB.
Lisez vous-même, monsieur, nous vous écoutons.
KEAN
Pardon , monsieur, mais un secret duquel dépend le bonheur, l'avenir et peut-être l'existence d'une femme, ne peut souvent être révélé qu'à une femme. Il y a des mystères et des délicatesses que nos cœurs à nous autres hommes ne comprennent pas. Permettez donc que ce soit dans celui de madame la comtesse que je dépose le secret de miss Anna. Si ce secret était le mien, monsieur le comte, je l'exposerais au grand jour, pour qu'il brillât au soleil et qu'il éclatât à tous les yeux. Madame la comtesse me permettra seulement de ne pas le révéler ; mais quand tout le monde saura qu'elle le connaît, lorsqu'elle élèvera la voix pour dire : « Edmond Kean n'est point coupable de l'enlèvement de miss Anna , » tout le monde la croira.
LB PRINCE
Et mon rang me donne-t-il le droit de partager cette confidence?
KEAN
Monseigneur, tous les hommes sont égaux devant un secret... Monsieur le comte, je vous renouvelle ma prière.
LB COITI.
Mais si madame y consent, et que vous y attachiez réellement l'importance que vous paraissez y mettre, monsieur Kean, je n'y vois pas d'inconvénient.
KBAlt. '
Madame la comtesse rali fiera- t-elle la faveur que m'accorde monsieur le comte?
ELENA
Mais je ne sais vraiment...
Kl AH.
Je la supplie.
amt, prenant le comte par un bras.
Allons, comte, une fois que votre femme saura ce secret, vous le devinerez bientôt. Vous êtes diplomate.
lb prince, te prenant par Vautre.
Et quand vous le saurez, vous nous en ferez part, n'est-ce pas, monsieur le comte? si cependant cela n'est point contraire aux instructions de votre gouvernement.
â (Ils l'emmènent près de la cheminée. ) bleu a, sur le devant de la scène, Kean derrière elle.
Donnez-moi donc cette lettre, puisque la lecture de cette lettre peut vous justifier.
KBAIf.
La voici.
île* a, lisant.
« Monsieur, je me suis présentée chez vous, et » ne vous ai point trouvé. Vous dire , quoique je )» n'aie pas l'honneur d'être connue de vous, que » de cette entrevue dépendra l'avenir de ma vie » entière, c'est m'assurer d'avance que j'aurai le » bonheur de vous rencontrer demain. Anna Daibt, » à Kean.» Merci, monsieur, merci mille fois... mais quelle réponse avez-vous faite à cette lettre? kean.
Tournez la page, madame...
klena , lisant pendant que Kean retourne causer avec le prince et le comte.
« Je ne savais comment vous voir , Elena , je » n'osais vous écrire ; une occasion se présente et » je la saisis. Vous savez que les rares moments » que vous dérobez pour moi à ceux qui vous en- » tourent passent si rapides et si tourmentés, qu'ils » ne marquent réellement dans ma vie que par » leur souvenir... »
(Elle s'arrête étonnée.) kean, qui est revenu près d'elle.
Daignez lire jusqu'au bout, madame.
elbna, lisant.
« J'ai souvent cherché par quel moyen une » femme , dans votre position , et qui m'aimerait » véritablement , pourrait m'accorder par hasard » une heure sans se compromettre... et voilà ce que » j'ai trouvé : si cette femme m'aimait assez pour » m'accorder cette heure, en échange de laquelle n je donnerais ma vie... elle pourrait, en passant » devant le théâtre de Drury-Lane, faire arrêter la » voiture au bureau de location et entrer sous le » prétexte de retirer un coupon; l'homme qui tient » le bureau m'est dévoué, et je lui ai donné l'ordre » d'ouvrir une porte secrète que j'ai fait percer » dans ma loge sans que personne le sache, à une » femme vêtue de noir et voilée qui daignera peut- » être venir m'y voir... la première fois que je » "jouerai.» Voici votre lettre, monsieur.
Mille grâces, madame la comtesse. — (S'inclinant.) Monsieur le comte... Milady... Monseigneur... ( // va pour sortir. ) ait, qui s'est avancée.
Eh bien! Elena?
LE PRINCE
Eh bien! madame?
LB COMTE
Eh bien! comtesse?
KEAN
eliiu, lentement»
C'était à tort qne Ton accusait roontieur Keao de l'enlèvement de miss Anna.
KIAlt.
Merci, madame la comtesse.
li peincb, le regardant s'éloigner. Ah! monsieur Kean, vous venez de nous jouer là
une charade dont, je tous donne ma parole que je
saurai le mot !
vu aoHBsnfOB, entrant.
Monseigneur est serri.
(Le prince offre la main à la comte*** de Kmfeld, le comte à Amy, les autres convive* le* suivent.)