‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 906 sur 999 · ROMÉO · texte numérisé non relu

ROMÉO

Je resterai, Et puisque tu le veux, comme toi je dirai :

Non, ce n'est point le feu de l'aube orientale, C'est la sœur d'Apollon, c'est la reine au front pale; Ce n'est point l'alouette au ramage joyeux Dont le chant matinal s'élance dans les cieux. Ah ! crois-moi, j'ai bien plus de penchant, je te jure, A rester qu'à partir, ft si, vengeant l'injure Que ma présence fait à ta noble maison , La mort me vient en face ou bien par trahison, La mort dont on craint tant la douleur inconnue, Me frappant à tes pieds, sera la bien venue... Oh! non, tu l'as bien dit, non, ce n'est pas le jour; Restons... Je t'aime, et toi, m'aimes-tu, mon amour?

JULIETTE

C'est le jour, c'est le jour, oh! j'étais insensée,

Fuis, Roméo ; de peur je suis toute glacée,

Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis,

Et je n'ai plus qu'un mot à la bouche... rais, fuis...

LA NOURRICE

Madame...

Juliette, entrant.

Que veux-tu?

LA NOURRICE

Votre père!

JULIETTE

Mon père !

Entends-tu ?

LA NOURRICE

Va venir !

KEAN

■OMEO.

Oh! contre sa colère, Ange, je te remet* à la garde de Dieu.

JULIETTE

Adieu, non Roméo...

(En ce moment Kean, qui avait déjà enjambé la balustrade, s'aperçoit que le prince de Galles est è l'avant-scène dans la loge d*Elena, et, au lieu de faire sa sortie, il remonte le théâtre et regarde fixement la loge, les bras croisés.)

Juliette, le suivant.

Eh bien! que fait-il donc? — (A vois basse.) Kean, Kean, vous manquez votre sortie. ,

salomok, paraissant au bord de la coulisse, la

brochure è la main.

Maître!... Maître!...

Juliette, reprenant.

Adieu, mon Roméo.

salomor, soufflant.

Ma Juliette, adieu !

eiak, riant.

Ah! ah! ah!

salomou, soufflant.

Roméo !

JULIETTE

Roméo!

KEAlf.

Qui est-ce qui m'appelle Roméo? qui est-ce qui croit que je joue ici le rôle de Roméo ?

JULIETTE

Kean, devenea-vous fou?

KEAN

Je ne suis pas Roméo... je rais Falstaff... le compagnon de débauches du prince royal d'Angleterre... A moi! mes braves camarades... à moi, Pons... à moi! Peto... à moi! Rardolph... à moi! Quickly l'hôtelière.... et vers#z, versez à pleins bords, que je boive à la santé du prince de Galles, le plus débauché, le plus indiscret, le plus vaniteux de nous tous ! A la santé du prince de Galles, à qui tout est bon, depuis la fille de taverne qui sert les matelots du port , jusqu'à h fille d'honneur qui jette le manteau royal aux épaules de sa mère! au prince de Galles, qui ne peut regarder une femme, vertueuse ou non, sans la perdre avec son regard ! au prince de Galles dont j'ai cru être l'ami, et dont je ne suis que le jouet et le bouffon... Ah! prince royal, bien t'en prend d'être inviolable et sacré, je te le jure... car sans cela lu aurais affaire â Falstaff.

lord hewill, d'une loge.

A bas Kean ! à bas l'acteur!

Falttaff... H je m suis pas ptam Falstaff que je n'étais Roméo, je suis PonchroeHe, le Falstaff des carrefours... Un bâton à Polichinelle, un bâton pour lord Mewill, un bâton pour le misérable enleveur de jeunes Elles, qui porte une épée au coté, et qui refuse de se battre avec ceux dont il a voie le nom, et cela, sous prétexte qu'il est noble, qu'il est lord, qu'il est pair... Ah ! oui ! un bâton pour lord Mewill... et nous rirons... Ah! ah! au/ que je souffre... A moi ! mon Dieu ! â moi J ( // tombe dans las bras de Juliette et de Salomon , qui l'entrmineut par la porte du donjon. )

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