SCENE X
JUNIA, seule.
Seule !... Aquila... Stella ! Seule, oh ! le sort avide A tout pris... la maison comme mon cœur est vide! Et cela devant moi! cela devant mes yeux!...
Au foyer domestique, à l'autel de mes dieux, Encor tout couronnés des fleurs que j'ai tressées, Quand je priais pour eux ! prières insensées !
( Marchant vers les dieux. ) Qui vous ôta la force ou qui vous aveugla, Que vous n'avez pas vu ce qui s'est passé là, Ou bien que, l'ayant vu, pour les réduire en poudre, Vous n'ayez pas sur eux fait descendre la foudre ! En quels jours vivons-nous ? et nos temps odieux, Changés pour les mortels, le sont-ils pour les dieux? simulacres vains ! quand vous étiez d'argile, Une mère pouvait vous confier sa fille, Dans sa virginité vous gardiez ce trésor.
( Portant la main sur eux. ) Mais depuis qu'on vous fait d'airain, de marbre ou d'or, Stériles défenseurs, égoïste» emblèmes, Vous n'avez plus de soin qu'à vous garder vous-mêmes; Quand vient la trahison vous détournez les yeux!
(Les brisant et les foulant aux pieds.) Soyez anéantis! vous êtes de faux dieux!