‹ ŒuvresChapitre 13 sur 66 · CCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCLXXVIII

DE M. DE VOLTAIRE

Vous qui d^gnez me départir Les fruits d'une muse divine, O roi ! je ne puis consentir Que» tails daigner m'«n Arertir, Vous alliez pr^endre médecine.

Je suis YOtre malade-né.

Et sur la casse et le séné Pai des notions non eommanes.

Nou» «ommes de même métier :

Faut-il de moi tous défier « Et cacher vos bonnes fortunes ?

Sire , vous ayez des drampes , et moi aasai ; vous aimez la solitude, et moi aussi; vous £adtes des vers et de la prose, et moi aussi; vous prenez médecine, et moî aussi : de là je conclus que j'étais fait pour mourir aux pieds de votre majesté. *

DE M. DE VOLTAIRE

Je suis dans une grande afSiction. Votre maj^té sait , oe que c est que cinquante vers quand il faut qulls soient bons , et que ce ne sont pas là de petites af foires. J'avais donc £ait ces cinquante vers pour Aurélie, dans Caiilimi^ avec bien de la peine; et j'envoyais à Paris un mémoire raisonné pour empêcher Aurélie de « inêler d'être une madame Gatoti , et de faire la patriote et Théroïne. Je voulais consulter votre majesté sur tout cela ; et en vérité, sire , vous me devez vos avis après la liberté que je prends si souvent de vous dire le mien. Je monte dans vos aaidchambres pour tàciier de trouver quelqu'un par

1 58 CORRESPOHDAKCE

qui je puisse faire demander la permission de vous parler. Je ne trouve personne. Je m'en retourne, et mes vers partent sans votre approbation. Mais je déclare à votre majesté que je me suis vanté que je vous ai dans mon parti, que Vous trouvez très bon qu'Aurélie ne s'avise point de vouloir être le soutien de Rome. J'ai encore ajouté, pour arrêter Timpatience de mes amis, que vous me faites l'honneur de penser comme moi, qu'il ne faut pas sitôt donner cet ouvrage au public , et que s'ils donnent bataille malgré l'opinion d'un général tel que vous, ils seront battus. J'avais bien encore d'autres ver» à vous montrer; j'avais à vous demander votre protection pour l'édition de ce Siècle de Louis JT/^que je fais imprimer à Berlin ; mais je voulais encore demander à votre majesté une autre grâce. Voici quelle est ma requête , sire :

Je suis malade , et né malade. Je suis obligé de travailler presque autant ^ue votre majesté. Je passe toute la journée seul. Si vous vouliez permettre que j'habitasse l'appartement voisin du mien , où M. de Bredow a couché, l'hiver dernier, j'y travaillerais plus commodément. J'y aurais un peu plus de soleil , ce qui est un grand point pour moi. L'appartement est tourné de façon que je pourrais travailler avec mon secrétaire. Les deux appartemens sont d'ailleurs égaux, et si votre majesté veut souffrir que je loge dans l'autre, elle me fera le plus grand plaisir du monde. C'est une fantaisie de malade peut-être ; mais en ce cas votre majesté en aura pitié ; elle m'a promis de me rendre heureux.

Googk

AVEC LB ttOI DE PRUSSE. — I75i. 1 5q

Sire, je demande pardon à votre majesté de me$ importunités ; niais il s'agit d'affaires graves : il me manque deux vers dans la Hennade^ et ces deux vers se trouveront probablement dans l'édition corrigée à la main, qui est chez votre majesté, ou dans l'édition de Paris. Je vous présente ma très humble requête en vous suppliant de m envoyer pour un moment les deux premiers volumes de ces deux éditions.

Sr vous pouviez m'envoyer un peu de votre génie par votre coureur !

Vous ayez répandu tant de bien tnr ma vie !

Achevez ma félicité I

Et de grâce on pea de génie ! * ■"

Mailles dieux donnent tout hors leur divinité.

DE M. DE VOLTAIRE

Sire, eh mon Dieu! conmient faites-vous donc? J'ai rapetassé cent cinquante vers depuis huit jours à Rome sauvée; et votre majesté en a peut-être fait quatre ou cinq cents. Je n'en peux plus , et vous êtes frais j je me démène conune un possédé, et vous êtes tranquille comme un élu ; j'appelle le génie ^ et il vous vient. Vous travaillez comme vous gouvernez, comme on dit que les dieux font mouvoir le monde , spos effort J'ai un petit secrétaire gros comme le pouce, qui est malade pour avoir transcrit deux actes de suite. Votre majesté ▼eut-elle permettre que le diligent, l'infetigable Vigne

Googk

liBô G0RRESPO19DANCE

VOUS transcrive le reste? Je demande en grâce à votre majesté de lire ma Rome, Votre gloire est intéressée à ne laisser sortir de Potsdam que des ouvrages qui soient dignes du Mars-Apollon qui consacre cette retraite à la postérité. Sire , il faut , sauf respect, que vous et moi , pardon du vous et du moi , nous ne fassions q[ue du bon , ou que nous mourions à la peine. Je n'enverrai Ronie à ma virtuose de nièce que quand Mars-Âpollon sera content. Je me mets à ses pieds.

CCLXXXII. f

DE M. DE VOLTAIRE

A Berlin.

Par ma foî, ces Anglais que j'avais crus si sages N*ont plus ni rime ni raison.

Avec Pope , avec Addison , ,7|. Le bon goût et les bons ouvrages Ont passé la barque à Caron.

Le soleil sur leur horizon N'amène plus que des nuages.

11 faut que chaque nation Tour à tour ait ses avantages.

Minerve , Thémis , Apollon , Sont allés sur d*autre» rivages.

Assez loin de George second ; £t c*est à Sans*Souciy dit-on.

Qu'il faut chercher dans ses voyages Ce qu'on perdit dans Albion.

Sire, le fait est qu'un Anglais atrabilaire vient d émouvoir ma bile. Cethonune, dsais un écrit pédantesque, reproche à Fauteur des Mémoires de Brandebourg de se contredire, et sa preuve est que l'illustre auteur loue et blâme les mêmes personnes, croit que la réforme était nécessaire dans t église, et ensuke avoue lesfcwtes i^ réformés, etc. Si je voulais^ ^^^x louer Tauteur de ce»

AVEC LE ROI DE MIUSSC. — I75l. l6l

Mémoires i je me serrirais des méines raisons qae cet Anglais apporte contre lui. Il feut aToir une tête bien emyrëe de l'esprit de parti et de l'esprit de système pour exiger qu un historien approuve où èondamne sans restriction. Est-il possible que ce critique n'ait pas senti combien il est digne d'un philosophe , et d'un homme qui est à la tète des autres, de peser le bien et le mal, d'estimer dans Louis S^FV ce qu'il avait de grand , et de montrer ce qu'il avait de feible ; d'approuver la réforme, et de faire voir les défauts des réformateurs? Mais un Anglais veut qu'on soit toujours partial , ou tout Whîg ou tout Tory, et la raison qui est imparûale ne raccommode pas. J'ai bien envie de m escrimer contre cet impertinent , et de me moquer de lui ; il le mérite , mais il n'en vaut pas la peine.

Votre majesté arrange à présent des bataillons en attendant qu'elle arrange des strophes et des épisodes. Ses odes l'attendent à Potsdam, à moins qu elle ne veuille m'en envoyer quelqu'une de Sllésîe.

Chaque chose à la fin dans sa place est remise.

Isâc *, après mille détours , Vient de fixer ses pas , son caprice et ses jours Auprès de Sans-Souci, dans sa terre promise.

Moi je Tais fixer mon destin Dans la cbambre ou Jordan » de sayante mémoire. Commentait à la fois saint Paul et l'Arétin ,

Sans savoir des deux à qui croire.

Umr les opposés est un secret bien doux ; U tient Tame en haleine , il exerce le sage. Je connais un héros dont l'ame a tous les goûte. Tous les talens, tout l'art de les mettre en usage. Et je ne sai^ encor s'il est connu de vous.

Je mets aux pied^ de votre majesté V.

• u narqnis d*Acfens.

COHRESP. AVEC I<ES SOUVEHATITS. T. II. II

Googk

1 Gx COIIRESPONDANCK

<:CLXXXIIL

DÇ Jd. DE VOLTÂJERE.

IVIais, rire, votre im^esté n'avait donc pas lu la prose et. les verjs du chevalier de Quinsonas, car le tout était cacl^ete de son cachet? Il y a des vers bien faits; mais il ej^t bien difficile de donner à un ouvrage ce tour piquant <jui force les gens à lire malgré eyx.

QMel chevalier !J1 chante Funivers. Son poème peut être en deux ou trois cent mille chants. H semble qu*il veut être chevalier de la vérité. Vous jencouragez de tous cotés la liberté de penser, et vous ferez un siècle de philosophes.

Ce dxevalier de Quînsonas est celui qui sondait la na^ture de milady Wortley Montague.

. {Daignez, sire , recevoir les profonds respects de votre malingre, et les regrets ^e n'avoir pu approcher hier de celui que Quinsonas admire et invoque : j'en fais autant que lui.

Page 1