‹ ŒuvresChapitre 24 sur 66 · CORRESB. AVEC LES SOUVERAINS. T, II. I · texte numérisé non relu

CORRESB. AVEC LES SOUVERAINS. T, II. I

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a I O CORRESI>OWDA.]!TCE

À liàndibat , le gf8 avril.

' }ë>fmL^ suis fort obligé delà connaissance que yous m'avez fait foire atec M. Candide : c'edt lob habillé à k moderne. Il fom lé confesser, M. Pangloss ne satn^it pt^uver $es beaux principes, et le meilleur des mondes pbi^ibles est très méchàlit et très malheureux. Voilà la sêttlè espèce de roman <Jue Ton peut lire 5 celui-ci est imtructif , et prouve nriéux que des argumens in barbaray celarent^ etc.

Je reçois en méififie temps cette triste ode qui est bien corrigée et trèé embellie ; mais ce n'est qu'un monument ^ et ^la i^ ^e^d pas ce qu'on a perdu et qui mérite d'être à jamais regretté.

Je' scTâphaite que vous ayez bientôt occasion de tratâiflerpour la paix, et je vous pi*omet8 que je trouverai admirâ^ble tout ouvrage fait à cette occasion-là. Il y a bien apparence que nous n'arriverons pas ians carnage à cet heureux jotir. Vous croyez qu'on n'a du courage que par honneur; j'ose Vous dire qu'il y a plus d'une sorte de cotlfage : celui qui vient du tempérament , qui est admirable pour le cômmiin soldat; celui qui vient de Id réflexion^ qui convient à l'officier; celui qu'inspire l'amour de la patrfe , que tout bon citoyen doit avoir ; enfin celui qui doit son origine âU fànktisme de la gloire, que l'on admire ^ahs Alexandre^ dans Cé^i*, dtwi Charles XII et dans le grand Gondé. Voilà les différeiis instincts qui conduisent les hommes au çlanger. Le péril en soi-même n'a rien d'attrayant ni d'agréable ; mais on ne pense guère au risque quand on est une fois engagé.

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AVEC LÉ ROI DE PRUSSE. — 1759. al l

Je h'âi pas connu Jules Ceiar; éëpeiicîaht je suis ires «Ar ^ttè de htiit ou de jour il né se seràil; jamais cactie ; il éiart trop géhérenx pouf pféteiidré exposer ses cclmpagnons sani pfàrtagef atec eux lè péril. Oh à dles exemples même ^e des généraux , au d^ééspoîr dé voir une bàtailf i sur le poiht d'être perdue, Se éônt fiut iiiér exprès pour tie pbîiii survivre à leur honte.

Voilà ce (jue me fournit ma itiémôîrë sur ce courage que vous persiflez. Je vous assure même que j'ai vu exercer de grandeè vertus dan^ les i)atailtés , et qaon n y est pai aûssî hÀpitoyable que vous lè croyez. Je p^urraJs vous en citer mille exemples; je tfie feôirié à im seul,

A là bataille dé Kosbach, tth officie^ français , Messe et coàôbé sur lîf place , demandait à cô'r et si crî uri lavement : voulez-vous bien croire que cent personnes officieuses se sont empressées pour le lui procurer? Un lavement anodin , reçu sur un èhamp de bataille , en présence d'une armée, cela est certainement singulier; mais cela est vrai , et connu de tout le monde. Dans cette tragi-comédie que nous jouons, il arrivé souvent des aventures bouffonnes qui ne ressemblée à rien , et qu une paix de mille ans ne produirait pas ; mais il faut avouer qu'elles sont cruellement achetées.

Je vous remercie de la consultation du médecin Tronchin. Je l'ai d'abord envoyée à nion frère , qui est à Schwet auprès de ma sœur : je lui â(i recominandé de s'attacher scrupuleusement au régime qu'on lu^î prescrit. Je vous prie de deniànder ce que l'roncïiin voudrait d'argent pour faire le voyage; je ne veux rien négliger de ce que je puis contribuer à la guérison de ce cher frère ; et quoique j'aie aussi peu de foi pour les docteurs en médecine que pour ceux en théôlojfie , je ne

pousse pas l'incrédulité jusqu'à douter des bons effets

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% I a CORRESPONDANCE

que le régime peut procurer. Je les sens moi-même : je

n'aurais pu supporter les affreuses fatigues que j'ai eues,

si je ne m'étais mis à une diète qui paraît sévère à tous

ceux qui m'approchent. Reste à savoir si la vie vaut la

peine d'être conservée par tant de soins, et si ceux-là ,

ne sont pas les plus sages et les plus heureux qui l'usent

tout de suite. C'est à M. Martin et à maître Pangloss à

discuter cette matière^ et à moi à me battre tant qu'on se

battra.

Pour vous, qui êtes spectateur de la pièce sanglante

qu'on joue, vous pourrez nous siffler tous tant que nous

sommes. Grand bien vous fasse! soyez persuadé que je

n'envie pas votre bonheur; je suis convaincu que l'on

ne peut jouir que lorsqu'on n'est en guerre ni de plume

ni d epée. P^ale% Fédéric.

CGCXXV.

A Landshat, le i8 mai.

Non, ma muse qui vous pardonne

Tant de lardons malicieux

N'associa jamais Pétrone

A ces auteurs ingénieux

Qui m'accompagnent en tous lieux ,

Et partagent avec Bellone

Des momens courts et précieux ^

Qu'un loisir fugitif me donne.

Je.déteste l'impur bourbier Où ce bel esprit trop cynique A trempé sa plume impudique, Et je ne veux point me souiller Dans la fange de son fumier.

La mémoire est un réceptacle ; Le jugement d'un cboix exquis Ne doit remplir ce tabernacle Que d'œuyres qui se sont acquis , •

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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — ^759. 2 l'S

Au sein de leur natal' pays, ^ Le droit de passer poui: oracle.

.C*est pourquoi, vainquant tout obstacle, Je vous lis et je vous relis.

Tallaite ma muse française Aux tétons tendres et polis Que Racine m'offre à son aise ; Quelquefois , ne vous en déplaise , Je m'entretiens avec Rousseau ; Horace , Lucrèce et Boileau Fout en tout temps ma compagnie ; Sur eux se règle mon pinceau, Et dans ma fantasque manie J'aurais enfin produit du beau , S^l ne manquait à mon cerveau Le feu de leur divin génie.

Si VOU8 consultez une carte géographique, vous trouyerez le lieu où une boutade de gaieté et de folie produisit ce congé. Nous avons poursuivi ces gens qui nous tournaient le derrière jusqu'à Erf urtli , et de là nous avons pris le chemin de la Silésie.

Vous autres habitans des Délices, vous croyez donc que ceux qui marchent sur les traces des Âmadis et des Roland doivent se battre tous les jours pour vous divertir? Apprenez, ne vous en déplaise, que nous avons assez donné de ces tragédies, les campagnes passées, au public i qu'il y aura certainement encore quelque héroïque boucherie ; mais nous suivrons le proverbe de l'empereur Auguste, ^/^^i/za /^/i^é.

Yos Français brûlent les bons livres et bouleversent gaiement le système de leurs finances , pour complaire à leurs chers alliés. Grand bien leur fasse! Je ne crains . ni leur argent ni leurs épées. Si le hasard ne favorise pas éternellement les trois illustrissimes qui m'assaillent de tous côtés , j'espère qu'elles seront ( pour conserver la figure de rhétorique). ;. . . J'éprouve le sort

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a 1 4 COllRESPONDANCB

d*Orphée : des dames ée cette espèce et d'un aussi bon caractère yeulent me déchirer^ mais certainement elles n'auront pas ce plaisir.

A propos de sottises, vous voulez savoir lies aventures de l'abbé de Prades ; cela ferait un gros volume. Pour satisfaire votre curiosité , il vous suffira de savoir que l'abbé eut la faiblesse de se laisser séduire, pendant mon séjour à Dresde , par un secrétaire que Broglie y avait laissé en partant II se fit nouvelliste de Farmée; et comme ce métier n'est pas ordinairement goûté à la guerre, on l'a envoyé jusqu'à la paix dans une retraite d'où il n'y a aucunes nouvelles à écrire. Il y a bien d'autres choses , mais cela serait trop long à dire. Il m'a joué ce beau tour dans le temps même que je lui avais coi^féré un gros bénéfice dans la cathéd|*ale de Breslau.

Vous avez fait le Tombeau da la Sprionne; 9Joutez-y celui du parlement, qui radote si fort qu'il ne la fera pas longue. Pour vou^, vous ne ippurrez point. Vous dicterez encore, des Délice^, des lois au Parnasse; vous adresserez encore r//£/I.. dune main, et legratignerez de l'autre ; vous la traiterez comme vous en usez envers moi e^ envers tout le monde.

V0ÏI8 ïiyOT , j# le prémme , En çhagu^ m^m ^i^e plvin^e • L'une, confite en donceury Charme par son ton flatteur L'-amour-propre qu'elle allume, (i'al^reuyi^^ de «on errew; L'i^utre es,^ un |;^iye v^gçur Que Tisiphpne et sa sœur Ont plongé dans le bitume Et toute Tàcre noirceur P^ Vyçkîw^dXp a^nertume; U vous blesse , il vqus çp^f i^mç ,

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AVEC LB ROI DS PRUS$E^ — l'jSg. ^J 5

Perce les os et le cœur.

Si Maupertuis meurt du rhume, Si dans Bâie on tous nnhume.

Ce glaiT« en sera l'auteur.

Pour moi , nourrisson d'âorace, Qui n^ai jamais en Hiom^ur ^ gniiipfîF mT le FmnmH9 Parmi la maudite race Des beaux esprit^, qui tracasse £t remplit ce lieu dliorreur.

Je TOUS demande peur grâce , S*il ^rfiye ^le^pe jofu' Que mon nom par tous s'ench^tl^e Dans vos vers ou vos discours, Que sans ruses ni détours La bunne plume Fy placé.

Je souhaite paii^ et salut ncm pas au jgçntilhoQii^e ordinaire, non pas à lliistoiiographe du Bien-aimé ^ liou pas ai^ se^neur de vingt seigneuries dans la 3uisserie , mais à Fauteur de la Henriade, de la Pi^celk, de BriÂtm, de Mérope^ etc. FÉDiniQ.

DE M. D£ VOLTAIRE

19 mat

Sire, vous êtes aussi bon frèri» que^ bon généra; n^is il VL€^% pas possible que Tronqhin aille à Scbwet auprès ic(u prince votre frère; il y a eept ou huit peiv soQu^ de PapS} abandonnées des niédecinSi qiû se sont fait transporter à Genève ou dans I0 voisinage, ef qui crpien^ lie ^<ç»pirer qvi'aut^nt qucf Tronjchin ne les quitte p^ Votre iji^e^t^ pe^ae \àm^ qwft pfurlm le noml^e <fc ces piçrspnnet, j^ ne; cpçipte poipt mft pauvre nièce qui langui^ depuis «i?^ ^Wî <ï*fûUfwrB Tron^hin gouverae la fOiXiXé à^^ i^afei?# ffe Ff A9C09 K?t euvoi» die Genève ses avis deu?: ftû* p§? feip^e^; il «e p^ul «'é6acier;il prétend

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a 1 6 CORRJESPOWDANCE

c[ue la maladie de monseigneur le prince Ferdinand sera longue. Il conviendrait peut-être que le malade entreprît le voyage , qui contribuerait encore à sa santé en le fesant passer d'un climat assez froid dans un air plus tempéré. S'il ne peut prendre ce parti, celui de faire instruire Tronchin toutes les semaines de son état est le plus avantageux.

Comment avez-vous pu imaginer que je pusse jamais laisser prendre une copie de votre écrit adressé à M. le prince de Brunsvick? Il y a certainement de très belles choses ; mais elles ne sont pas faites pour être montrées à ma nation. Elle n'en serait pas flattée ; le roi de France le serait encore moins , et je vous respecte trop l'un et l'autre pour jamais laisser transpirer ce qui ne servirait qu'à vous rendre irréconciliables. Je n'ai jamais fait de vœux que pour la paix. J'ai'encore une grande partie de la correspondance de madame la margrave de Bareith avec le cardinal de Tencin, pour tâcher de procurer un bien si nécessaire à une grande partie de l'Europe. Tai été le dépositaire de toutes les tentatives faites pour parvenir à un but si désirable; je n'en ai pas abusé, et je n'abuserai pas de votre confiance au sujet d'un écrit qui tendrait à un but absolument contraire. Soyez dans un parfait repos sur cet article*. Ma malheureuse' nièce que cet écrit a fait trembler Fa brûlé, et il n'en reste de vestige que dans ma mémoire, qui en a retenu trois strophes trop belles.

Je tombe des nues quand vous m'écrivez que je vous ai dit des duretés f vous avez été mon idole pendant vingt années de suite ;ye fcdJUîa la terre y au eiely h Guzman même; mais votre métier de héros et votre place de roi ne rendent pas le cœur Inen sensible; c'est dommage, car ce cœur était fait pour être humain, et

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AVEC LE ROJ DE PRUSSE. — I759. a I 7

«ans l'héroïsme et le trâne, vous auriez été le plus aimable des hommes dans la société.

En voflà trop si vous êtes en présence de l'omemi , et trop peu si vous étiez avec vous-même dans le sein de la philosophie, qui vaut encore mieux que la gloire.

Comptez que je suis toujcmrs assez sot pour vous aimer, autant que je suis assez juste pour vous admi' rer; reconnaissez la franchise, e^ recevez avec bonté le profond respect du Suisse Yoltaihe.

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