CHAPITRE XXIV
Chasse au eerf etses conséquences.
Ci: chapitre sera-t-il long ou court? C'est là une question dont les conséquences peuvent vous intéresser, aimable lecteur, — tout juste comme lorsqu'il s'agit d'imposer une taxe nouvelle; car probablement (ainsi que moi) vous n'avez rien qui vous regarde dans cet acte, si ce n'est la petite circonstance de payer. Plus heureux avec moi du moins : — je puis bien, par mon autorité arbitraire, étendre mes matériaux autant qu'il me plaira; mais je ne pourrai point vous citer devant la cour de l'échiquier, si vous refusez de me lire. Que je me consulte donc ! J'avoue que les annales et les documens que je me suis procurés ne parlent que peu de cette chasse des Highlands, mais il sera facile de trouver ailleurs tous les matériaux dont je puis avoir besoin pour tenir ce que promet le titre de mon chapitre. Le vieux Lindsay de Pitscottie 1 n'est-il pas sous ma main avec sa chasse de la forêt d'Athole, et « son palais élevé et bien garni de poutres d'un bois vert, « avec toutes les espèces de boisson qu'on peut se procurer « en ville et aux champs, telles que aie, bière, vins muscats, « malvoisie, hypocras et eau-de-vie ; avec pain de froment, « gros pain, pain de gingembre, bœuf, mouton, agneau, veau, « venaison, oies, cochons de lait, chapon, lapin, grue, cygne, « perdrix, pluvier, canard, canard sauvage, dindon, paon, « faisan noir, grouse et capercailzies2, sans oublier les riches
(i) Six Robert Liucîsay de Pitscottie, auteur d'une chronique d'Ecosse. La chasse dont il est ici question fut une des plus grandes chasses de Jacques V, en i528. Il y avait plus de douze mille personnes, selon Pitscottie, à cette chasse royale.
(2) La capercailzie, ou capercaylie d'Ecosse, est le tetrao urogallus de Linnée, une espèce de coq de bruyère , qu'on retrouve en Russie, en Pologne, etc. — Ed.
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« couchers, la vaisselle et le linge de table ; » — sans oublier surtout « les habiles iutendans, les adroits boulangers, et les « apothicaires-confiseurs avec des confections et des baumes « pour les desserts. » — Outre les particularités qu'on peut glaner dans cette description d'un banquet des Highlands dont le luxe fit changer d'opinion au légat du pape, qui avait jusque là prétendu que l'Ecosse était — le, — oui, — le bout du monde, outre ces particularités, ne pourrai-jepas embellir mon récit avec la chasse que vit Taylor, le poète marinier * sur les montagnes de Mar2, où,
A travers les brouillards, marais el fondrières, Les rochers foudroyés , les monts et leurs bruyères , Lièvres , cerfs et chevreuils se présentent soudain, Et deux heures de chasse en donnent quatre-vingt ! Lowland , on te nomma low land avec raison; Mais, Highland, ton gibier est digne de ton nom (3).
Mais sans tyranniser davantage mes lecteurs, ou faire étalage de mes lectures, je me contenterai d'augmenter un incident de la mémorable chasse de Lude citée dans l'essai sur la harpe calédonienne par le spirituel M. Gunn 4, et je continuerai mon histoire avec toute la brièveté que me permettra mon genre de composition qui participe de ce que les savans appellent le style de la périphrase ou des circonlocutions, et le vulgaire, le style entortillé.
Plusieurs motifs firent que la grande chasse fut retardée d'environ trois semaines : ce temps s'écoula agréablement pour Waverley au château de Glennaquoich. L'impression que Flora avait faite sur son cœur à leur première entrevue
(1) John Taylor, surnommé le poète de l'eau., the waterpoet , parce qu'il avait été apprenti chez un marinier de la Tamise. — Ed.
(2) Le canton de Mar est dans le comté d'Aberdeen. — Éd.
(3) S'il est permis de traduire des vers avec une exactitude un peu plate, c'est quand la poésie presque burlesque qui en résulte est l'image du prosaïsme de l'original. J. Taylor, le poète marinier, n'était qu'un poêle très vulgaire. Pour saisir le sens des deux derniers vers, il faut se rappeler que Lowland (Basse-Ecosse) signifie bas-pays, et Highland (Haute - Ecosse) haut-pays. Taylor dit que la chasse des Lowlands est low, basse, mesquine, et celle des Highlands , haute, grande, etc.
(4) M. John Guun , d'Edimbourg. Son ouvrage est intitulé ; Essai sur la harpe et la musique des Highlands , etc.
devenait plus vive de jour en jour ; car Flora était précisément la personne qu'il fallait pour fasciner l'esprit et les yeux d'un jeune homme romanesque : ses manières, sa conversation, ses talens pour la musique et pour la poésie donnaient un nouvel éclat à ses attraits. Lors même qu'elle se livrait à la gaîté, elle conservait aux yeux d'Edouard un caractère qui l'exaltait audessus des filles ordinaires d'Eve. Il lui semblait que ce n'était que par complaisance qu'elle prenait part à ces amusemens et à ces conversations de galanterie qui font l'existence de la plupart des femmes. En vivant auprès de cette aimable enchanteresse, en passant avec elle les journées, soit à la promenade, soit à faire de la musique, soit à danser, Waverley était de plus en plus content de son hôte et plus épris de son adorable sœur.
Enfin l'époque fixée pour la grande chasse arriva, et Waverley partit avec le chef pour le lieu du rendez-vous, situé à une journée de marche de Glennaquoich vers le nord. Fergus fut suivi dans cette occasion par trois cents hommes de son clan, bien armés et bien équipés. Waverley fit aux usages du pays la concession d'adopter les trews ( il ne put se décider à prendre le kilt ), les brogues et la toque, comme le costume le plus commode pour la chasse, et qui d'ailleurs l'exposait moins à exciter la surprise par son air étranger. Ils trouvèrent au lieu indiqué plusieurs chefs puissans. Waverley leur fut présenté, et en reçut un accueil cordial. Le nombre de vassaux et hommes de leur clan qui les accompagnaient, ainsi qu'ils s'y étaient obligés, était si considérable qu'ils auraient pu former une petite armée. Ils étaient placés à une distance de plusieurs milles, et formaient un cercle ou tinchel, pour me servir du mot technique. Ce cercle allait en se resserrant, et poussait peu à peu les bêtes fauves vers le glen où les chefs et les principaux chasseurs étaient en embuscade. Ces illustres personnages bivouaquaient sur la bruyère en fleur, enveloppés dans leurs manteaux ; cette manière de passer une nuit d'été ne parut point désagréable à Waverley.
Le soleil était levé depuis plusieurs heures, et le plus pro-
fond silence régnait dans les défilés des montagnes ; les chefs et leurs montagnards s'amusaient à divers jeux, et le plaisir de la coupe, — the joy of the shell, — comme dit Ossian, n'était pas oublié. — D'autres s'étaient assis à part sur la colline, discutant sans doute les intérêts politiques, les nouvelles du jour, ou des matières métaphysiques, à l'imitation des anges de Milton. Enfin le signal de l'approche de la chasse se fit entendre plusieurs fois. Au loin, d'une vallée à l'autre, retentissaient les acclamations à mesure que les diverses bandes de Highlanders, gravissant les rochers, s'ouvrant péniblement un passage à travers les taillis, franchissant les ruisseaux et traversant les petits bois, se rapprochaient les unes des autres, et resserraient dans un cercle plus étroit les daims effrayés et les autres animaux sauvages qui fuyaient avec eux. Par intervalles partaient des coups de mousquet répétés par mille échos; à ce bruit se joignirent les aboiemens des chiens de plus en plus distincts. L'avant-garde des daims fut enfin aperçue, et quand ils se montrèrent en bondissant dans le défilé par groupes de trois ou quatre, les chefs se piquèrent d'honneur pour désigner le plus gras, et montrer leur adresse en l'atteignant d'une balle. Fergusse fit surtout remarquer, et Waverley fut assez heureux pour mériter de son côté de nombreux applaudissemens.
Mais le principal corps d'armée des daims commençait à déboucher dans le vallon, et présentait une phalange imposante et terrible. Leurs têtes couronnées, vues de loin, ressemblaient à une forêt dépouillée de feuilles. Leur nombre était vraiment considérable. En voyant leur ligne de batailleleur attitude menaçante, et surtout la manière dont les viem daims se plaçant sur la première ligne, promenaient leurs regards sur leurs ennemis qui les tenaient bloqués, les chasseurs les plus expérimentés annoncèrent qu'on devait s'attendre à quelque danger. Cependant le massacre commença sur tous les points. On n'entendait de toutes parts que les aboiemens des chiens, les cris des chasseurs et les décharges de la mousqueterie. Les daims réduits au désespoir firent une charge
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terrible du coté où les chasseurs les plus renommés avaient choisi leur poste. L'ordre fut aussitôt donné en langue gaélique de se coucher visage contre terre. L'ignorance de cet antique dialecte faillit coûter cher à Waverley, qui ne comprit pas ce qu'on lui criait. Fergus s'apercevant de son péril, s'élança vers lui, le saisit avec force et le renversa sur la terre au moment même où le troupeau fondait sur eux. Il eût été de toute impossibilité de résister à ce torrent, et les coups de ces animaux sont très dangereux. On peut donc dire que l'adresse et le courage de Fergus sauvèrent la vie à notre héros. Il le tint d'une main ferme jusqu'à ce que le troupeau de daims leur eût passé sur le corps. Waverley essaya alors de se lever; mais il se sentit couvert de contusions, et ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait la cheville du pied violemment foulée.
Cet accident arrêta un moment la joie bruyante de l'assemblée, quoique les Highlanders fussent accoutumés à ces sortes de blessures. On dressa de suite une espèce de tente où Edouard fut placé sur une couche de bruyère. Le chirurgien ou celui qui s'offrit pour en remplir les fonctions semblait à la fois un docteur et un sorcier : c'était un vieux montagnard portant une longue barbe blanche qui faisait encore mieux ressortir son teint noir et les rides de son front. 11 n'avait pour tout habillement qu'une casaque de tartan qui lui descendait jusqu'aux genoux. Il s'approcha d'Edouard avec un air de cérémonie, et trois fois il fit le tour du lit, ayant soin d'aller de l'orient vers l'occident, d'après le cours du soleil. Le docteur et les assistans paraissaient attacher la plus grande importance à la réussite de cette opération qu'on appelait le deasil. Edouard souffrait trop pour être tenté de faire la moindre question; et d'ailleurs comptant peu sur une réponse, il se soumit en silence.
Après cette cérémonie préalable, le vieil Esculape saigna trè's adroitement Edouard avec une ventouse. Il fit bouillir plusieurs plantes dont il forma une ambrocation, ayant soin de marmotter certaines paroles magiques. Il fomenta ensuite la partie souffrante, murmurant toujours des prières ou des
charmes magiques peut-être, car Waverley ne put distinguer que les mots Gaspar-Melchior-Balthazar-Max-Prax-Fax , et autres mots de jargon. Les fomentations ne tardèrent pas à produire un soulagement, ce que notre héros attribua au suc des herbes et à l'effet de la friction ; mais rassemblée ne doutait pas que ce ne fût celui des paroles magiques. On apprit à Edouard que toutes les plantes dont on s'était servi avaient été cueillies pendant la pleine lune, et que l'herboriste en les cueillant n'avait cessé de réciter des paroles puissantes, dont voici le sens :
Je te salue , herbe divine ,
Jadis cueillie en Palestine ,
Au mont sacré des Oliviers!
Grâce à tes sucs nourriciers ,
Tu peux rappeler à la vie
Les malades presque mourans.
Au nom de la vierge Marie,
Je viens te cueillir dans nos champs.
Edouard ne vit pas sans quelque étonnement que Fergus, malgré son bon sens et son éducation, partageait la superstition de ses compatriotes. Peut-être regardait-il comme impolitique d'affecter du scepticisme sur une croyance généralement reçue ; ou plus probablement , comme tant d'autres personnes qui ne réfléchissent jamais sérieusement sur ces matières, il y avait chez lui un fonds de superstition qui balançait la liberté de ses paroles et de ses actions dans d'autres circonstances. Waverley ne se permit aucun commentaire sur la manière dont il avait été traité ; mais il paya le médecin avec une générosité qui surpassa de beaucoup ses espérances. Celui-ci fit tant de remerciemens en langues anglaise et gaélique, que Mac Ivor scandalisé de cet excès de reconnaissance, y mit fin par un jurement énergique : Ceud mile mhalloich ort! ( cent mille malédictions sur toi ! ) et en même il le poussa par les épaules hors de la tente.
Quand Waverley fut seul, la douleur et la fatigue le plongèrent bientôt dans un sommeil profond, quoique troublé par
un peu de fièvre ; il dut sans doute ce repos à la potion narcotique que le vieux montagnard avait composée avec la décoction de quelques plantes de sa pharmacopée.
Le lendemain, la chasse étant terminée et la gaîté un peu troublée par l'accident d'Edouard, à qui Fergus et tous ses amis témoignèrent l'intérêt le plus vif, il s'agit de transporter le chasseur blessé. Pour cela, Fergus Mac Ivor fit préparer un brancard avec des branches de bouleau, et ses Highlanders transportèrent Waverley avec tant d'adresse, qu'il n'est pas improbable qu'ils ne fussent les ancêtres de quelques-uns de ces robustes Gaëls qui ont de nos jours le bonheur de transporter en chaise à porteur les belles d'Edimbourg dans dix rouis différens en une même soirée. Quand Waverley fut élevé sur leurs épaules, il jouit avec satisfaction de l'effet pittoresque produit par le départ de ce camp du désert.
Les différentes tribus se réunirent chacune au pibioch de son clan, et conduites par leur chef patriarcal. Quelques-unes déjà en marche étaient aperçues gravissant les détours des montagnes, ou descendant les gorges qui conduisaient au lieu de la chasse. L'oreille était parfois frappée du son mourant et lointain de leurs cornemuses. D'autres formaient des groupes mouvans sur la plaine étroite; les plumes de lenrs toques et leurs larges plaids flottaient au gré des vents du matin, tandis que leurs armes brillantes réfléchissaient les rayons du soleil levant. Plusieurs chefs vinrent prendre congé de Waverley, et lui exprimer l'espoir inquiet qu'ils conservaient de le revoir bientôt; mais Fergus eut l'attention d'abréger la cérémonie des adieux. Déjà le clan d'Ivor était réuni et en ordre de marche. Fergus donna le signal du départ par un autre chemin que celui qu'ils avaient suivi en venant. Il fit entendre à Waverley qu'une partie de ceux qui l'accompagnaient avaient une expédition à faire ; que lorsqu'ils seraient arrivés chez un gentilhomme de ses amis il le confierait à ses soins, et qu'il serait obligé de s'absenter pour quelques jours. — Mais soyez assuré, lui dit-il, qu'il aura pour vous tous les égards que vous méritez, et que je ne tarderai pas à vous rejoindre.
Waverley fut un peu surpris de ce que Fergus ne lui avait pas parlé de ce projet en partant pour la chasse ; mais il ne pouvait dans sa situation lui faire beaucoup de questions à cet égard. La plupart des hommes du clan partirent en avantgarde sous la conduite du vieux Ballenkeiroch et d'Evan Dhu Mac Combien ; tous paraissaient animés de la joie la plus vive ; il ne resta que quelques hommes auprès du chef pour lui servir d'escorte. Fergus marchait à côté de la litière d'Edouard, et ne cessait de s'occuper de lui de la manière la plus affectueuse. Après une marche longue et pénible, ils arrivèrent sur le midi chez l'ami de Fergus qui avait fait les préparatifs que comportait la vie frugale des Highlands à cette époque. Edouard admira dans ce vieillard les restes de la simplicité primitive. Ses vètemens provenaient des productions de ses propriétés : la laine de ses brebis en avait fourni le tissu préparé par ses serviteurs. C'était avec le suc des herbes et des lichens des montagnes voisines qu'il lui avait donné la couleur du tartan. La toile de son linge avait été faite avec le chanvre qu'il avait récolté et que ses filles avaient filé ; sa table n'offrait pas un mets qui ne fût le produit de ses domaines, quoiqu'elle fût abondante en gibier et en poisson.
Peu ambitieux des privilèges de chef de clan et du vasselage, il s'estimait heureux de l'alliance et de la protection de Vich Ian Vohr et de quelques autres chefs non moins eutreprenans. Il est vrai que souvent les jeunes gens nés sur ses terres le quittaient pour aller servir sous les ordres de ses amis plus actifs; mais ses vieux domestiques et ses tenanciers plus sages secouaient la tête lorsqu'ils entendaient reprocher à leur maître son calme et son apathie, en observant que — si le vent souffle doucement, la pluie tombe plus long-temps. — Ce bon vieillard, dont la bienveillante hospitalité n'avait point de bornes, se serait fait un devoir de témoigner les plus tendres égards à Waverley, eût-il été le dernier paysan saxon. Il suffisait à ses yeux qu'il eût besoin de ses soins; mais le titre d'ami de Fergus le fit considérer comme un dépôt précieux qui méritait toute sa sollicitude et la prévenance la plus attentive.
Mac ïvor après avoir témoigne à Waverley peut-être plus d'inquiétude que ne demandait l'état de sa santé, lui fit ses adieux et lui promit de revenir sous peu de jours à Tomanrait. — J'espère, dit-il, qu'à mon retour vous serez en état de monter un des poneys highlanders de votre hôte, pour retourner à Glennaquoich.
Le lendemain le vieux laird apprit à Edouard que son ami s'était mis en marche dès la pointe du jour ; qu'il avait emmené tout son monde, à l'exception de Callum Beg son jeune page, à qui il avait donné l'ordre de ne pas perdre son ami de vue et de lui obéir comme à lui-même. Waverley s'informa si l'on connaissait le but du voyage de Mac Ivor ; le vieillard arrêta ses regards sur lui d'un air mystérieux et se contenta de sourire. Waverley renouvela sa question , et son hôte lui répondit en citant un proverbe :
Pourquoi le messager fut-il pendu jadis ? C'est qu'on lui demanda ce qu'il avait appris.
Il allait continuer, mais Callum Beg ne lui en laissa pas le temps. — Le chef ( Ta Tighearnach), dit-il avec un ton presque impertinent , n'aimait pas que le duinhe-wassel sassenagh * fût excité à beaucoup parler, parce qu'il ne se portait pas bien. Waverley en conclut qu'il désobligerait son ami s'il cherchait à connaître d'un autre ce qu'il n'avait pas jugé à propos de lui communiquer lui-même.
Il est inutile de décrire les progrès du rétablissement de la santé de notre héros ; cinq jours s'étaient à peine écoulés qu'il se sentit en état de marcher à l'aide d'un bâton, et que Fergus revint avec une vingtaine de ses gens. Son visage paraissait rayonnant de joie ; il félicita son ami sur sa prompte convalescence , et trouvant qu'il pouvait monter à cheval , il lui proposa de partir de suite pour Glennaquoich. Cette proposition fit le plus grand plaisir à Waverley, car il n'avait cessé de voir la belle châtelaine dans ses rêves.
Ils ont bientôt franchi les coteaux , les vallons , Les bruyères , les marécages.
(r) Le gentilhomme saxon. — Éd.
Fergus se tint constamment auprès de son ami pendant toute la route, et ses Mirmidons qui marchaient d'un pas infatigable ne s'éloignèrent que pour tirer sur quelques chevreuils ou sur quelques coqs de bruyère. Le cœur de Waverley battit avec force lorsqu'il aperçut la vieille tour de lan Nan Chaistel, et surtout lorsqu'il put distinguer la belle châtelaine qui venait à sa rencontre.
Fergus avec sa bonne humeur accoutumée lui cria de loin : — Incomparable princesse ! ouvrez les portes au Maure Abindares que son ami Rodrigue de Navaes , connétable d'Antiquera, amène dans votre château!... ou bien, si vous le préférez, ouvrez au vaillant marquis de Mantoue qui tremble pour les jours de son malheureux ami presque mourant , Baldovinos de la Montagne 1 ! .. . Paix à ton ame , Cervantes ! Comment pourrais-je , sans te citer, me faire comprendre à une beauté romanesque ?
Flora s'approcha et reçut Edouard avec les démonstrations de la plus sincère affection et de la plus vive inquiétude sur son malheureux accident dont elle avait appris les détails. — Mon cher Fergus , dit-elle , comment avez-vous pu veiller avec aussi peu de soin sur la sûreté de votre hôte?. . . devait-il s'attendre à cette indifférence ? Edouard s'empressa de disculper le chieftain , qui dans le fait lui avait sauvé la vie au péril de la sienne.
Après les premiers complimens , Fergus dit quelques mots à sa sœur en gaélique , et les joues de la belle Flora furent bientôt inondées de larmes que la piété ou le contentement paraissait faire couler ; elle leva ses beaux yeux au ciel et joignit ses mains pour le remercier. Une minute s'était à peine écoulée qu'elle remit à Waverley des lettres qu'on avait envoyées de Tully-Veolan pendant son absence ; elle en remit d'autres à son frère ainsi que plusieurs numéros du Mercure Calédonien2 , la seule gazette publiée alors sur cette rive nord de la Tweed 3 .
(i) Allusion à un passage du premier livre des Aventures de don Quichotte.
(2) Journal dont la publication est continuée encore à Edimbourg.
(3) La Tweed sépare l'Angleterre de l'Ecosse. — Éd.
m WAVERLEY.
Les deux amis se retirèrent pour examiner leurs dépêches ; Waverley vit bientôt que les siennes contenaient des objets a un très grand intérêt.