CHAPITRE II I
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JE pourrais commencer l'éloge de mon voyage par dire qu'il ne m'a rien coûté ; cet article mérite attention. Le voilà d'abord prôné, fêté par les gens d'une fortune médiocre : il est une autre classe d'hommes auprès de laquelle il est encore plus sûr d'un heureux succès, par cette même raison qu'il ne coûte rien. — Auprès de qui donc ? — Eh quoi ! vous le demandez ? c'est auprès des gens riches. D'ailleurs, de quelle ressource cette nouvelle manière de voyager n'est-elle pas pour les malades ? ils n'auront point à craindre l'intempérie de l'air et des saisons ; — pour les poltrons ? ils seront à l'abri des voleurs, ils ne rencontreront ni précipices ni fondrières. Des milliers de personnes qui, avant moi, n'avaient point osé, d'autres qui n'avaient pu, d'autres enfin qui n'avaient pas songé à voyager, vont s'y résoudre à mon exemple. L'être le plus insolent hésiterait-il de se mettre en route avec moi pour se procurer un plaisir qui ne lui coûtera ni peine ni argent ? — Courage donc, partons.
— Suivez-moi, vous tous qu'une mortification, une négligence de l'amitié retient dans votre appartement, loin de la petitesse et de la perfidie des hommes. — Que tous les malheureux, les malades et les ennuyeux de l'univers me suivent ; — que tous les paresseux se lèvent en masse ! — Et vous qui roulez dans votre esprit des projets sinistres de réforme ou de retraite ; vous qui, dans un moment de dépit, renoncez au monde pour la vie ; aimables anachorètes d'une soirée, venez aussi : quittez, croyez-moi, ces noires idées ; vous perdez un instant pour le plaisir, sans en gagner un peu pour la sagesse ; daignez m'accompagner dans mon voyage ; nous marcherons à petites journées, en riant, le long du chemin, des voyageurs qui ont vu Rome et Paris ; — aucun obstacle ne pourra nous arrêter, et, nous livrant gaiement à notre imagination, nous la suivrons partout où il lui plaira de nous conduire.