CHAPITRE V ^ 4â
APRES mon fauteuil, en marchant vers le nord, on découvre mon lit, qui est placé au fond de ma chambre, et qui forme la plus agréable perspective.
Il est situé de la manière la plus heureuse ; les premiers rayons du soleil viennent se jouer dans mes rideaux. — Je les vois dans les beaux jours d'été, s'avancer le long de la muraille blanche, à mesure que le soleil s'élève ; les ormes qui sont devant ma fenêtre les divisent de mille manières et les font balancer sur mon lit, couleur de rose et blanc, qui répand de tous côtés une teinte charmante par leur réflexion. — J'entends le gazouillement confus des hirondelles qui se sont emparées du toit de la maison et des autres oiseaux qui habitent les ormes : alors mille idées riantes occupent mon esprit, et dans l'univers entier personne n'a un réveil aussi agréable, aussi paisible que le mien.
J'avoue que j'aime à jouir de ces doux instants, et que je prolonge toujours, autant qu'il m'est possible, le plaisir que je trouve à méditer dans la douce chaleur de mon lit. — Est-il de théâtre qui prête plus à l'imagination que le meuble où je m'oublie quelquefois? — N'est-ce pas dans ce meuble délicieux que nous oublions pendant une moitié de la vie les chagrins de l'autre moitié?
Un lit nous voit naître et nous voit mourir, c'est un berceau garni de fleurs, — c'est un sépulcre.