XIV LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES
tiques du xyiii» siècle, à la mode depuis longtemps, et à la veille de se démoder. Les contemporains, qu'il ne connaît pas tous (il n'aborda Byron que vers 4819), font sur lui une impression plus profonde encore : Les Martyrs, René, qu'il ne lut jamais sans larmes, Corinne, puis Allieri et (pendant son voyage en Italie) les Lettres de Jacopo Ortis, de Foscolo, voilà ce qui commence à faire de lui, par l'émotion littéraire et la mélancolie romanesque, un homme de son temps. Toutefois le bon sens maternel veille en lui et, distinguant impitoyabl ement la passion de l'emphase, l'empêche de s'abandonner tout entier à la contagion.
Chose singulière! La poésie est ^n lui, elle est autour de lui, dans sa vie rustique, dans ses brûlantes lectures, et elle ne se montre pas encore dans ses vers. C'est le temps où il s'exerce à la versification sous la férule de Bdileau, fut-ce en imitant Ossian. La poésie n'est jusqu'ici. pour lui que ce qu'elle était pour les littérateurs du xvni'= siècle et de ILmpire: un jeu brillant des mots et de l'esprit, un exercice qui amuse et affine l'intelligence, comme l'escrime ou la danse assouplissent le corps. L'élégance y est le mérite suprême : Voltaire et Painy sont ses modèles. Ni les épitres sur sa Jeunesse (1808), sur Y Amitié, sur la. Sagesse humaine ( 1809), sur la Leciwre (1810), ni l'ode sur VAmour de la gloire (4809) ne laissent prévoir qu'il fera beaucoup mieux et que cet apprenti, si attentif à l'étude du métier, sera bientôt un novateur et un maître. Sa facilité, son abondance seront pourtant dues en partie à ces -années d'application minutieuse et de continuel elTort : c'est de la même manière qu'il saura, passé la quarantaine, se formera l'éloquence et apprendre patiemment l'improvisation. Et tantôt, au milieu de ce studieux désœuvrement, l'ennui, l'impatience le prennent, éclatent malgré lui, le portent à forger d'irréalisables projets, qui lui masquent pour un moment le vide de sa vie réelle ; tantôt le bon sens reprend ses droits : il se rend compte que ce recueillement forcé peut porter ses fruits et ((ue mieux vaut, dans la jeunesse, se cultiver que se dépenser trop hâtivement. Il sent, au fond, que quelque chose germe et grandit en lui dans l'ombre. Un jour, de ce point de vue, il ose se comparer à Rousseau : « Je me rappelle souvent Rousseau travaillant en silence et préparant de loin ses succès, si parva licet componere magnis. »
On peut dire que le voyage en Italie qu'il entreprit en 1814 fut le premier érénemenf d'une vie intellectuelle jusqu'alors