MILLY OU LA TERRE NATALE VIT
Suivre le jour qui meurt de mes derniers regards.
Tout est encor debout; tout renaît à sa place;
De nos pas sur le sable on suit encor la trace ; aSo
Rien ne manque à ces lieux qu'un cœur pour en jouir :
Mais hélas! l'heure baisse et va s'évanouir.
La vie a dispersé, comme l'épi sur l'aire, Loin du champ paternel les enfants et la mère, Et ce foyer chéri ressemble aux nids déserts 23&
D'où l'hirondelle a fui pendant de longs hivers. Déjà l'herbe qui croît sur les dalles antiques Efface autour des murs les sentiers domestiques, Et le lierre, flottant comme un manteau de deuil, Couvre à demi la porte et rampe sur le seuil ; ado
Bientôt peut-être... Écarte, ô mon Dieu, ce présage! /Bientôt un étranger, inconnu du village. Viendra, l'or à la main, s'emparer de ces lieux Qu'habite encor pour nous l'ombre de nos aïeux. Et d'où nos souvenirs des berceaux et des tombes 34&
S'enfuiront h sa voix, comme un nid de colombes Dont la hache a fauché l'arbre dans les forêts, Et qui ne savent plus où se poser après !
Ne permets pas. Seigneur, ce deuil et cet outrage! Ne souffre pas, mon Dieu, que notre humble hérit; Passe de mains en mains troqué contre un vil priî Comme le toit du vice ou le champ des proscrits ;
228. De mes derniers regards. Entendez : jusqu'à ce qu'il échappât à mes regards.
22g. Toat renaît. Tous nos souvenirs renaissent à la vue des lieux auxquels ils sont attachés, et qui n'ont pas changé.
- 232. L'heure baisse. C'est déjà le crépuscule de notre vie, et la nuit approche.
234. Les enfants. Les sœura de Lamartine se sont mariées, deux sont mortes: M"" de Vignet en février 1824, M"" de Montherol eu août do la même année.
24 1. Ce présage devait se réaliser, mais beaucoup plus tard : Lamartine ne vendit Milly que sous l'Empire (^Mémoires politiques, XX.II, vm).