‹ Oevres choisiesChapitre 175 sur 288 · MILLY OU LA TERRE NATALE · texte numérisé non relu

MILLY OU LA TERRE NATALE

Un jour, élevez-moi... Non, ne m'élevez rien; Mais, près des lieux où dort l'humble espoir du chrétien, aSo Creusez-moi dans ces champs la couche que j'envie Et ce dernier sillon où germe une autre vie! Étendez sur ma tête un lit d'herbes des champs Que l'agneau du hameau broute encore au printemps, Où l'oiseau dont mes sœurs on! peuplé ces asiles 385

Vienne aimer et chanter durant mes nuits tranquilles. Là, pour marquer la place où vous in'allez coucher, Roulez de la montagne un fragment de rocher; Que nul ciseau surtout ne le taille et n'elTace La mousse des vieux jours qui brunit sa surface ago ;

Et, d'hiver en hiver incrustée à ses flancs, Donne en lettre vivante une date à ses ans. Point de siècle ou de nom sur celle agreste page 1 Devant l'éternité tout siècle est du même àa;e. Et celui dont la voix réveille le Irépas 295

Au défaut d'un vain nom ne nous oublîra pas. Là, sous des cieux connus, sous les collines sombres Qui couvrirent jadis mon berceau de leurs ombres, Plus près du sol natal, de l'air et du soleil, D'un somm.eil plus léger j'attendrai le réveil. 3oo

jLà ma cendre, mêlée à la terre qui m'aime. Retrouvera la vie avant mon esprit même, 'Verdira dans les prés, fleurira dans les fleurs, Boira des nuits d'été les parfums et les pleurs; j Et, quand du jour sans soir la première étincelle 3o5

' Viendra m'y réveiller pour l'aurore éternelle. En ouvrant mes regards je reverrai des lieu^x , Adorés de mon cœur et connus de mes yeux. Les pierres du hameau, le clocher, la montagne, Le lit sec du torrent et l'aride campagne; 3io

Et, rassemblant de l'œil tous les êtres chéris Dont l'ombre près de moi dormait sous ces débris,

285. L'oiseau. Il s'agit sans doute de rossignols, introduits par les sœurs ' de Lamartine dans les bocages de Milly (cf. v. 264). 290. Mousse : lichen.

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