Tracée: marquée
Trônes, autels, temples, portiques,
Peu[)lcs, royaumes, républiques, 120
Sont la poussière du chemin ;
Et riiisloire, écho de la tombe,
IS'est que le bruit de ce qui tombe
Sur la route du genre humain.
Plus vous descendez dans les âf^es, ia5
Plus ce bruit s'élève en croissant,
Comme en approchant des rivages
Que bat le flot retentissant.
Yoyez passer l'espiit de l'homme
De Thèbe et de Memphis à Rome, i3o
Voyageur terrible en tout lieu,
Partout brisant ce qu'il élève.
Partout, de la torche ou du glaive,
Faisant place à l'esprit de Dieu !
Il passe au milieu des tempêtes iSa
Par les foudres du Sinaï,
Par les verges de ses prophètes,
Par les temples d'Adonai !
Foulant ses jougs, brisant ses maîtres,
Il change ses rois pour ses prêtres, i4o
Change ses prêtres pour des rois ;
Puis, broyant palais, tabernacles,
i3o. Thèbes (v. XXIX, i53) et Memphis. Capitales de la Hnute et de la Basse-Égj'pte dans l'antiquité. — La civilisation égyptienne et la civilisation romaine sont prises ici comme types des civilisations humaines en général : la première répond h ce que Lamartine, dans sa lettre Sur la polilique rationnelle, appelle « 1 âge théocratique n, la seconde à ce qu'il appelle « l'âge tyrannique n (Pol. rat., vi). L'idée fond.i mentale est que ce que fonde 1 homme est essentiellement instable et qu'il est lui-même l'artisan de ces perj)étuels changements.
i34. Faisant place à. Entendez : faisant de la place pour, préparant la place de. — A l'esprit de l'homme, c'est-à-dire au génie humain, qui crée et détruit sans trêve les empires et les civilisations, le poète oppose l'esprit de Dieu, c'est-à-dire l'idée d'un progrès intelligent et indéfini, dont l'homme est sans le savoir et malgré lui l'instrument.
i36. Sinai. W. IX, ii3 (note).
iZ-j. Verjes. Attribut ordinaire des prophètes, en particulier de Moïse.
i38. AUonaî (jaailTC suprême), un des noms de Dieu chez los H^tirnui.
LES lîÉVOLLllUiNS 167
Il sème ces débris d'oracles Avec les débris de ses lois 1
Déployant ses ailes rapides, i45
Il nlone;e au désert de Memnon ;
Le voilà sous les Pyratuides,
Le voici sur le Parlhénon :
Là, cachant aux regards de l'homme
Les fondements du pouvoir, comme i5o
Ceux d'un temple mystérieux ;
Là, jetant au vent populaire,
Comme le grain criblé sur l'aire,
Les lois, les dogmes et les dieux I
Las de cet assaut de parole, i^ô
11 guide Alexandre au combat ;
L'aiglç sanglant du Capitole
Sur le monde à son doigt s'abat :
L'univers n'est plus qu'un empire.
Mais déjà l'esprit se retire ; iGo
Et les peuples, poussant un cri,
Comme un avide essaim d'esclaves
Dont on a brisé les entraves,
Se sauvent avec un débri.
iil3. Oracles, cest-à-dire dogmes religieux et reçus par révélalion, s'oppose à lois, comme prêtres à rois, et tabernacles h palaia. — Toute cette strophe résume, un peu confusément, 1 histoire du peuple juif dans l'antiquité.
i/16. Memnon. V. XVill, 20 (note). — Le désert de Memnon est la Haute-
î^gypte.
167. Les Pyramides, voisines de Memphis, représentent la Basse-Egyple. Historiquement, la suprématie de Memphis a procédé celle de Thèbes.
1/18. Parih,-no:]. V. X.I, .5 (note).
l'iQ. Là. En Egypte. Allusion au caractère théocratique du pouvoir des pharaons.
i[>2. Là. A Athènes. Allusion au gouvernement démocratique de cette cité.
i(io. Se retire. Entendez: se retire de Rome (au moment des invasions bari.art^s et de la dissolution de l'empire).
:0i. ies /jeup/ei. soumis jusqu'alors à la domination romaine.
jiii D'-hri. Licence, pour déhris. Cf. XXXIV, 23. — Chacun de ce»
u-jtds sfuihle garder et dérober un fragment de la puissance romaine. Cf. 1 empire de Charlemagne se déchirant en « lambeaux ».
Levez-vous, Gaule et Germanie, i63
L'heure de la vengeance est là !
Des ruines c'est le génie .
Qui prend les rênes d'Attila !
Lois, forum, dieux, faisceaux, tout croula ;
Dans l'ornière de sang tout roule, 170
Tout s'éteint, tout IViine. Il fait nuit, •
Il fait nuit, pour que l'ombre encore
Fasse mieux éclater l'aurore
Du jour où son doigt vous conduit !
L'homme se tourne à cette flamme, 175
Et revit en la regardant :
Charlemagne en fait la grande âme
Dont il anime l'Occident.
Il meurt : son colosse d'empire
En lambeaux vivants se déchire, 180
Comme un vaste et pesant manteau
Fait pour les robusles épaules
Qui portaient le Rhin et les Gaules ;
Et l'esprit reprend son marteau !
De ces nations mutilées i85
Cent peuples naissent sous ses pas,
Races barbares et mêlées
Que leur mère ne connaît pas ;
Les uns indomptés et farouches.
Les autres rongeant dans leurs bouches 190
Les mors des tyrans ou des dieux ;
168. Allila. Chef des Huns, qui envahirent et dévastèrent l'Europe au milieu du v» siècle après J.-C. Il s'intitulait lui-même ,1e Fléau de Dieu. 172-173. Joignez encore mieux.