JOURNAL TROUVE CHEZ UN CUIIE DE CAMPAGNE
« Ce n'est point un po^me, c'est un épisode, » écrivait Lamartine dans V Avertissement de la premi're édition de Jocelyn (i83(i). Et il expliquait qu'il avait détaché ces pages d'une œuvre poétique qu'il ne cessait de rêver et de méditer depuis sa jeinicsse, et dont il avait exi''cuté plusieurs parties à diverses époques de sa vie, sans en rieti publier. Ce rêve d\] poète était une vaste épopée, religieuse, popu'aire et humanitaire, qu'il ne devait jamais réalisrr compli'tement : « ...Je cherchai quel était le sujet épique approprié à l'époque, aux mœurs, à l'avenir, qui permît au porte d'être à la fois local et universel, d'être merveilleux et d'être vrai, d'être immense et d'être un. Ce sujet, il s'offrait de lui-même, il n'y en a pas deux : c'est l'humanité, c'est la destinée de l'homme, ce sont les phases que l'esprit humain doit parcourir pour arriver à ses fins par tes voies de Dieu. — Mais ce sujet si vaste, et dont chaque poète, chaque siècle peut-être, ne peuvent écrire qu'une page, il fallait lui trouver sa forme, son drame, ses types individuels* C'est ce que je tentai... »
« J'ai choisi, ajoutait-il, parmi les diverses scènes de mon drame épique déjà exécutées, une des scènes les plus locales et les plus contemporaines, pour la donner aujourd'hui au public... C'est un fragment d'épopée intime ; c'est le tvpe chrétien à notre époque ; c'est le curé de village, le prêtre évangélique, une des plus touchantes figures de nos civilisations modernes. Je n'ai eu qu'à y coudre un prologue et un épilogue, pour faire de cet épisode une espèce de petit poème avant son commencement et sa fin. »
En réalité, ,yoce(y/i, commencé probablement en i83i (a), ne devait
(a) V. Correspondance, t. III, p. 202, lettre à M"" de Girardin du 3 novembre, et p. 255, lettre à Virieii du 11 décembre i83i. — On remarquera que le « prologue n dont Lamartine parle dans la première de ces lettres n'était probablement pas le prologue actuel, qui ne fut sans doute composé qu'après la mort de l'abbé Dumont (janvier j832) ; peut-être désigne-t-il ainsi la « première époque » du texte définitif.
ITÔ JOCELYN
être d'abord, dans la pensée de Lamartine, qu'un petit poème en quatre chants. Ce n'est qu'après son retour d'Orient (i834) qu'il élargit sa conception primitive, de façon à en faire une véritable œuvre épique V. Introduction, p. xlis).
Quant au sujet de Jocelyn, « ce n'est point une invention, c'est presque un récit... Que le lecteur substitue mon nom à celui du botaniste, et il sera bien près d'une aventure toute réelle, dont le poète, ami de Jocelyn, n'a été que l'historien ».
L'homme qui a servi de modèle au personnage de Jocelyn est, en ciTet. un certain abbé Dumont, qui fut vicaire, puis curé du village (le Bussières, paroisse dont Milly relevait. Lamartine a tracé son portrait à plusieurs reprises dans ses œuvres en prose (a), et les aventures véritables qui ont fourni le thème du poème sont narrées en détail dans les Confidences (XII, xvii-xxiv). Nous ne pouvons que renvover à ce long et curieux récit. Il va sans dire que le poète a modifié de nombreuses circonstances et considérablement brodé sur celte donnée réelle; il y a mêlé et amalgamé beaucoup de souvenirs personnels.
Le poème de Jocelyn est divisé en neuf « époques », précédées d'un « prologue » et suivies d'un « épilogue ». 11 porte en épigraphe le mot grec Wu/r), àme.
(a) V. surtout Confidences, V, v; Xtl, vu et suiv. — Sur la maaière dont Lamartine a idéalisé le portrait de l'abbé Dumont, v. Lacretelle, Les Origines et la Jeunesse de Lamartine, p. 1^7 et suiv.
Pi-Ui-UL.LE