Cette autre âme : la poésie
lii. Home. On raconte que, pendant le célèbre incendie de Rome de l'an 6i ap. J.-C, Néron, en costume de théâtre, une lyre à la main, contemplait du haut d'une tour la ville en .flammes et chnnt.iit une élégie sur la ruine de Troie (Suétone, Néron, 38; Dion Cassius, Histoire romaine, LXII, j8). C'est probablement une légende.
Ult. Cirque. Le Grand Cirque : c'est dans cet édifice que le feu avait pris. — Panthéon. Teuq)lc célèbre de Rome, consacré à tous les dieux par Agrippa, gendre d'Auguste.
A A'ÉMÉSIS -281
Honte à qui peut chanter pendant que les sicaires En secouant leurs torches aiguisent leurs poignards, 5o
Jettent les dieux proscrits aux rires populaires, Ou traînent aux égouls les bustes des Césars ! C'est l'heure de combattre avec l'arme qui reste ; C'est l'heure de monter au rostre ensanglanté, Et de défendre au nioin* de la voix et du geste 55
Rome, les dieux, la liberté !•
La liberté ! ce mol dans ma bouche t'outrage? Tu crois qu'un sang d'ilole est assez pur pour moi, Et que Dieu de ses dons fit un digne partage, L'esclavage pour nous, la liberté pour, toi ? 0°
Tu crois que de Séjan le dédaigneux sourire Est un prix assez noble aux cœurs tels que le mien. Que le ciel m'a jeté la bassesse et la lyi"c, A toi l'âme du citoyen ?
Tu crois que ce saint nom qui fait vibrer la terre, 65
Cet éternel soupir des généreux mortels, Entre Caton et toi doit rester un mystère ; Que la liberté monte à ses premiers autels ? Tu crois qu'elle rougit du chrétien qui l'épouse, Et que nous adorons notre honte et nos fers 70
Si nous n'adorons pas ta liberté jalouse Sur l'autel d'airain que tu sers?
Détrompe-toi, poète, et permets-nous d'être hommes ! Nos mères nous ont faits tous du même limon,
54. Rostre. Les rostres étaient la tribune aux harangues du Forum romain : on l'appelait ainsi parce qu'elle était ornée d'éperons de navires Çrostra) pris à l'ennemi. En latin, le mot ne se rencontre jamais au singulier dans ce sens.
58. Ilote. Les Ilotes (ou Hilotes) étaient, à Sparte, les esclaves chargés de la culture des terres.
61. Séjan. Ministre et favori tout-puissant de l'empereur Tibère.
67. Caton. V, VI, loi (noie). Le sens est : crois-tu que Caton et toi vous avez seuls le privilège d'aimer la liberté .■'
68. Ses premiers autels. Les autels que lui dressa le paganisme. Le sens est : crois-tu que la foi catholique est incompatible avec l'amour de la lifaerlc }
La terre qui vous porte est la terre où nous sommes, 7^
Les fibres de nos cœurs vibrent au même son I Patrie et liberté, gloire, vertu, couiage, -,
Quel pacte de ces biens m'a donc déshérité i* Quel jour ai-je vendu ma part de l'héritage,
Esaù de la liberté ? 80
Va, n'attends pas de moi que je la sacrifie Ni devant vos dédains ni devant le trépas ! Ton Dieu n'est pas le mien, et je m'en glorifie : J'en adore un plus grand qui ne te maudit pas ! La liberté que j'aime est née avec notre àme, Sb
Le jour où le plus juste a bravé le plus fort. Le jour où Jéhovah dit au fils de la femme : « Choisis des fers ou de la mort ! »
Que ces tyrans divers, dont la vertu se joue, Selon l'heure et les lieux s'appellent peuple ou roi, Déshonorent la pourpre ou salissent la boue, La honte qui les flatte est la même pour moi ! Qu'importe sous quel pied se courbe un front d'esclave? Le joug, d'or ou de fer, n'en est pas moins honteux. s
Des rois tu l'affrontas, des tribuns je le brave : gS ?
Qui fut moins libre de nous deux ? J
Fais-nous ton Dieu plus beau, si tu veux qu'on l'adore ; Ouvre un plus large seuil à ses cultes divers ! Repousse du parvis, que leur pied déshonore, ^ La vengeance et l'injure aux portes des enfers 1 1
Écarte ces faux dieux de l'autel populaire, Pour que le suppliant n'y soit pas insulté ! Sois la lyre vivante, et non pas le Cerbère Du temple de la Liberté !
80. Ésaâ. On connaît l'histoire d'Esaii vendant son c^lroit d'aînesse à Jacoi> pour un plat de lentilles (Genèse, XX.V, ag-Si). — Lamartine avait d'abord 1] écrit : Aux élus de la liberté.
85. Avec noire âme. Pour le poète, l'éveil complet de l'âme humaine date du jour où la justice a résisté à la force, où l'homme, mis en demeure de choisir entre l'esclavage et la mort, a préféré la mort.